Trois élections régionales en septembre en Allemagne, trois échecs désastreux pour l’Union chrétienne-démocrate (CDU) du chancelier Friedrich Merz ! Les victoires de l’extrême droite dans deux Länder ruraux de l’ex-Allemagne de l’Est et de l’extrême gauche dans la capitale, Berlin, ont beau avoir des ressorts typiquement allemands, des leçons peuvent être tirées dans la perspective de la présidentielle française de 2027. La puissance de la révolte anti-élites, le dilemme stratégique insoluble des forces politiques modérées, l’importance du pouvoir d’achat dans le vote des électeurs, la diminution parallèle des motivations anti-immigration, résonnent des deux côtés du Rhin.Les chiffres, d’abord. L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), populiste et europhobe, est arrivée en tête en Saxe-Anhalt (43,8 % des suffrages exprimés) ainsi qu’en Mecklembourg-Poméranie-occidentale (38,2 %), et en troisième position dans le Land de Berlin (16,3 %), où c’est Die Linke, mouvement d’extrême gauche qui est partiellement l’héritier de l’ancien parti communiste est-allemand, qui a emporté le scrutin avec 25,7 % des voix. Prise en tenaille entre les extrêmes, la CDU s’est effondrée dans les deux Länder ruraux. Elle est même évincée pour la première fois depuis la fondation de la République fédérale en 1949 d’un parlement régional, celui du Mecklembourg. A Berlin, elle recule de neuf points par rapport au scrutin de 2023 pour se retrouver en deuxième position, avec 19 % des voix.Pouvoir d'achat, immigration et abstentionLes leçons, ensuite. La première est la plus importante : attention au pouvoir d’achat ! Certes, le sentiment de déclassement et de menace identitaire ainsi que la nostalgie d’un passé fantasmé fournissent de fortes motivations au vote radical. Mais celui-ci est aussi économique. A l’heure des guerres en Ukraine et au Proche-Orient, qui renchérissent le prix de l’énergie, l’inflation est la préoccupation centrale des électeurs. Le gouvernement de Friedrich Merz l’a bien senti, qui s’est entendu en urgence sur des mesures d'allègement du prix du carburant deux jours avant les scrutins de Berlin et du Mecklembourg. Cela n’a pas suffi. A Berlin, le succès de Die Linke doit beaucoup à la campagne contre la cherté du logement de sa tête de liste, Elif Eralp, qui porte en permanence un collier doré gravé "encadrement des loyers" afin que nul n’ignore sa proposition phare.Leçon numéro deux : se poser en rempart anti-immigrés ne fait pas recette. Friedrich Merz avait fait le pari de couper l'herbe sous le pied de l'extrême droite en adoptant une ligne dure sur l'immigration. Début 2025, il avait été jusqu’à faire voter par le Bundestag une motion à ce sujet avec les voix des députés AfD, en rupture avec l’habituel "cordon sanitaire" allemand visant à isoler l’extrême droite. Il se vantait de diminuer par deux les scores de l’AfD. Celle-ci, au contraire, a plus que doublé son score en Saxe-Anhalt et en Mecklembourg. L’adage se vérifie qui veut que la copie perde toujours face à l'original : en légitimant le thème anti-immigrés porté par son adversaire, la CDU a contribué à le normaliser au lieu de le priver de son fonds de commerce. En réalité, c’est plus l’émigration que l’immigration qui pose problème dans l’est de l’Allemagne. Le départ de centaines de milliers de jeunes vers l’Ouest après la réunification a alimenté le sentiment de déclassement de ceux qui sont restés.Leçon numéro trois : la colère des électeurs est porteuse mais la mobilisation des abstentionnistes l’est tout autant. Les données de transferts de voix montrent que les extrêmes puisent d’abord dans le réservoir des abstentionnistes traditionnels, qui voient dans l’offre politique radicale une incitation à retourner aux urnes. En outre, gauche et droite radicales saignent chacune la mouvance centrale la plus proche d'eux : l'AfD se nourrit de la désaffection dont souffre le pôle conservateur (la CDU) et Die Linke prend au pôle progressiste (SPD social-démocrate et Verts). La dynamique de défiance envers les partis établis est générale ; elle profite aux deux extrêmes simultanément.Les modérés désemparésLeçon numéro quatre : une personnalité charismatique peut renverser la tendance générale. Le seul parti modéré qui parvient à tirer son épingle du jeu est le SPD en Mecklembourg, où il arrive en deuxième position (35,5 % des voix, en recul de 4 points par rapport à 2021). Il pourra probablement se maintenir au pouvoir localement, grâce au jeu des alliances. Selon les sondages, cette exception s’explique uniquement par la popularité exceptionnelle de la cheffe du SPD régional, Manuela Schwesig.La leçon numéro cinq est la plus déprimante dans la perspective de la présidentielle française : les modérés sont désemparés. Qu’ils soient issus de la gauche (Verts et SPD) ou de la droite (CDU), les partis modérés n’ont aucune recette gagnante face à la montée des extrêmes. Dans les trois scrutins régionaux, aucune liste d’un parti traditionnel, même celle menée par
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