ÉDITORIAL. Le parlement français a adopté mercredi un nouveau droit à l’aide à mourir au bout de deux ans de débats. Les profonds désaccords n’auront pas empêché la loi d’avancer assez dignement«Cette après-midi s’achèvent quatre années de débats au cours desquelles cette Assemblée aura montré son meilleur visage», a déclaré ce mercredi la ministre française Camille Galliard-Minier à la tribune du Palais-Bourbon, juste avant l’adoption de l’aide à mourir. «Ce débat a été fait avec humilité, car aucun d’entre nous ne détient à lui seul la vérité sur la mort. Il a été fait dans le respect des convictions et des consciences, car, sur une telle question, nulle voix ne mérite le mépris», a-t-elle ajouté. Il faut dire que les parlementaires français auront été exceptionnellement prudents sur ce sujet sensible.Emmanuel Macron lui-même, alors qu’il est partisan de ce droit et qu’il en avait fait sa grande promesse sociétale, a commencé par prendre le dossier avec des pincettes et conditionné l’émergence de la nouvelle loi à la consultation d’une convention citoyenne dès… 2022. Ces réflexions aboutiront sur un texte qui provoquera deux ans de débats parlementaires (des centaines d’heures). Sous quatre premiers ministres différents, la consultation aura été ralentie par une dissolution et bien des allers-retours entre les Chambres.
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Adoptée quatre fois à l’Assemblée nationale et rejetée trois fois au Sénat, la proposition de loi aboutit sur une version que la majorité estime désormais équilibrée. L’opinion publique est désormais relativement apaisée sur le sujet et ce changement sociétal profond semble devoir être pacifiquement implémenté. L’aspect intime et émotionnel du sujet aura été respecté. La liberté de vote est restée totale dans tous les groupes politiques. Chacun a pu voter en conscience. Malgré un contexte de débat public à la limite de la guerre culturelle, la démocratie française aura réussi à faire aboutir une évolution attendue par un grand nombre de citoyens.Alors, certes, dans la dernière ligne droite encore, certains milieux religieux et conservateurs auront fait peser une pression quasi spirituelle (menaçant les députés de les priver de communion, par exemple). L’écrivain Michel Houellebecq aura quant à lui tenté une dernière offensive dans Le Figaro en décrivant cette loi comme la preuve de la chute définitive d’une «civilisation occidentale» laïque qui «s’écarte» pour de bon de la «loi morale».Mais la levée de boucliers populaires n’a pas du tout eu lieu, le pourrissement du débat n’a pas pris. Les Français sont prêts et leurs parlementaires l’ont compris. Comme quoi cette démocratie en pleine crise fonctionne encore. Une dignité qu’il serait sain d’appliquer à d’autres sujets…
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