Les négatifs de verre d’André Schmid, qui photographia la ville et ses habitants au XIXe siècle, jouent sur la mémoire, l’effacement et les retrouvailles, dans une exposition qui convoque quelques artistes contemporainsVues de Lausanne au XIXe siècle. La Grenette sur une place de La Riponne où le Palais de Rumine ne trône pas encore; des maisons éparses sur les flancs de la colline du Vallon et de la Barre; Bel-Air façon champêtre… Lausanne, intérieurs: des Lausannoises et des Lausannois en grande tenue prennent la pose cérémonieusement à côté d’une colonne de plâtre, devant des décors peints. Lausanne intime aussi: des convives joyeux dans une véranda après des agapes; un chat bien sage sur un fauteuil, une petite fille du début du XXe siècle qui regarde l’objectif avec sérieux, ou encore ce faux jeu de miroirs avec cigare auquel se prête l’assistant du photographe.Toutes ces photos et beaucoup d’autres encore, on les doit à André Schmid (1836-1914), photographe professionnel, parmi les pionniers du genre en Suisse. Il ouvre sa boutique à Lausanne, à Saint-Laurent, vers 1860, puis bougera vers le Grand-Pont, huit ans plus tard, avant de déménager, autour de 1878, dans un atelier à Yverdon. Sa retraite à la fin du XIXe ne l’empêche pas de continuer ses expérimentations photographiques dans les premières années du XXe siècle.
Un monde en mutation
Si l’on peut admirer, aujourd’hui, ses images au Musée historique Lausanne, c’est parce qu’Irène, cette petite fille qui pose sur l’affiche de l’exposition intitulée Photo-sensible, a légué à l’institution quelque 3000 négatifs sur plaques de verre de son grand-père, André Schmid.Quantité d’images qui, à partir du chef-lieu vaudois, racontent un monde en mutation: les développements urbains, l’arrivée de la voiture et du chemin de fer, l’exploration de la montagne, l’observation de l’espace, les voyages, les changements dans l’habillement: des encombrantes crinolines vers des vêtements moins empesés. Plus on avance dans le temps, plus on se rapproche des corps, des objets, du visage d’Irène, enfant bien-aimée et abondamment photographiée, qui illumine l’exposition.Sur les murs de l’ancien évêché, un parti pris. Comme le fonds André Schmid est constitué essentiellement de négatifs sur plaques de verre, d’abord préparés artisanalement par le photographe puis, plus tard, de production industrielle, la commissaire Diana Le Dinh, conservatrice des collections photographiques du Musée historique Lausanne, a choisi de donner directement à voir cet état premier de l’image. Plutôt que de proposer de nouveaux tirages léchés, on découvre les prises de vues telles quelles – avec leurs marges non recadrées, avec des numéros ou des annotations qui servent au photographe –, des mondes à l’envers, en noir et blanc aussi parfois.
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Dans les coulisses
C’est ainsi que l’on entre dans les coulisses d’une Lausanne qui, pourtant, s’efforce de prendre la pose: ici, on aperçoit derrière un portrait un bout de mur sans décor; là, une tête se répète sur une plaque multiple qui permet de reproduire sur une plaque unique un même portrait. André Schmid s’amuse, expérimente. Il joue des temps de pose et dédouble ses modèles; il retouche et ajoute un peu de fumée ou un petit effet; il s’intéresse, sur le tard, à la façon de photographier les astres.Si la restauration, grâce au concours de Memoriav (association pour la préservation du patrimoine audiovisuel suisse) est passée par là, l’exposition veut montrer aussi la fragilité des supports photographiques: ici, un vieux portrait s’écaille, là, les bords d’un négatif d’une vue de la cathédrale semblent dévorés par le passage du temps. On admire un champ de neige noir, des arbres blancs sur un fond sombre qui démontrent l’effet merveilleusement graphique de l’inversion de l’image.
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Forêts en couleur
Pour fêter la renaissance des négatifs de verre d’André Schmid, la commissaire a proposé à des artistes contemporains de partager leurs expériences. Des élèves de l’ECAL ont exploré les thèmes chers au photographe vaudois, les dédoublements, les paysages, la pose, tandis que deux artistes contemporains, la Lausannoise Léonore Baud et Olivier Jeannin, photographe français installé dans l’Oberland bernois, présentent leurs œuvres. La première s’est inspirée directement des négatifs d’André Schmid, isolant des détails de ses photographies d’arbres, créant des empreintes reportées sur du papier en transférant des pigments. Elle crée ainsi des forêts tremblantes, monocolores sur fond blanc, expression contemporaine d’images très anciennes. Le second s’inspire de techniques de jadis, comme celles d’André Schmid, et expérimente, depuis 2013, l’emploi du «collodion humide». Lenteur de pose, fragilité, ses images d’aujourd’hui dépos
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