Près de 16 millions de Marocains étaient appelés aux urnes mercredi pour élire leurs 395 députés. Le scrutin a été marqué par un taux de participation de 38%, au plus bas depuis deux décenniesLes législatives de mercredi au Maroc ont enregistré un taux de participation de 38,02%, le plus faible depuis presque 20 ans, sur fond de défiance envers la classe politique et d’inquiétudes autour du chômage et des inégalités.Le scrutin s’est aussi tenu moins de deux mois après la crise migratoire de Ceuta, largement perçue comme le symptôme du malaise d’une partie de la jeunesse marocaine.
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Le ministère de l’Intérieur a annoncé que la participation avait atteint 38,02% à l’échelle nationale quelques heures après la fermeture des bureaux de vote, en ajoutant que le processus électoral s’était «déroulé dans des conditions normales dans toutes les régions du royaume», à l’exception de «quelques cas très isolés».Le taux recule fortement par rapport aux 50,35% enregistrés en 2021 et tombe à son plus bas niveau depuis les législatives de 2007 (36,89%). Près de 16 millions de personnes, sur 36 millions d’habitants, étaient appelées aux urnes pour élire les 395 députés de la Chambre des représentants.
«J’ai perdu toute confiance dans la classe politique»
La participation, notamment chez les jeunes, était suivie de près après l’afflux massif de migrants vers l’enclave espagnole de Ceuta fin juillet. Cet épisode avait exposé au grand jour le manque de perspectives d’une partie de la jeunesse, alors même que le royaume affiche une croissance soutenue et multiplie les grands chantiers en vue du Mondial-2030, organisé avec l’Espagne et le Portugal.Or «le pari du Mondial-2030 est coûteux» et les sommes investies pour cet événement sont jugées «par une partie de la population en décalage avec les priorités socio-territoriales du royaume: les services publics défaillants, l’enclavement rural […], le chômage élevé», explique la chercheuse indépendante Lamia Elfehaim sur le site d’Arab Reform Initiative.
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Si la crise de Ceuta n’a pas été au coeur de la campagne, les raisons qui l’ont sous-tendue ont en revanche irrigué les débats. «Je ne vais pas voter car j’ai perdu toute confiance dans la classe politique», a déclaré à l’AFP à Rabat Majda Bakatir, 59 ans. «Nous voulons que notre pays aille de l’avant mais les politiques ne semblent pas se soucier de nos problèmes liés à la santé, l’éducation et le pouvoir d’achat», ajoute la quinquagénaire.Au contraire, Karim Ennaciri, 55 ans, juge que «c’est ce processus électoral qui va nous permettre de savoir s’il y a un renouveau au sein des partis».Le nouveau chef du gouvernement sera issu du parti arrivé en tête des législatives. Nommé par le roi Mohammed VI, il sera chargé de former un exécutif pour cinq ans, même si les grandes orientations des secteurs stratégiques demeurent l’apanage du monarque.
Le Rassemblement national des indépendants et le Parti authenticité et modernité favoris
En l’absence de sondages, interdits par la loi électorale, la presse et les observateurs mettent le Rassemblement national des indépendants (RNI), à la tête de l’actuelle coalition gouvernementale, parmi les favoris.Malgré son retrait de la direction du RNI, le chef du gouvernement Aziz Akhannouch a conduit la campagne de son parti. «Nous avons mené des réformes de l’éducation et la santé, nous avons augmenté les salaires […]. Nous avons répondu présents lorsque (les Marocains) avaient besoin de nous», a-t-il déclaré lors d’un meeting.Toutefois, le riche homme d’affaires est souvent rattrapé par des accusations de conflits d’intérêts en lien avec sa société Afriquia, leader de la distribution d’hydrocarbures au Maroc.L’autre formation politique favorite est le Parti authenticité et modernité (PAM). Les deux partis de centre-droit, idéologiquement voisins, ont été fondés par des personnalités proches du palais. Il y a quelques semaines, le PAM a réussi à rallier une figure populaire: le ministre chargé du Budget Fouzi Lekjaa, jusqu’ici davantage connu pour son rôle à la tête de la Fédération royale marocaine de football. «A travers notre programme, nous souhaitons faire de la jeunesse une force capable d’apporter de la valeur ajoutée plutôt que d’être laissée pour compte», a dit Fouzi Lekjaa durant la campagne.Dans l’opposition, le Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste) dit vouloir incarner la «rupture» pour «combattre» la corruption.
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