Le jour où la Friedrichstrasse, cette rue légendaire de Berlin coupée en deux au "Checkpoint Charlie" pendant la guerre froide, a été entièrement rouverte aux voitures, en 2023, tout le monde a été soulagé. Les automobilistes mais aussi les cyclistes. Ouverte aux vélos en 2020, refermée par la justice à la suite d’une plainte, relancée par les Verts revenus au pouvoir puis refermée par le nouveau maire conservateur... personne ne comprenait plus rien aux règles de circulation sur cette artère centrale de Berlin.Le test avorté de cette piste cyclable doublée d’une "zone tranquillisée" (quelques bancs sur les côtés de la chaussée) aura non seulement coûté trois millions d'euros aux contribuables, mais elle aura aussi ruiné l’idée d’une transformation de la capitale allemande sur le modèle de Paris. "On peut dire que ce projet n’a pas été bien pensé et qu'il a refroidi une grande partie de la population, qui était pourtant favorable à une transformation dans ce sens", regrette Andreas Knie, sociologue de la mobilité à l’Institut de recherches scientifiques de Berlin (WZB)."Il est interdit d’interdire la voiture"Trois ans après avoir conquis la mairie, les conservateurs (CDU) continuent de surfer sur le rejet des "expérimentations écologistes". Pour les municipales du 20 septembre prochain, ils ont décidé de faire campagne sur le thème de la "libre circulation des voitures" afin de ratisser large. En 2023, le bourgmestre-gouverneur sortant, Kai Wegner, avait déjà gagné les élections sur ce thème en attaquant les écologistes... "Les Berlinois en ont assez de la politique anti-voiture : je veux bien des pistes cyclables, mais qu'elles ne ralentissent pas la circulation", répète-t-il depuis.Pour la campagne municipale actuelle, les affiches électorales de la CDU restent explicites, reprenant des slogans bien connus : "Il est interdit d’interdire la voiture". L’extrême droite, au coude-à-coude avec les conservateurs dans la capitale, désigne également les écologistes comme les responsables d’une politique discriminatoire contre les automobilistes. "La voiture, ça n’est pas illégal !", est-il écrit sur leurs affiches."Nous n’allons pas entrer dans ce petit jeu électoral, insiste Antje Kapek, porte-parole du groupe des Verts berlinois pour les questions de transport. Les conservateurs cherchent à nous présenter comme des ennemis de la voiture. Mais nous ne voulons pas interdire les automobiles ! Au contraire, nous voulons les libérer de l’asphyxie et nous avons commencé à le faire dans les quartiers dirigés par les écologistes." La porte-parole s’est rendue à Paris pour se faire une idée du bilan d’Anne Hidalgo en la matière et en est revenue "enthousiasmée". "Il reste beaucoup à faire en termes de mobilité mais il y a un plan d’ensemble, c’est toute la différence", remarque-t-elle.Depuis le retour des conservateurs à la mairie en 2023, Berlin fait marche arrière sur les questions de mobilité. Tandis que la capitale française a généralisé la vitesse maximale à 30 km/h, Berlin l'a remontée à 50 km/h sur plusieurs axes. La raison ? Le maire allemand ne voit plus aucune raison de rouler à 30 km/h alors que les objectifs de réduction de la pollution ont été atteints.Les projets de tramway gelésPas question non plus de suivre Paris sur le triplement des tarifs de parking pour les SUV (à 18 euros de l’heure dans certains arrondissements). Se garer à Berlin doit rester simple et peu cher, voire gratuit dans certains quartiers. Les résidents paient ainsi 12 euros... par an. Berlin construit même de nouvelles places de parking et hésite encore à instaurer des "rues aux écoles" interdites aux voitures devant les établissements scolaires.En parallèle de cette politique pro-voitures, les autres modes de transport ne sont pas à la fête. Tous les projets de tramway ont été gelés, la liste des nouvelles pistes cyclables a été réduite à peau de chagrin et aucune nouvelle ligne de métro n’est planifiée… "Berlin est définitivement le contre-modèle de Paris, résume Andreas Knie. Les conservateurs continuent de penser comme dans les années 60, lorsque la ville devait s’adapter à l’automobile."Enfin, nulle part ailleurs en Europe, une capitale poursuit le projet de construire une autoroute urbaine. Sauf à Berlin ! La mairie tient à achever son périphérique. Les conservateurs veulent réaliser coûte que coûte le dernier tronçon de l’autoroute urbaine A100, qui raserait au passage l’un des derniers quartiers alternatifs de Berlin avec des dizaines de clubs nocturnes qui font sa réputation. Pour le symbole, avant tout. "Le coût du 17e et dernier tronçon de l’A100 à Berlin est estimé à un milliard d’euros. C’est une aberration quand on sait qu’une autoroute coûte de 20 à 50 millions d'euros par kilomètre", déplore Antje Kapek.Et lorsqu’il s’agit de chasser les automobilistes, le lobby de l’automobile n’est jamais loin en Allemagne, un pays où la voiture est (parfois) plus choyée que les enfants. "Une loi fédérale sur les transports qui prime
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