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"L'Europe a besoin du Maroc pour contrôler sa frontière sud" : l'analyse de Nando Sigona
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"L'Europe a besoin du Maroc pour contrôler sa frontière sud" : l'analyse de Nando Sigona

Publié le 05 August 2026 à 09:56
Auteur : L'Express

Ils ont voulu resserrer les rangs après s'être déchirés sur la crise migratoire de Ceuta. Quelques heures après la réunion en visioconférence de ses ministres de l'Intérieur, l'Union européenne s'est déclarée le 4 août "pleinement solidaire" de l'Espagne. Pour le commissaire européen aux Migrations Magnus Brunner, cet épisode, qui a vu l'arrivée de près de 70 000 ressortissants marocains en l'espace de quelques heures au sein de l'enclave espagnole, était un "test pour notre résilience européenne". Une réunion convoquée à l'initiative de l'Italie lors de laquelle les ministres ont appelé à des mesures plus fermes contre les réseaux de passeurs de migrants, à des procédures de retour plus efficaces et à une coopération plus étroite avec les pays hors de l'Union.Mais pour Nando Sigona, directeur de l'Institute for Research into International Migration and Superdiversity (IRIS) de l'université Birmingham et chercheur associé au Refugee Studies Centre d'Oxford, les agissements des réseaux de passeurs ne peuvent expliquer qu'en partie ce drame qui a fait au moins 77 morts, selon Madrid. D'après ce spécialiste qui étudie depuis plus de vingt ans les crises frontalières en Méditerranée, l'afflux massif de migrants à Ceuta relève aussi d'un signal politique envoyé par Rabat, sur fond de rapprochement contesté entre Pedro Sanchez et l'Algérie et d'une proximité entre le roi Mohammed VI et Donald Trump. Entretien. L'Express : Les autorités espagnoles ont attribué l’ampleur de la crise à Ceuta à des réseaux de passeurs qui auraient exploité de fausses rumeurs auprès des migrants. Cette explication vous paraît-elle convaincante ?Nando Sigona : Non, pas entièrement car l'ampleur est sans précédent, comparée aux épisodes similaires qu'a connus Ceuta par le passé. Tout indique un geste calculé du Maroc, une manière de démontrer publiquement la faiblesse d’une frontière - la majorité des personnes étant d'ailleurs reparties volontairement dans les heures suivantes.Il y avait bien sûr aussi de vrais candidats à l'exil : autour de Ceuta, comme à Calais, des migrants attendent en permanence une occasion de passer. Mais la grande majorité de ceux qui ont franchi la frontière ce jour-là ne se comportaient pas comme des personnes cherchant réellement à émigrer. Rien ne ressemble à une opération montée par des réseaux de trafiquants : ces filières n'ont pas la capacité logistique pour organiser un tel mouvement de masse, et les autorités espagnoles auraient depuis longtemps démantelé une organisation capable d'un tel coup.Malgré la gravité de la crise, Pedro Sanchez n’a jamais directement mis en cause le roi Mohammed VI, et Rabat a adopté la même prudence à son égard. Pourquoi ?Publiquement, ni Madrid ni Rabat n'avaient intérêt à se fâcher. L'Union européenne et l'Espagne ont besoin du Maroc comme partenaire pour une bonne gouvernance migratoire. C'est un partenariat efficace depuis plus d'une décennie pour limiter les passages irréguliers. L'Espagne ne voulait donc surtout pas accuser publiquement le gouvernement marocain. Et le Maroc, de son côté, ne voulait pas rompre avec l'Union européenne. La relation entre l’Espagne et le Maroc ne repose pas uniquement sur la coopération migratoire. Elle s’appuie aussi sur des liens économiques très étroits : le Maroc est un partenaire commercial majeur de Madrid, avec des investissements espagnols importants dans l’industrie, les infrastructures et l’énergie. Cette interdépendance explique en partie la prudence des deux pays lorsqu’une crise politique éclate. Mais je suis certain qu'en coulisses, dans un cadre diplomatique plus discret, la question a été soulevée, et que les discussions y sont bien plus franches.Quel message le roi Mohammed VI aurait-il cherché à envoyer à Pedro Sanchez ?Je crois qu'il y avait trois messages. Le premier : sans l'aide des autorités marocaines, l'Espagne seule ne peut pas contrôler la frontière terrestre de Ceuta - l'Union européenne et Madrid ont besoin de Rabat pour cela.Le deuxième message concerne la récente visite de Pedro Sánchez en Algérie. Cette initiative intervient dans un contexte particulièrement sensible, alors que les relations entre Alger et Rabat demeurent très tendues, notamment en raison du conflit autour du Sahara occidental. L’Algérie reste par ailleurs un partenaire stratégique pour l’Espagne sur le plan énergétique, notamment pour son approvisionnement en gaz, même si la crise diplomatique provoquée par le rapprochement de Madrid avec Rabat en 2022 a fragilisé cette relation.Le troisième message tient au rapprochement du Maroc avec Trump, qui a validé l'idée d'une intégration du Sahara occidental sous souveraineté marocaine avec une autonomie limitée. Tout se passe comme si le royaume voulait rendre une faveur à Trump pour cette reconnaissance, en marquant un point contre Sanchez - devenu l'un des adversaires les plus visibles du président américain en Europe.Mais l'Espagne n'a-t-elle pas, elle aussi, fait un pas pour la reconnaissance

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