
Mâchoire carrée, corps taillé dans le muscle et regard noir, Alexeï Dioumine, secrétaire du Conseil d’Etat, à Moscou, a davantage un physique de garde du corps que de haut fonctionnaire. Rien d’étonnant, quand on sait que cet ancien agent du FSO (Service fédéral de sécurité) a veillé jour et nuit sur Vladimir Poutine durant ses deux premiers mandats (de 2000 à 2008). Ce redoutable "gorille" aurait même vidé son chargeur sur un ours qui se serait invité dans la datcha sibérienne du chef du Kremlin.Sa loyauté sera récompensée. En 2015, Dioumine est propulsé vice-ministre de la Défense, puis gouverneur de la riche région houillère de Toula (au sud de Moscou), avant de rejoindre le Conseil d’Etat en 2024. Un parcours éclair qui ne surprend pas cet ancien du Kremlin : "Poutine passe plus de temps avec ses gardes du corps qu’avec n’importe qui d’autre. Il a noué des liens de confiance très forts avec certains d’entre eux." Au point de devenir des confidents du "tsar" ? La tradition ne date pas d’hier. Après l’assassinat de son père, en 1881, le jeune Alexandre III créé un corps spécial chargé de protéger le pouvoir. En 1927, après la Révolution, Staline met sur pied un service de gardes du corps, dont le premier chef, Nikolaï Vlasik, devient un intime du dictateur… ce qui ne l’empêchera pas d’être envoyé au goulag en 1952.Promotions foudroyantesDioumine aura-t-il la même fin ? A 53 ans, il n’en finit pas de grimper. Son nom est même souvent cité comme successeur potentiel de Vladimir Poutine. Comme Dioumine, d’autres bodyguards ont connu des promotions foudroyantes, tels Viktor Zolotov, nommé à la tête de la Garde nationale, Alexandre Kourenkov, ministre des Situations d’urgence, ou Dmitri Mironov. Après avoir passé vingt ans au FSO, ce Russe au visage renfrogné a rejoint le ministère russe de l’Intérieur, avant de devenir "conseiller en ressources humaines" au Kremlin. Un poste stratégique : toute nomination d’importance dans l’appareil d’Etat doit recevoir son aval.Mais le FSO fait bien plus que fournir des hommes de confiance à Poutine. Etat dans l’Etat, il est chargé de prendre le pouls du pays. Pour cela, il possède son propre institut d’enquête, le Service sociologique. "Les sondages sont une véritable obsession du gouvernement, décrypte la politologue russe Ekaterina Schulmann, à Berlin. Si vous voulez connaître l’opinion de votre peuple sans organiser d’élections libres et équitables, alors vous faites des enquêtes de façon compulsive…" Nul doute que ses agents doivent être sur des charbons ardents, alors que la colère grogne en raison des pénuries d’essence et des coupures Internet. Il s'immisce dans le contrôle d'Internet Du reste, le champ du FSO ne cesse de s’étendre. En 2011, le nombre de personnalités dont il assure la sécurité est passé d’une dizaine à plusieurs centaines, y compris la totalité des députés, certains hauts fonctionnaires et quelques figures clés du régime. En 2015, le FSO s’immisce dans le contrôle d’Internet, avec la création d’un réseau d’Etat protégé des cyberattaques et des virus, dont il superviserait l’accès. En 2017, il obtient le droit de rendre secrètes toutes les données personnelles des personnes qu’il protège. Pour assurer ces nouvelles missions, ses effectifs sont passés de 600 à 800 agents… et il bénéficierait, selon l’une de nos sources, d’un budget propre "qu’il peut utiliser pour apaiser les tensions sociales lorsqu’il les détecte". Enfin, depuis 2020, une loi autorise ses agents à utiliser des armes et équipements de guerre, en plus de leurs armes de service. Et ils ne pourront être tenus responsables " des dommages causés à des personnes ", à condition " que cet usage soit légal ". Bienvenue dans les années KGB…
Pour offrir la meilleure expérience, nous utilisons des technologies telles que les cookies afin de stocker et/ou d’accéder à des informations sur votre appareil. En consentant à ces technologies, vous nous permettez de traiter des données telles que votre comportement de navigation ou des identifiants uniques sur ce site. Ne pas consentir ou retirer son consentement peut affecter négativement certaines fonctionnalités et fonctions.