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Pierre Heilbronn : "L'avenir énergétique de l'Europe se trouve à Kiev, Mykolaïv et Odessa"
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Pierre Heilbronn : "L'avenir énergétique de l'Europe se trouve à Kiev, Mykolaïv et Odessa"

Publié le 17 July 2026 à 03:45
Auteur : L'Express

Pierre Heilbronn connaît l'Ukraine sous toutes ses coutures, ou presque. Après avoir écumé le pays comme vice-président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), il a été nommé envoyé spécial du président de la République pour l'aide à l'Ukraine en mars 2023. Sa mission a pris fin en décembre dernier, mais pas son envie d'œuvrer pour le rapprochement de Kiev avec l'Union européenne (UE), tant le pays est "fondamental pour la stabilité du continent". Pierre Heilbronn a rejoint à la mi-juin le conseil consultatif de DTEK, le premier acteur privé du secteur énergétique ukrainien. Auprès de L'Express, il évoque les enseignements tirés de la guerre et les atouts de son pays, dont l'Europe pourrait profiter. L'Express : Après votre mission d'envoyé spécial du président Macron pour l’Ukraine, pourquoi avez-vous décidé de rejoindre DTEK ? Qu'attend l'entreprise de vous ?Pierre Heilbronn : Mon engagement auprès de l'Ukraine est ancien. Il date de bien avant l'élection du président Volodymyr Zelensky. A l’époque, le cercle de ceux qui s'intéressaient à ce pays était relativement limité. Ayant côtoyé de nombreux dirigeants ukrainiens, j'ai toujours eu la conviction qu’il avait un grand avenir. Et surtout qu'il était fondamental pour la stabilité européenne. Les Etats-Unis ont toujours eu conscience de son importance géopolitique ; l'Union européenne, elle, l'a largement découvert à l'occasion de ce conflit.L'énergie constitue un élément central de cette stabilité. Le conseil indépendant de DTEK n'a pas de vocation opérationnelle : il s'agit d’accompagner les ambitions européennes de l'entreprise - une dimension qui me paraît désormais fondamentale. Mais aussi de contribuer à faire bouger les lignes sur certains thèmes. Je pense notamment à la transformation du système énergétique. Mon rôle est de mettre à disposition mes connaissances de Kiev, de Paris et de Bruxelles, pour avancer sur cette voie.Quelles leçons le secteur de l’énergie a-t-il tirées de plus de quatre ans de guerre ?Au cours des deux premières années, les infrastructures énergétiques n'ont pas été visées de manière spécifique. Cela s'est produit progressivement, et surtout à l'automne et à l'hiver derniers. DTEK, qui intervient à la fois dans la génération et dans la distribution d’électricité, a été particulièrement affecté : entre 60 et 70 % de ses installations ont été détruites. La capacité de l'entreprise à reconstruire dans un temps record a été remarquable. Plus largement, je suis impressionné par la force du secteur à s’ajuster beaucoup plus rapidement que prévu. D'autant que l'on annonce, à chaque fois, un hiver plus difficile que le précédent.L’Europe peut-elle apprendre de cette résilience ?Oui, je le pense. DTEK en est un exemple concret, pas seulement dans les discours. Elle a investi près de 2,4 milliards d'euros depuis 2022. Cela se traduit par la protection passive des installations, mais aussi par le développement d'une capacité de production décentralisée, essentielle pour éviter de concentrer les risques sur un seul site. Il faut également souligner l'aspect humain. L’entreprise compte plus de 55 000 salariés. Leur capacité à se mobiliser très rapidement, à intervenir nuit et jour sur le terrain, m'a toujours frappé. Ce sont de véritables héros. Et ils ne sont pas les seuls. Enormément d’entreprises et de personnes ont contribué à maintenir le système fonctionnel ces dernières années.Dans mon nouveau rôle, je veux contribuer à faire de l'Ukraine un acteur stratégique pour la sécurité énergétique européenne. Comme dans le domaine de la défense, les clés de l'avenir énergétique européen se trouvent aussi à Kiev, à Mykolaïv et à Odessa. Nous pouvons tirer des enseignements en matière de stockage d'électricité ou de rapidité de construction. Plus fondamentalement, il existe un lien direct entre la résilience de court terme que les équipes de DTEK démontrent au quotidien, et la projection à plus long terme d'un système énergétique ukrainien arrimé et adossé à celui du reste de l'Europe.L'énergie est la condition permissive de tout développement économique et industrielQue peut concrètement apporter l'Ukraine à l'Europe ?Tout d’abord des ressources, qui sont très importantes et largement inexploitées : le gaz évidemment, avec la plus grande capacité de stockage du continent européen, et puis des compétences dans les renouvelables ou le nucléaire. Enfin, il existe un marché considérable autour de la gestion intelligente du réseau. Schneider Electric, par exemple, a très rapidement noué une relation avec DTEK. C'est une leçon dont on peut s'inspirer.Dès les premiers jours de l’invasion à grande échelle, il y a eu une réactivité remarquable de la Commission européenne et de l’Entso-e (une association regroupant les principaux transporteurs d'électricité) pour synchroniser les réseaux ukrainien et européen. Cela permet aujourd'hui au pays d'importer des électrons européens lors des pics de consommation, tout en

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