ÉDITORIAL. Le cessez-le-feu de 60 jours entre l’Iran et les Etats-Unis est dans un état de quasi-mort clinique. Les hostilités ont repris. La guerre a toutefois eu une conséquence majeure: le guide suprême a cédé l’essentiel du pouvoir aux Gardiens de la révolutionCes dernières heures, les espoirs d’une fin prochaine de la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran ont été douchés par une reprise des hostilités. Ce n’est une bonne nouvelle ni pour la région, ni pour l’économie mondiale. L’audace des nouveaux dirigeants de la République islamique tranche avec la prudence du défunt guide suprême inhumé jeudi dans la ville sainte de Machhad. Elle semble montrer qu’ils n’ont manifestement peur de rien, même pas de s’en prendre à des navires dans le golfe Persique en violation crasse du cessez-le-feu.Depuis le début de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, le 28 février dernier, il n’y a pas eu de changement de régime en Iran tant souhaité initialement par Donald Trump et une partie du peuple iranien. Mais il y a eu un vrai changement au sein du régime. Le conflit, dont les conséquences s’avèrent pour l’heure désastreuses pour Washington, a permis une mini-révolution. Avec la disparition du guide suprême Ali Khamenei et l’intronisation précipitée à la même fonction de son fils Mojtaba, dont on ne sait s’il est encore vivant, une faction du régime s’est imposée: les Gardiens de la révolution. Ce changement remet en cause l’un des principes fondamentaux de la République islamique: le velayat-e faqih, qui a consacré depuis 1979 l’autorité absolue du guide suprême sur les institutions iraniennes.
Ne pas se faire d'illusions
Face à un Donald Trump qui ne cesse de tergiverser sur la marche à suivre, les pasdarans, qui contrôlaient déjà une grande partie de l’économie, ont profité de la guerre pour prendre tout le pouvoir et militariser le régime. Sachant que la confiance entre Téhéran et Washington est totalement absente, le protocole d’accord conclu entre les deux pays instituant un cessez-le-feu de 60 jours est dans un état de quasi-mort clinique. De la part des Gardiens de la révolution, la reprise des hostilités est d’autant plus surprenante que l’accord en question leur était beaucoup plus favorable qu’à l’Amérique de Trump. Il devait permettre à l’Iran de bénéficier du dégel progressif de milliards de dollars de fonds bloqués par des sanctions. Une manne particulièrement bienvenue à un moment où l’économie iranienne est dans un état catastrophique.Le protocole d’accord a révélé la très grande faiblesse de la position américaine dans les négociations. Un comble quand on connaît la puissance militaire et économique des Etats-Unis face à un Iran laminé, mais disposant toujours d’une arme de dissuasion massive: le contrôle du détroit d’Ormuz. A l’échéance des 60 jours prévus par l’accord-cadre, il ne faut pas se faire d’illusions. Il n’y aura aucune avancée pour entamer ce qui aurait déjà dû être le cœur des tractations: le dossier nucléaire iranien. Et encore moins sur la question épineuse des missiles balistiques et des proxys (alliés régionaux) de l’Iran.
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