L’immense Miles Davis est apparu à dix reprises, entre 1973 et 1991, sur les scènes du Montreux Jazz Festival. Il en a façonné la légende, comme celui-ci lui a offert son ultime coup d’éclat, au côté de Quincy JonesLe 8 juillet 1991, au Casino de Montreux, les peaux sont moites, la scène déborde. Claude Nobs a enfilé une chemise noire sur laquelle est imprimé le tracé erratique de sa fréquence cardiaque, ce soir-là. Comme d’habitude, il «parle bilingue», annonce une soirée historique: la première fois que Quincy Jones (1933-2024) et Miles Davis (1926-1991) donnent ensemble un concert, la première fois que Miles rejoue son répertoire de jeunesse.Quincy s’avance, en dashiki de révolutionnaire joli cœur. Il présente l’orchestre, 50 musiciens, dont le trompettiste Wallace Roney, 31 ans, le seul en costume. Le même visage que Miles Davis lorsqu’il enregistrait en 1960 la musique qu’il s’apprête à jouer. Le même. Et puis Miles, finalement, surgit. On dirait qu’on a posé sur sa tête une perruque versaillaise. Sa veste rendrait fou un caméléon. Il ôte ses lunettes opaques. Le public s’attend à tout. On dit de Miles qu’il n’est que l’ombre de son ombre. Alors quand il souffle juste pour se chauffer, que sa sourdine laisse passer un chant furtif d’oiseau de proie, chacun arrête de respirer.Voir plus
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