En 2014, Louise Haigh plaidait coupable d’une fraude commise pour obtenir un meilleur téléphone professionnel. En 2026, elle participe au choix de ceux qui pourraient entrer au gouvernement britannique. Entre les deux, la députée de Sheffield Heeley a été ministre, poussée à la démission, puis organisatrice du retour d’Andy Burnham à Westminster. Désigné chef du Labour ce vendredi 17 juillet, celui-ci devrait devenir Premier ministre lundi. À ses côtés se trouve donc une femme dont la carrière aurait pu s’arrêter pour un BlackBerry et qui reçoit aujourd’hui les candidats aux postes ministériels. L’affaire remonte à 2013. Louise Haigh travaille alors chez l’assureur Aviva. Après avoir été agressée lors d’une soirée, elle déclare plusieurs objets volés, dont son téléphone professionnel. Elle racontera ensuite l’avoir retrouvé dans un tiroir et rallumé, déclenchant une alerte chez son employeur. Des documents judiciaires rendus publics en 2025 précisent toutefois qu’elle avait reconnu avoir menti sur la perte de son BlackBerry afin qu’Aviva lui fournisse un iPhone. Elle plaide coupable en 2014 pour fraude par fausse déclaration, reçoit une dispense conditionnelle et une amende de 100 livres. La peine est légère. La qualification pénale, elle, est suffisamment claire pour réapparaître dix ans plus tard au pire moment de sa carrière.Une ascension, condamnation compriseEntre-temps, Louise Haigh est entrée au Parlement. Lorsqu’elle plaide coupable, elle a déjà été choisie comme candidate travailliste dans la circonscription de Sheffield Heeley. Elle y est élue en mai 2015, à 27 ans, avec près de 13 000 voix d’avance, et devient la plus jeune députée du Labour. Sa condamnation reste alors inconnue du public. Son ascension est ensuite rapide. Elle rejoint dès 2015 l’équipe de Jeremy Corbyn, d’abord sur les questions numériques, puis devient ministre fantôme chargée de la police. Sous Keir Starmer, elle prend successivement les portefeuilles de l’Irlande du Nord et des transports. En juillet 2024, après la victoire travailliste, elle entre au gouvernement. À 36 ans, elle devient la plus jeune femme jamais nommée au cabinet britannique.Le parcours aide à comprendre pourquoi elle est revenue si vite. Louise Haigh s’est fait connaître à Westminster moins par ses grands discours que par sa maîtrise des dossiers et des campagnes électorales. Nick Hurd, ancien ministre conservateur de la police, l’a décrite sur X (ex-Twitter) comme "de très loin la meilleure ministre fantôme" qu’il ait affrontée en huit ans. À Sheffield, ses proches la présentent comme une élue très présente sur le terrain. Au Parlement, elle acquiert surtout une qualité utile dans un parti qui compte plusieurs courants et autant de souvenirs contrariés : elle connaît presque tout le monde.Une travailliste "difficile à classer"Son profil politique est lui-même moins simple que son appartenance à la gauche du Labour pourrait le laisser penser. Petite-fille et nièce de syndicalistes, elle a été serveuse, déléguée du syndicat Unite et policière volontaire à Brixton, mais aussi élève d’une école privée de Sheffield. Elle a soutenu la candidature de Jeremy Corbyn en 2015 avant de dire qu’elle le regrettait, puis a dirigé la campagne de Lisa Nandy en 2020. Elle défend une intervention plus importante de l’État dans l’économie et une fiscalité accrue sur le patrimoine, tout en tenant des positions particulièrement fermes sur la police et l’ordre public. Louise Haigh appartient bien à la gauche travailliste, mais elle a rarement suivi son mode d’emploi complet.Au ministère des Transports, elle s’attelle à la renationalisation progressive du rail et à l’élargissement des pouvoirs locaux sur les services d’autobus. Elle obtient également plus d’un milliard de livres pour ces derniers. Son passage au gouvernement révèle toutefois une autre constante de son parcours : Haigh ne paraît pas toujours très préoccupée par la discipline de communication de Downing Street. En octobre 2024, elle appelle publiquement au boycott de P&O Ferries, qualifié "d’opérateur voyou" après le licenciement brutal de plusieurs centaines de salariés. Starmer la désavoue, quelques jours avant un sommet sur l’investissement auquel participe la maison mère de l’entreprise.Un mois plus tard, la presse révèle sa condamnation de 2014. Keir Starmer en avait été informé avant de la nommer ministre, mais l’affaire n’avait jamais été rendue publique. Après une conversation avec l’équipe de Downing Street, Haigh démissionne le 29 novembre 2024. Elle affirme alors rester "totalement engagée" dans le projet politique du Premier ministre et promet de le soutenir depuis l’extérieur du gouvernement. Elle en devient la première démissionnaire.Une démission, puis BurnhamSon passage sur les bancs arrière ne se transforme pas en retrait. Haigh reprend la coprésidence du groupe Tribune, qui rassemble l’aile gauche modérée du Labour, intervient sur les choix économiques du gouvernement et défend notamment une
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