
Il y a parfois des statues trop encombrantes. Une généalogie qui corsète la vie à moins d'en dénouer les fils. Ou de les couper carrément. Johannes Volkmann aurait pu capitaliser sur l'héritage de son grand-père paternel, Helmut Kohl, pour se faire un nom, sinon une carrière politique outre-Rhin. Même stature de judoka. Même silhouette imposante dépassant d'une bonne tête toutes les assemblées. L'ancien chancelier disparu en 2017 à l'âge de 87 ans dirigea l'Allemagne de 1982 à 1998. Il est l'artisan de la réunification. Un des architectes en chef de la monnaie unique qui parvint à convaincre les Allemands d'abandonner leur trésor national - le Deutsche mark - pour tenter l'aventure forcément incertaine de l'euro en contrepartie de l'adoption des rigoureux critères de Maastricht. Celui qui accepta enfin que la Bundesbank soit reléguée au rang de filiale parmi d'autres au sein de la Banque Centrale Européenne, installée à Frankfort. De tout cet héritage, Johannes Volkmann ne parle jamais. A trente ans tout juste, élu en mars 2025 au Bundestag, il est pourtant l'étoile montante de la CDU, les démocrates-chrétiens allemands, parti du chancelier Friedrich Merz. Le chouchou de la droite libérale conservatrice, assiégée par la poussée spectaculaire du parti d'extrême droite populiste Alternativ fur Deutschland (AFD). Une douloureuse histoire familialeDans son bureau au Bundestag, aucune référence, même discrète, à l'ancien chancelier. Seules deux grandes photos en noir et blanc de Konrad Adenauer, le premier chancelier de la République fédérale d'Allemagne, tapissent les murs. Chez les Kohl, on a l'histoire familiale douloureuse. Quelques années après sa naissance, le père de Johannes, l'industriel Walter Kohl, change le nom de son fils qui prend celui de sa mère, officiellement pour des raisons de sécurité. A la mort de l'ancien chancelier, l'Allemagne découvre ainsi le jeune adolescent, colosse en herbe et bouille ronde, accompagnant son père, les deux hommes trouvant porte close au domicile du défunt, alors que la seconde épouse du grand Helmut leur refuse l'entrée… Encore aujourd'hui, le petit-fils refuse de répondre à toutes les questions portant sur son aïeul. Tout juste concède-t-il à parler de l'importance du couple franco-allemand, soulignant "qu'il n'existe aucun monde dans lequel l'Allemagne serait prospère sans que la France le soit, comme il n'existe aucun monde dans lequel l'Allemagne serait en sécurité sans que la France le soit aussi". Johannes Volkmann, c'est d'abord des débuts aussi précoces que fulgurants en politique. Il adhère à la CDU à 16 ans, en gravit rapidement les échelons jusqu'à en devenir en 2024 le plus jeune membre du comité directeur fédéral. Des années à labourer le terrain de la circonscription du Lahn-Dill, région montagneuse de la Hesse, berceau de ce "Mittelstand" qui a fait la force du pays mais qui est aujourd'hui balayé par la concurrence chinoise. La Chine, justement qui fascine Volkmann : il y a fait ses études à Shanghai, puis Pékin, et a décroché un master en études chinoises contemporaines à la prestigieuse université d'Oxford. Mais fascination ne veut pas dire adhésion.Johannes Volkmann incarne aujourd'hui cette nouvelle génération de dirigeants allemands qui osent – enfin ! – porter un regard critique sur le géant asiatique. Pékin ne serait plus seulement un partenaire commercial de premier ordre, mais aussi un rival systémique. "Je crois au libre-échange et aux bienfaits des marchés ouverts pour créer de la prospérité. L'Allemagne en a incroyablement profité et je ne crains pas la concurrence asiatique, celle des entreprises japonaises ou sud-coréennes. Ce qui me pose problème, c'est lorsqu'elle est faussée." Et voilà le jeune député attaquer le yuan, la devise chinoise artificiellement sous-évaluée et les monceaux de subventions publiques déguisées qui faussent le jeu. "La Chine recourt de façon abusive à de la manipulation monétaire pour obtenir un avantage déloyal estimé à près de 30 %. Nous ne pouvons rien faire en matière de fiscalité, de droits du travail et de financement de la protection sociale pour compenser un tel décalage. C'est impossible à résoudre par la politique intérieure." La solution ? Des droits de douane. Expression encore tabou il n'y a pas si longtemps parmi les élites allemandes. Au début de l'été, au sein d'une alliance inattendue, Volkmann a présenté avec un député vert, Anton Hofreiter, un "document de position" réclamant des droits de douane compensatoires sur tous les produits chinois pénétrant le territoire européen. Une initiative qui lui a valu les critiques de l'AfD, qui a dénoncé une rhétorique de guerre froide et une "politique de pur cloisonnement". Une proposition également fraîchement accueillie par une partie du patronat et notamment les plus grandes entreprises allemandes qui redoutent des mesures de rétorsion de Pékin. "La survie des PME est en jeu. Beaucoup de grandes entreprises font du lobbying contre les droits de douane
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