Gaz russe, le grand paradoxe européen
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Gaz russe, le grand paradoxe européen

Publié le 10 August 2026 à 02:30
Auteur : Le Temps

ÉDITORIAL. Alors que l’UE annonce l’interdiction prochaine du gaz naturel liquéfié russe, les volumes augmentent avant l’entrée en vigueur de l’embargo. L’Europe expose ses contradictions. Elle affiche sa difficulté à s’affranchir du gaz russe et surtout le risque de dénaturer le poids des sanctions en accordant des exceptionsL’Europe se dit déterminée à tourner la page du gaz russe. Pourtant, elle continue d’en faciliter le commerce. Le port belge de Zeebruges, l’une des principales portes d’entrée du gaz naturel liquéfié (GNL) russe en Europe, en offre une illustration saisissante. Alors que l’interdiction totale du GNL russe sera effective dès janvier 2027, le port a reçu 37 cargaisons (2,7 millions de tonnes pour une valeur estimée à 1,62 milliard d’euros) en provenance de Yamal (Sibérie) au premier semestre 2026, 12% de plus qu’un an plus tôt. Dans l’ensemble de l’UE, les achats de GNL russe ont fait un bond de 16%, grâce notamment à l’appétit de la France, de l’Espagne et de la Belgique.Autre contradiction: le 23 juillet, pour arracher un accord sur le 21e paquet de sanctions contre Moscou, les Vingt-Sept ont accepté une exception réclamée par la Grèce, autorisée désormais à continuer à transporter, à certaines conditions, du GNL russe vers des pays tiers. Quelques mois plus tôt, ils avaient pourtant, à l’unanimité, décidé d’interdire tout achat, importation ou transfert de GNL russe à partir de janvier 2027.Le message est désastreux. Il révèle plusieurs choses. D’abord, la difficulté grandissante des Européens à adopter des sanctions contre Moscou. La volonté politique commune se heurte toujours davantage aux réalités commerciales et aux intérêts nationaux. Accorder des dérogations, c’est ouvrir une brèche et affaiblir l’un des principaux instruments de pression de l’Union. Ensuite, il confirme la dépendance de l’Europe au gaz russe. Et le risque de troquer une dépendance russe contre une autre, américaine.
Moscou s’adapte
Pendant ce temps, la Russie adapte ses circuits logistiques. La «flotte fantôme russe», qui cherche à contourner les sanctions en changeant de pavillon, brouillant les systèmes de localisation ou recourant à des sociétés écrans, ne cesse de s’étoffer. L’UE a beau la cibler davantage – le dernier paquet s’en prend pour la première fois aux navires et prestataires tiers qui apportent un soutien logistique ou opérationnel direct à cette flotte clandestine –, Moscou semble toujours avoir une longueur d’avance. La Russie produit d’ailleurs désormais ses propres méthaniers, réduisant progressivement sa dépendance aux infrastructures occidentales.A Zeebruges comme à Bruxelles, une question demeure: jusqu’où l’Europe est-elle vraiment prête à aller pour fermer le robinet russe qui alimente la guerre en Ukraine? Une politique de sanctions qui multiplie les exceptions finit par envoyer un message inverse à celui qu’elle prétend porter: Moscou peut encore compter sur les divisions européennes.

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