Au crépuscule de son règne, force est de constater que la révolution esquissée par le sémillant Emmanuel Macron dans son ouvrage inchoatif, publié quelques jours après l'annonce de sa première candidature à la fonction suprême, n'est pas advenue. Pas plus d'ailleurs que ses kilos de promesses de changement qui avaient eu les Français. Non, neuf ans après son élection, la France qu'il leur avait promise n'est pas ; et ils s'en rendent bien compte, comme en témoigne la troisième édition des 100 mots qui font la France, publiée par l'institut Elabe.Pour "celles et ceux" qui n’en connaîtraient pas le principe, l’étude soumet à un échantillon représentatif de Français une centaine de mots, auxquels chacun doit attribuer une note de 1 à 10 selon deux critères : l’image, positive ou négative, qu’il associe à ce mot, et la mesure dans laquelle celui-ci correspond, à ses yeux, à la France d’aujourd’hui. Et ce qui en ressort, c'est que les mots — ou les maux, que le chantre du "en-même-temps" avait promis de conjurer - reflètent aujourd'hui un peu plus qu'hier l'image qu'ils ont du pays.Si quand on leur dit "France", les Français pensent évidemment à "nucléaire", "Tour de France", "Marseillaise", ils voient également, à l'intérieur de l'Hexagone, “dette”, "crise", ou encore "taxes" — notons que ce dernier arrive en tête des substantifs qu'ils associent le plus à leur pays, alors même qu'Emmanuel Macron avait fait de la baisse des impôts un axe central de son programme. À l’inverse, la "sécurité", la "justice" ou encore le "mérite", dont le jeune candidat se revendiquait, correspondent moins qu’en 2018 à l’image que les Français se font de leur pays.3015_WEB_INFOG_FRANCE_motsLes Français ont d'ailleurs le sentiment qu'il est plus difficile de vivre de son salaire, alors qu'avec lui également, le travail devait "payer plus". L'impression d'un ascenseur social bloqué est également plus importante qu'au début du premier quinquennat d'Emmanuel Macron. "Il avait promis qu'il simplifierait l’action publique, restaurerait l’autorité et remettrait le pays en mouvement. Or, si certaines décisions sont bien allées dans ce sens, les Français ne perçoivent pas de changement ; ils ont même le sentiment d’une dégradation par rapport à la situation antérieure", exégète Bernard Sananès, président de l'institut Elabe. La France de 2026, un négatif du projet macronienAinsi, la France de 2026 apparaît-elle comme le négatif de la promesse macronienne de 2016. La faute, peut-être aux trop nombreux renoncements ? Il y a d'abord les projets qui ne sont jamais sortis de terre, comme la grande réforme des institutions, la proportionnelle, la réduction du nombre de fonctionnaires, ou encore la loi grand âge, finalement remplacée par une autre qui n'avait pas l'ambition de la réforme systémique promise ; mais aussi les réformes abandonnées en cours de route. Outre le service national universel "mis en extinction" faute de parvenir à le généraliser, le cas le plus emblématique en la matière demeure la retraite par points. Remisée avec la crise du Covid, elle est revenue sous la forme d’un recul de l’âge légal à 64 ans qui a finalement été suspendu sous la pression de la gauche.Il y a de surcroît les formules qui résistent mal à l'épreuve du temps. Qui pense aujourd'hui que le quinquennat qui "devait être écologique ou ne pas être" l'a été ? Et qu'est-il advenu de la "vraie révolution collective" pour l'hôpital, promise en 2022, alors que la France se remettait doucement d'une crise sanitaire inédite ? Et puis, il y a aussi les objectifs restés hors d’atteinte. Alors qu'Emmanuel Macron s'était engagé à ce qu'il n'y ait plus "d'ici la fin de l'année" — 2017 ! — de femmes et d'hommes dormant dans les rues, la France compte près de dix ans plus tard 350 000 personnes sans domicile, contre 143 000 au début de son premier mandat.Par ailleurs, si le chômage a nettement diminué lors du premier quinquennat, il est reparti à la hausse depuis le début du second, éloignant un peu plus l’objectif de plein emploi, recyclé comme argument de campagne en 2022. Même trajectoire pour la pauvreté ; après le grand plan présenté en 2018, celle-ci a atteint en 2023 son plus haut niveau depuis près de trente ans. Quant aux comptes publics qu’il promettait de redresser, le déficit a continué de se creuser et la dette de s'arrondir.L’atome, seule éclaircie dans le brouillardCe n'est pas tant une impression d'inaction imputable à Emmanuel Macron qui ressort du rapport qu'un sentiment diffus d'impuissance du politique ; comme si celui-ci ne parvenait plus vraiment à agir sur le réel. Les mots qui ont le plus progressé depuis 2018 sont d’ailleurs ceux qui disent cette perte de maîtrise : le "déclin", la "crise", la "violence". "La droite les a déçus, la gauche aussi. Les Français ont voulu essayer autre chose ; et cette autre chose les déçoit à son tour. Comment voulez-vous qu’ils croient encore au personnel politique ?", soupire un député.Au milieu de ce sombre état des li
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