Subitement, le ton a changé. Peu après avoir annoncé la signature du protocole d’accord avec l’Iran, Donald Trump tacle Benyamin Netanyahou dans un entretien au New York Times : "C’est un type très difficile. Il devrait être reconnaissant. Si l’Iran obtenait l’arme nucléaire, Israël ne tiendrait pas deux heures". Ulcéré par les critiques de plusieurs ministres et parlementaires israéliens à l’endroit du président américain, le vice-président J.D. Vance se montre encore plus direct : "Deux tiers des armes défensives qui ont protégé votre pays ont été fabriquées par des mains américaines et payées par les contribuables américains." Une menace à peine voilée soulignant la dépendance israélienne aux armes américaines. Ce coup de froid intervient alors que l’image d’Israël connaît une nette dégradation aux Etats-Unis et que l’opinion américaine renâcle désormais à prêter main-forte à Tsahal à Gaza ou au Liban. Selon un récent sondage, seuls 16 % des Américains estiment que leur pays devrait continuer à fournir des armes à Israël sans nouvelles conditions. 38 % souhaitent mettre totalement fin à ces livraisons. Certains politiciens de l’aile gauche du parti démocrate, comme Bernie Sanders, militent même ouvertement pour la fin des ventes d’armes. "Continuer à fournir à Israël les armes offensives qu'il utilise contre des civils est moralement répréhensible", a récemment déclaré le sénateur. Face au spectre d’une brutale restriction de l'arsenal américain, Israël prépare ses arrières. Ces dernières semaines, Benyamin Netanyahou a manifesté à plusieurs reprises des velléités d’indépendance à l’égard de son allié historique. "Je remercie profondément nos amis américains pour leur soutien. Mais aujourd'hui, je le dis : nous avons besoin de notre propre système indépendant de production d'armements. Nous devons fabriquer nos propres armes. Notre avenir dans les trente prochaines années dépend de notre propre force", a-t-il martelé le 23 juin devant des soldats israéliens. Dans la foulée, son gouvernement a annoncé un vaste plan de 90 milliards d’euros pour financer le développement de l’industrie militaire du pays. "Nous avons parfaitement la capacité d’atteindre l’autonomie en matière d’armement. Cela demande du temps et beaucoup d’argent, mais nous sommes devenus une puissance économique capable de supporter un tel effort", considère Yossi Kuperwasser, un ancien officier supérieur spécialiste des questions de défense. Mais le chemin ne sera pas simple. Intimement liés aux Américains depuis le lâchage des Français lors de la guerre des Six Jours en 1967, les Israéliens auraient reçu plus de 200 milliards de dollars d’armes américaines ces dernières décennies. Le dernier mémorandum, signé en 2016 sous la présidence Obama, octroie à l’Etat juif un crédit d’achat d’armes américaines de 3,6 milliards de dollars par an jusqu’en 2028. Grâce à cet accord, les Israéliens peuvent acquérir les fleurons de l’industrie militaire made in USA comme des avions de chasse furtifs F-35, des missiles autoguidés ou encore des bombes anti-bunkers de dernière génération. En dehors des Etats-membres de l’Otan, aucun pays au monde ne bénéficie d’un tel privilège. Pour les Etats-Unis, cette alliance comporte deux avantages évidents : faire tourner son complexe militaro-industriel et pouvoir compter sur un allié précieux dans la poudrière du Proche-Orient. Tsahal a su en profiter sur tous les théâtres d'opérations récents. "Lors des frappes contre l’Iran, l’aviation israélienne a affiché des performances supérieures à son homologue américaine", constate Daniel Hervouet, ex-officier général de l’armée française et fin connaisseur des enjeux stratégiques du Moyen-Orient. A de rares frictions près, comme ces derniers jours autour de la présence israélienne au Liban et en Syrie, Israël a toujours scrupuleusement servi les intérêts américains dans la région. Pour l'Etat hébreu, les armes américaines garantissent une supériorité constante face à l’ennemi mais, d’un autre côté, la dépendance vis-à-vis des Etats-Unis entrave concrètement la liberté d’action des armées israéliennes lors des conflits. Ainsi, dès les premiers mois de la guerre post-7 octobre à Gaza, alors que s’accumulaient les morts de civils et les destructions massives, le plus souvent avec des munitions et des bombes américaines, l’administration Biden menaça de réduire les approvisionnements si Tsahal ne baissait pas l’intensité de ses frappes. A l’époque, Benyamin Netanyahou avait dû mobiliser tous ses relais d’influence à Washington pour maintenir le flux des livraisons américaines et permettre à son armée de poursuivre son offensive, notamment la conquête de la très stratégique ville de Rafah, le long de la frontière avec l’Egypte. Quelques mois plus tard, en août 2024, en pleine tourmente à Gaza et au Liban, le Premier ministre israélien mandate le professeur Yaakov Nagel, ancien conseiller à la sécurité nationale, pour mener une réflexion sur la production d’armes en Israël. R
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