
La crise d'Ormuz l'a bien montré, les détroits jouent un rôle vital dans le commerce mondial. De Malacca à Béring, en passant par le Bosphore, L'Express vous invite à un voyage dans ces lieux emblématiques, où se joue l'avenir du monde.EPISODE 1 - Détroit de Taïwan : le passage maritime qui pourrait faire vaciller le mondeEPISODE 2 - Bosphore - Dardanelles : les détroits turcs, ce double verrou stratégique face à la RussieEPISODE 3 - Piraterie, contrebande et désastre écologique : le détroit de Malacca, talon d'Achille de l'ogre chinoisA quelques mètres du rivage, la proue du cargo se dresse vers le ciel, comme pétrifiée. Sur le flanc, son nom en lettres blanches. Galaxy Leader. En novembre 2023, ce roulier de 190 mètres navigue dans la mer Rouge, lorsqu’il est pris en chasse par un hélicoptère. Sur la carlingue, deux drapeaux floqués : l’un yéménite, l’autre palestinien. Kalachnikov en bandoulière, une dizaine d’hommes cagoulés sautent sur le pont et capturent l’équipage, qui ne sera libéré que quatorze mois plus tard. Le bateau, lui, sera coulé au large de cette plage déserte. Ces combattants, des Houthistes, une secte chiite qui fait partie de "l'axe de la résistance" mené par l'Iran contre Israël, ne s’arrêtent pas là. Dans l'année qui suit, ils bombardent 124 navires qui remontent vers le canal de Suez ou cinglent, dans l'autre sens, vers le détroit de Bab-el-Mandeb, prélude à l’océan Indien, causant une chute drastique du trafic maritime. Seules les frappes américaines, massives, parviendront à les stopper. Affaiblis, les rebelles houthistes signent un cessez-le-feu avec Washington en mai 2025. Depuis cette date, les rugueux montagnards du Yémen se tenaient tranquilles - même durant la guerre des Douze jours entre Israël et l’Iran.Double blocus en vueJusqu’à ce 13 juillet. Ce jour-là, un avion iranien s’apprête à se poser à Sanaa, ville occupée par les Houthis (qui se partagent le pays avec le gouvernement central, soutenu par l’Arabie saoudite). A son bord, une délégation houthiste rentrant de Téhéran, où elle avait assisté aux funérailles du Guide suprême, Ali Khamenei. Pour l’empêcher de se poser, les autorités yéménites officielles bombardent l’aéroport de Sanaa. Soupçonnant les Saoudiens d’avoir ordonné l'opération, les rebelles lancent drones et missiles sur l’Arabie saoudite. Une semaine plus tard, le mouvement houthiste décrète un blocus maritime contre "l’ennemi saoudien criminel". Et bombarde dans la foulée deux pétroliers provenant de Riyad. Depuis, la tension est à son comble. Les représailles mettent en péril la trêve, en vigueur depuis mars 2022, entre Riyad et les Houthistes. Surtout, elles risquent d’étendre la crise à l’autre grand détroit de la région, Bab-el-Mandeb, tout aussi vital qu’Ormuz pour le commerce mondial. Car plus de 16% du trafic planétaire transite par cette route, l’une des plus fréquentées du monde. "Au tournant de l’an Mil, le géographe arabe Al-Muqaddasî évoquait déjà son importance stratégique, raconte Frédéric Lasserre, géographe et coauteur de Géopolitique des détroits (Le cavalier bleu). Mais le commerce était alors surtout régional, car il n’y avait pas de connexion avec la Méditerranée." Après tout change après l’ouverture du canal de Suez en 1869. La mer Rouge devient un passage majeur entre l’Asie et l’Europe. Goulet d'étranglementCette position clé n’a pas échappé aux Iraniens qui savent, comme Napoléon, que "tout Etat fait la politique de sa géographie". Mieux que personne, les mollahs réalisent à quel point ces goulets d’étranglement sont des leviers formidables pour faire pression sur leurs ennemis. Les Gardiens de la révolution islamique l’ont d’ailleurs signifié récemment aux Américains : s’ils intensifient leurs attaques, Téhéran pourrait faire subir à Bab-el-Mandeb le même sort que le détroit d’Ormuz…L'option est d’autant plus tentante que les Iraniens sont persuadés que le "Grand Satan" est à court de solutions. Et que le moment est peut-être venu de jouer la carte maîtresse, à savoir… bloquer les deux détroits à la fois. Un scénario cauchemardesque pour l’économie mondiale. La fermeture de Bab-el-Mandeb provoquerait un choc majeur sur les marchés de l'énergie. Les Saoudiens qui, en raison du blocage d’Ormuz, cherchent à "sortir" leur pétrole par le port de Yanbu, sur la mer Rouge, se retrouveraient bloqués sur leur flanc ouest. Leur seul recours consisterait à faire remonter leurs tankers par le canal de Suez et, de là, à contourner l’Afrique pour rejoindre l’Asie. En réalité, ce mouvement a déjà commencé. Le transit de pétrole par le canal de Suez a atteint au mois de juillet son plus haut niveau depuis deux ans et demi, selon la société de suivi maritime Vortexa. Avec quels effets ? "C’est davantage la panique des marchés, plutôt que l’interruption temporaire du trafic ou l’augmentation des tarifs de transport, douloureuse mais absorbable, qui risque d'avoir un impact majeur à court terme", prédit Frédéric Lasserre. Déjà, le cours du Brent a cl
Pour offrir la meilleure expérience, nous utilisons des technologies telles que les cookies afin de stocker et/ou d’accéder à des informations sur votre appareil. En consentant à ces technologies, vous nous permettez de traiter des données telles que votre comportement de navigation ou des identifiants uniques sur ce site. Ne pas consentir ou retirer son consentement peut affecter négativement certaines fonctionnalités et fonctions.