Une authenticité trompeuse: pourquoi nous avons cessé de nous fier à nos yeux et à nos oreilles
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Une authenticité trompeuse: pourquoi nous avons cessé de nous fier à nos yeux et à nos oreilles

Publié le 27 September 2026 à 22:30
Auteur : NZZ Story Lab

L’intelligence artificielle permet aujourd’hui de contrefaire des voix et des visages avec une authenticité trompeuse en seulement quelques secondes. Ce que l’on a longtemps considéré comme de la science-fiction fait aujourd’hui partie du quotidien, ouvrant ainsi la porte à toutes les fraudes. Cet article vous explique comment vous prémunir contre les deepfakes

Un soir, le téléphone sonne. A l’autre bout du fil, une jeune fille parle d’une voix tremblante. Elle est en plein voyage et a besoin d’aide immédiatement: on lui a volé son sac à dos, avec tout son argent et son passeport. Le grand-père qui a décroché sait que sa petite-fille est partie faire un long voyage. Il reconnaît sa voix et ressent son désespoir. Il croit donc cette demande d’aide urgente et vire 3000 francs sur le compte indiqué par sa prétendue petite-fille.Cette histoire est fictive, mais elle aurait aussi bien pu arriver. En utilisant les réseaux sociaux, les criminels peuvent très facilement déterminer qui est en voyage et comment joindre ses proches. L’intelligence artificielle (IA) les aide à imiter fidèlement voix, intonation et dialecte pour obtenir de l’argent en prétextant un problème urgent. L’association de la proximité affective et du désir profondément ancré d’aider ses proches dans le besoin émousse souvent l’esprit critique et pousse les gens à agir sous le coup de l’émotion plutôt que d’écouter la voix de la raison.
Comment est-ce possible?
Avec la technologie IA, la combine de la petite-fille ou du petit-fils en détresse est accessible à n’importe qui, et sa détection quasiment impossible. Même les appels vidéo peuvent être contrefaits, jusqu’aux mouvements naturels, aux clignements des yeux et à la synchronisation des lèvres avec les mots prononcés. On parle dans ce cas de deepfakes – des vidéos contrefaisant la voix et le visage, voire entièrement générées par IA.Il y a quelques années encore, il était possible de détecter ces faux de manière relativement fiable en vérifiant justement ces points. Aujourd’hui, cela ne suffit plus. «Ces détails sont maintenant nettement mieux maîtrisés et donc plus difficiles à identifier», déplore Marco Wyrsch, Head of Group Security chez Swisscom. Une avancée particulièrement lourde de conséquences: la technologie n’a presque plus besoin de «matière première», il suffit souvent de quelques secondes d’une voix réelle, d’un message d’anniversaire sur Instagram ou d’une courte vidéo sur TikTok, associés à une photo portrait, pour créer une contrefaçon à peine détectable. Et les outils qui le permettent ne sont depuis longtemps plus l’apanage des acteurs spécialisés, car ils sont largement disponibles et peu coûteux. Comme le souligne M. Wyrsch, cela a considérablement réduit le seuil d’accès pour les assaillants. Quiconque veut falsifier une voix aujourd’hui n’a besoin ni de connaissances techniques ni d’équipements spécialisés.
Poser une question définie
Si l’on ne peut plus se fier à la voix, au visage, aux mimiques et à la gestuelle pour identifier quelqu’un, comment procéder? M. Wyrsch recommande une approche qui n’a rien de technologique: celle des informations spécifiques partagées. «Il peut s’agir d’une expérience vécue ensemble, d’une conversation récente ou d’un code convenu au sein de la famille. Cela permet de vérifier facilement si la personne à qui l’on s’adresse est bien celle qu’elle dit être», explique M. Wyrsch. En définissant par avance un tel code avec ses proches, on dispose d’un moyen de vérification simple et efficace en cas de doute.Techniquement, il existe d’autres approches, du moins en théorie: des procédés cryptographiques permettent de vérifier les identités et les messages. Ceux-ci doivent être parfaitement intégrés aux moyens de communication existants. Toutefois, loin d’être accessibles à tout le monde, ils restent un défi.

Toujours vérifier le contexte
«Aujourd’hui, je ne me fierais plus à des critères visuels pour identifier un deepfake. Je recommande plutôt d’examiner le contexte avec un regard critique», poursuit Marco Wyrsch. En cas de soupçon, l’expert de Swisscom conseille de se poser les questions suivantes: la prise de contact est-elle inattendue? Fait-elle naître un sentiment d’urgence? Est-il question d’argent, de données d’accès, ou de contourner des processus établis? Une pression est-elle exercée? Et surtout: la situation décrite est-elle plausible?Se poser ces questions avant d’agir, c’est se protéger, quel que soit le degré de persuasion de votre interlocuteur. Et si le doute persiste, il reste une option simple: raccrocher et rappeler la personne sur un numéro connu.
Que faire en cas d’urgence
La première étape essentielle consiste à prendre quelques instants pour réfléchir. «Dites-vous stop, respirez profondément et demandez-vous si l’appel a un sens», recommande M. Wyrsch, qui souligne également qu’il ne faut

Ce sujet parle de : sécurité
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