Derrière la provocation de Mélenchon se cache une réalité implacable: annuler la dette revient à perdre la confiance des créanciers. Une leçon que les fonds de pension et épargnants paieraient au prix fortEn France, cette rentrée voit non seulement les élèves reprendre le chemin de l’école, mais aussi les candidats à l’élection présidentielle de 2027 sortir du bois. Tout à gauche de l’échiquier politique, Jean-Luc Mélenchon a ainsi relancé l’idée – déjà évoquée dans son programme de 2022 – d’annuler une partie de la dette étatique. Fidèle à son goût pour la provocation, le leader de La France insoumise a proposé de «foutre au feu» les 18% de dette détenus par la Banque de France et la Banque centrale européenne (BCE).Si 43% des Français y seraient favorables (50% même pour la tranche des 18-24 ans) selon un sondage réalisé pour le HuffPost, la réplique de l’actuel premier ministre Sébastien Lecornu a été cinglante. Pour lui, il s’agirait d’une triple faute: morale, économique et patriotique. Concentrons-nous ici sur les aspects économiques, l’occasion de rappeler à la fois l’historique budgétaire désastreux de l’Hexagone et la mécanique implacable de la dette. Une analyse qui, par effet miroir, met en lumière les atouts actuels de la Suisse.
Une question de confiance
La dernière fois que le budget de l’Etat français a affiché un excédent, c’était en 1974 (à environ 0,2% du PIB). Depuis un demi-siècle donc, il s’inscrit, plus ou moins fortement, dans le rouge. La limite de déficit public de 3% fixée par le Traité de Maastricht n’a été respectée qu’à trois reprises depuis 2002: en 2006, 2018 et 2019. Les années covid, avec leur lot d’aides financières directes, ont ensuite aggravé la donne. A tel point que même le solde primaire de la France – à savoir le déficit avant paiement de la charge d’intérêts sur la dette – dépasse aujourd’hui cette limite.Mécaniquement, lorsqu’un Etat dépense systématiquement plus qu’il n’encaisse, son niveau d’endettement augmente. Que la configuration soit celle d’une taxation basse et d’amortisseurs sociaux limités, comme aux Etats-Unis, ou d’une taxation plus forte et d’amortisseurs sociaux généreux, comme sur le Vieux-Continent, le résultat final est très similaire.
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Et l’accroissement de l’endettement ne suit pas un processus linéaire: la situation s’aggrave «peu à peu, puis soudainement», pour paraphraser Ernest Hemingway. La matérialisation objective du point de rupture étant une incapacité à équilibrer le budget primaire, donc à stopper la spirale vicieuse de la dette. L’élément subjectif qui vient ensuite se greffer là-dessus est la confiance – le mot «crédit» tire d’ailleurs son origine étymologique du verbe latin «credere», qui signifie «croire».
Des taux plus élevés qu’en Grèce
En termes d’interactions économiques, la question de la dette est indissociable de deux autres variables, l’inflation et la devise. Tous les pays, le plus souvent dans le bloc émergent, qui ont connu par le passé une crise de la dette ont vu soit les indices de prix s’emballer, soit leur monnaie se dévaluer, soit les deux.
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Dans le cas de la France, c’est une devise partagée par 20 autres pays qui serait mise à mal par une annulation, même partielle, de la dette. Et c’est aussi l’ensemble de cette zone euro qui pourrait voir l’inflation déraper à la hausse, alors que la BCE peine déjà à maîtriser le renchérissement induit par les prix énergétiques et alimentaires dans un contexte géopolitique et climatique compliqué.Ce qui nous amène aux taux d’intérêt. Car au final, c’est dans la rémunération exigée par les créanciers que se matérialise la crédibilité d’un emprunteur. A l’heure d’écrire ces lignes, le rendement de marché des obligations souveraines françaises à dix ans s’inscrit à 4,26%. Un taux supérieur à celui des titres équivalents espagnols (3,83%), italiens (4,21%) et même grecs (4,07%). Dit autrement, le statut de principale puissance européenne revendiqué par la France n’est peut-être plus d’actualité. La demande pour ses futures émissions obligataires n’est pas assurée, et l’heure est à une reprise en main urgente des finances publiques.
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Un impact global
La difficulté sera de convaincre la population, comme le montre l’expérience des dernières années. Elle qui tend à voir l’Etat comme une entité distincte, qui peut et doit toujours payer. Nombreux sont probablement les Français qui pensent qu’une annulation de dette n’aurait aucune incidence sur leur propre situation, que seuls les contribuables les plus fortunés seraient impactés. C’est oublier notamment que la finance touche tout le monde, indépendamment de l’âge et du niveau social
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