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Social et libéral à la fois : comment le "modèle suédois" s'est réinventé
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Social et libéral à la fois : comment le "modèle suédois" s'est réinventé

Publié le 11 September 2026 à 05:30
Auteur : Axel Gyldén

Avec à sa tête Magdalena Andersson, une solide économiste qui a été ministre des Finances pendant sept ans, puis Première ministre de 2021 à 2022, la gauche suédoise pourrait revenir au pouvoir à Stockholm, la capitale nordique aux 14 îles – sans compter, bien sûr, les 30 000 autres îles, îlots et îlets de son archipel ouvert sur le large. Après quatre années dans l'opposition, le parti social-démocrate (Socialdemokraterna), qui a gouverné les trois quarts du temps depuis un siècle, arrivera certainement en tête aux élections générales du 13 septembre. Mais le Premier ministre de centre droit sortant, Ulf Kristersson, n'a pas dit son dernier mot. Et tout dépendra de la capacité des deux blocs, de droite et de gauche, à former une coalition dans ce pays de 10,6 millions d'âmes où huit partis se partagent la scène politique. Dans l'administration, un "choc de simplification"Une seule certitude : celui ou celle qui dirigera la Suède le fera dans un pays en forme olympique. L'économie rebondit : l'année prochaine, la prévision de croissance est de +2,5 %. L'endettement public est très faible : 37 % du PIB, contre 115 % en France. Et le financement des retraites est à l'équilibre grâce à une dose de capitalisation (épargne individuelle) qui fait de chaque futur retraité un investisseur en bourse. Le climat des affaires ? "Il est résolument optimiste, tourné vers le futur et vers l'innovation", s'enthousiasme Audrey Lagerqvist, qui dirige Betao, une start-up française qui a choisi de s'installer à Stockholm pour piloter Portail Auto-Entrepreneur, un site d'aide aux autoentrepreneurs français.Pourquoi s'établir ici ? "Créer une entreprise est plus simple en Suède qu'en France, répond cette franco-suédoise. Toutes les démarches administratives sont simplifiées et trouvent une solution en un clic. Et Stockholm est 'le' laboratoire de la tech." La capitale concentre en effet davantage de "licornes" (start-up valorisées à plus de 1 milliard de dollars) par habitant que toute autre ville au monde, hormis la Silicon Valley. Spotify, Skype, Minecraft, Klarna (paiement en ligne) ou encore Lovable (création d'applications et site Internet à l'aide d'IA) ont toutes vu le jour dans la ville de naissance du groupe Abba. Selon la Commission européenne, celle-ci est la capitale la plus innovante du Vieux Continent.Le "miracle suédois", qui se mesure aussi au sourire des gens sur leurs lieux de travail, ne doit rien au hasard. Il est d'abord le fruit d'une profonde réforme de l'Etat, initiée dès les années 1990 et qui se prolonge aujourd’hui par des mises à jour permanentes. Depuis cette époque, la Suède a procédé à un "choc de simplification" dans l'administration qui contribue hautement à la fluidité de la vie économique. Tout en "dégraissant le mammouth", le royaume scandinave n'a pas renoncé à son fameux modèle d'Etat-providence. A bien des égards, le système de protection sociale a même été amélioré, grâce à des dispositifs de formation performants qui favorisent la mobilité professionnelle. "Tous les salariés peuvent s'arrêter de travailler tous les sept ans afin de suivre une formation durant six mois, en conservant leur salaire", indique Thorbjörn Hållö, chef économiste du grand syndicat LO, qui parle au nom de 3 salariés sur 4 (le taux de syndicalisation avoisine les 70%). Social mais libéral, le nouveau modèle suédois Depuis le début du siècle, les gouvernements successifs ont par ailleurs aboli l'impôt sur les successions, abandonné par la gauche en 2005 ; celui sur la fortune, supprimé par la droite en 2007 ; et reculé l'âge du départ à la retraite (66 ans aujourd'hui) en l'indexant sur l'espérance de vie. Et cela, sans que personne n'y trouve à redire. "La Suède, où la pensée socialiste a imprégné l'histoire du XXe siècle, a procédé au XXIe siècle à une transformation fondamentale empreinte de libéralisme économique et sociétal", résume Anna Stellinger, directrice générale adjointe de Näringslivet, l'organisation du patronat qui – c'est à noter – entretient un dialogue constructif permanent avec les syndicats.Anna Stellinger, directrice adjointe de Näringslivet, l'organisation patronale suédoise."Aujourd'hui, les résultats de cette modernisation sont là : l'émission de gaz à effet de serre a diminué d'un tiers alors que la taille de notre économie a doublé et que le salaire réel moyen a augmenté de 56 %. C'est la preuve que l’économie de marché se marie très bien avec l’Etat-providence. En fait, elle en est la condition ! Certes, tout n'est pas parfait, le chômage demeure à un niveau trop élevé (8,7 %) et l’intégration des étrangers non-diplômés reste compliquée. Mais nous sommes sur le bon chemin." Mais comment le pays d'Olof Palme – le Mitterrand suédois assassiné en 1986– a-t-il réussi une telle révolution copernicienne ? Tout simplement grâce au sens des responsabilités de sa classe politique. Après la grave crise des années 1991-1993 (explosion de la dette, krach du marché immobilier, augmentation du chômage,

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