Ils sont près de 840 000 à vivre hors de Suisse. Et ils ont une drôle de manière de rester Suisses: un peu de raclette à Singapour, un village suisse à Washington, une fondue à Sydney… et beaucoup de nostalgie. Surtout, sans eux, le 1er août ne serait peut-être pas devenu notre fête nationale annuelleIl faut rendre à César ce qui appartient à César. Et aux Suisses de l’étranger ce qui, semble-t-il, leur appartient: le 1er août, que nous fêtons chaque année, serait en partie leur œuvre. L’histoire est assez savoureuse. En 1891, la Suisse célèbre en grande pompe les 600 ans du pacte de 1291.Une belle affaire, mais prévue comme un événement exceptionnel. Une fois les fanfares rangées et les derniers feux éteints, on aurait pu passer à autre chose. Sauf que les Suisses de l’étranger, eux, ne l’entendaient pas de cette oreille. Ils regardaient les Français célébrer leur 14 juillet partout dans le monde et se demandaient, en gros: «Et nous, alors?»
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Ils voulaient une fête nationale récurrente, qui leur permette de rester reliés à la patrie et, accessoirement, de rappeler à leur pays d’accueil que la Suisse existait. Leur pression a contribué à la décision prise en 1899 de célébrer le 1er août chaque année. Nous autres, Suisses de l’intérieur, avons donc peut-être une dette envers ceux qui sont partis. Depuis, les choses ont légèrement évolué. Il y a eu les feux de joie, les lampions, les discours, les feux d’artifice. Et puis le cervelas. Beaucoup de cervelas.
La «Cinquième Suisse» n’est pas si petite
Mais que devient donc le 1er août lorsque la Suisse est à plusieurs milliers de kilomètres? Est-ce encore une fête nationale ou une vaste séance collective de nostalgie? Pour le savoir, il suffit de suivre la trace du drapeau rouge à croix blanche.Ils sont aujourd’hui 838 600 Suissesses et Suisses enregistrés comme vivant à l’étranger. Et contrairement à l’image du compatriote solitaire installé au bout du monde, une bonne moitié d’entre eux, 47%, vivent dans un pays limitrophe et 64% en Europe. La France arrive très largement en tête avec 212 400 Suisses. Puis viennent l’Allemagne avec 102 100, l’Italie avec 53 100, le Royaume-Uni avec 41 400 et l’Espagne avec 28 200. Hors d’Europe, les Etats-Unis dominent avec 85 900 Suisses, devant le Canada (42 000) et l’Australie (27 000).
Chez nos voisins
La plus grande communauté suisse du monde vit en France. Et pas uniquement à Paris: 50 800 Suisses vivent en Haute-Savoie, où ils représentent environ 6% de la population. L’Ain en compte 18 100, le Haut-Rhin 17 000 et le Doubs 14 500. Voilà donc des Suisses de l’étranger qui peuvent, pour certains, être plus proches du Léman que bien des Suisses de l’intérieur.Pour eux, la Suisse n’est pas forcément un souvenir lointain: elle est parfois visible depuis la fenêtre. Pour ceux qui peuvent facilement et régulièrement revenir au pays, la fête nationale se déguste sans trop de nostalgie. A l’image de Franck, Neuchâtelois installé en Alsace: «Je fête rarement le 1er août en France comme ce n’est pas férié. Mais cette année, ça tombe un samedi. On ira donc avec des amis faire une randonnée et griller quelques cervelas. Enfin, si on a le droit de le faire à cause de la sécheresse».Un détachement apparent qui s’explique le plus souvent par le nombre important de binationaux en France, comme en Italie. Ainsi, Francesco, Veveysan, se rend chaque été à Colledimezzo, dans les Abruzzes: «La première semaine du mois d’août, il y a un événement chaque soir jusqu’à la fête du village le 5; avec un feu d’artifice. De nombreux résidents de Vevey et alentours, de la Riviera, du Chablais et aussi de Morges et Saint-Prex, s’y retrouvent pour les fêtes du village». Loin du 1er août à la Suisse donc.
Bienvenue au Swiss Village nord-américain
Un drapeau américain entouré de drapeaux suisses, le 5 août 2025 aux Etats-Unis. — © CHRISTIAN BEUTLER / KEYSTONE
Mais plus on s’éloigne du pays, plus l’attachement à cette fête prend de l’importance. Avec 85 900 ressortissants, les Etats-Unis abritent ainsi la plus grande communauté suisse hors d’Europe. Et à Washington, le 1er août prend des allures de petit parc d’attractions helvétique. Le Swiss Club organise la fête à l’ambassade de Suisse. Pour 2026, rendez-vous est donné le 1er août, avec sponsors, vendeurs, exposants et bénévoles réunis autour d’un véritable «Swiss Village».
Erwin Buerlimann, right, and Felicitas Cotner, members of the Swiss Folklore Group, perform Saturday, July 28, 2007, at the Embassy of Switzerland in Washington. (AP Photo/Haraz N. Ghanbari) — © HARAZ N. GHANBARI / KEYSTONE
Au Canada, qui compte 42 000 Suisses, la fête nationale se fait flexible. Réunir tout le monde un samedi soir autour d’un cervelas y relèv
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