
L’article a eu l’effet d’une bombe en Israël à moins de cinquante jours d'élections législatives déjà annoncées comme les plus tendues de l'histoire du pays. Le 8 septembre, le quotidien Haaretz a publié une enquête sur la base du livre à paraître des journalistes Shlomi Eldar et Ruth Yuval : Hostages : 843 Days of Abandonment (Kinneret Zmora Publishing, en hébreu). Le contenu est potentiellement explosif pour Benyamin Netanyahou : quelques jours avant le 7 Octobre, le président émirati Mohammed ben Zayed aurait appelé, depuis son palais présidentiel, le Premier ministre israélien sur une ligne sécurisée et l'aurait mis en garde.La teneur de son message : le chef du Hamas à Gaza, Yahya Sinouar préparerait une opération d'une ampleur inédite, capable de déstabiliser toute la région et de faire voler en éclats les accords d'Abraham. Netanyahou aurait réagi avec un calme déconcertant, assurant que la menace venait surtout de Cisjordanie, pas de Gaza, et que l'armée israélienne était prête à tous les scénarios. Haaretz affirme par ailleurs que "Bibi" n'aurait jamais parlé de cet appel à ses chefs du renseignement et de l'armée. Ni le patron du Shin Bet (sécurité intérieure) Ronen Bar, ni le chef d'état-major Herzl Halevi n'ont été mis au courant. Benyamin Netanyahou a démenti ces accusations. De son côté, le bureau du président émirati n'a pas répondu aux sollicitations mais n'a pas nié ces informations, bien que l'entourage de Netanyahou l'y ait, selon plusieurs médias israéliens, explicitement invité. Reste à savoir l'impact politique qu'auront ces révélations pour l’actuel Premier ministre israélien et si elles permettront de faire la lumière sur l’échelle des responsabilités dans le fiasco du 7 Octobre. Si cet appel a bien eu lieu, "cela viendrait briser l'argument central de Netanyahou depuis trois ans selon lequel il n'a rien su", pointe pour L'Express Michael Milshtein, ancien chef du département des Affaires palestiniennes au sein du renseignement militaire israélien (Aman) et qui dirige aujourd'hui le Forum d'études palestiniennes du Centre Dayan de l'université de Tel-Aviv. Entretien.L'Express : Vous suivez la vie politique israélienne depuis des décennies. Les révélations de Haaretz vont-elles rendre la campagne des législatives encore plus tendue ?Michael Milshtein : Honnêtement, je ne me souviens pas d'une campagne aussi crispée. Beaucoup d'Israéliens ont le sentiment, sincère selon moi, que tout ce qui va se jouer dans les prochaines semaines sera décisif pour l'avenir du pays. Et il y a cet ultime épisode, peut-être le plus important : les révélations de Haaretz, même si pour le moment nous n’avons aucune certitude sur leur fiabilité. On ne parle que de ça, en ce moment en Israël. On n'évoque même plus la décision prise le même jour par le Royaume-Uni, la France et le Canada de vouloir mettre fin au commerce avec les colonies israéliennes en Cisjordanie. Cette affaire domine tout, d'abord parce qu'elle pèsera sur les élections, ensuite parce qu'elle relance la question centrale de ce mandat : que savait vraiment Netanyahou à la veille du 7 Octobre ?Il a toujours défendu la même ligne : qu’il n’avait pas été averti d’une attaque imminente… Sa version, c'est que les chefs de la sécurité - le chef d'état-major, le directeur du Shin Bet, et les autres - savaient tout et ne l'avaient pas informé, comme s'il était en quelque sorte innocent. Or on comprend aujourd'hui qu'il a peut-être, lui aussi, reçu des avertissements très concrets, et qu'il ne les a transmis à personne. Mais l'idée de fond me paraît cohérente avec ce que l'on sait déjà : Netanyahou a, comme tous les chefs de l'armée et du Shin Bet, adhéré à la conviction que le Hamas était, à ce moment-là, dissuadé de mener une attaque d’envergure. Que vous inspire ce coup de fil de 45 minutes entre Mohammed ben Zayed et Netanyahou, dix jours avant l'attaque ?C'est la partie la plus troublante de toute cette histoire, parce qu'elle viendrait briser l'argument central de Netanyahou depuis trois ans : "je n'ai rien su". Si cet appel a bien eu lieu comme le décrit l'enquête, cela veut dire qu'un chef d'Etat étranger, et pas n'importe lequel - un partenaire stratégique dans le cadre des accords d'Abraham - a jugé la menace suffisamment sérieuse pour appeler personnellement le Premier ministre israélien sur une ligne sécurisée, et que ce dernier a botté en touche en une phrase : "la menace vient de Cisjordanie". Et surtout, qu'il n'en a parlé à personne d'autre. Cela dit, je veux rester prudent sur un détail précis de l'article : la manière dont l'information serait remontée jusqu'à MBZ, via un intermédiaire palestinien proche de lui et un contact du Fatah, me paraît un peu confuse. Il est difficile d'imaginer que le chef du Hamas Yahya Sinouar, totalement dévoué à son projet - ce que confirment aujourd'hui de nombreux documents retrouvés à Gaza - ait cherché à envoyer un "faux" message d'avertissement dans l'espoir d'obtenir davantage de gestes économiq
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