"Le stock de munitions américain est préoccupant" : l’alerte d’un ex-colonel des Marines
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"Le stock de munitions américain est préoccupant" : l’alerte d’un ex-colonel des Marines

Publié le 28 July 2026 à 16:00
Auteur : L'Express

L’inquiétude est palpable au Pentagone. Ces derniers mois, les stocks des arsenaux américains ont fondu à vitesse grand V alors que l’armée américaine vient de mener deux guerres à haute intensité dans la même année face à l'Iran. Colonel des Marines à la retraite et ancien du budget de la Défense américaine, Mark Cancian, et son collaborateur Chris Park, scrutent depuis des années les inventaires d'armement au Center for Strategic and International Studies (CSIS) de Washinghton, après plus de sept ans passés au Bureau de la gestion et du budget (OMB) et avoir servi au Vietnam et en Irak. Coauteur d'un rapport de référence "Last Rounds ?", il détaille pour L'Express l'état réel des stocks américains, notamment les Patriot et Tomahawk. Si la guerre a été mise sur pause depuis ce week-end, Donald Trump pourrait prochainement intensifier ses opérations militaires au Moyen-Orient. Et ainsi accentuer les tensions sur les capacités matérielles des forces armées. Entretien. L'Express : Les stocks de munitions américains ont-ils réellement pesé sur la décision de Donald Trump de suspendre ses frappes contre l'Iran ?Mark Cancian : C'était un facteur important, oui. L'armée a jugé que le risque devenait trop élevé et que poursuivre les frappes l'aggraverait encore. Mais ce n'était pas le seul élément : Trump voulait aussi laisser une chance aux négociations - il saisit toujours ce genre d'opportunité - et il craignait une escalade côté houthiste. Pour la première fois, cependant, la question des munitions est devenue un facteur de poids.Et la situation est réellement préoccupante. Prenons le Patriot, ce système de défense antimissile que tout le monde connaît : les États-Unis en avaient environ 2 300 avant le conflit. Nous en avons utilisé 1 400. Il n'en reste qu'environ 900 - bien en deçà de ce dont l'armée aurait besoin dans le Pacifique occidental face à la Chine. Même chose pour les Tomahawk : nous sommes partis en guerre avec environ 3 100 exemplaires, il en reste aujourd'hui un peu moins de 2 000. Il faut néanmoins nuancer : certaines munitions qui pourraient être nécessaires dans le Pacifique - notamment les missiles antinavires à longue portée - n'ont pas été utilisées contre l'Iran...En ce qui concerne la défense antimissile balistique, il n'existe quasiment pas d'alternative. Quant aux frappes au sol, en revanche, il existe des munitions de repli mais à portée bien plus courte. Cela obligerait les plateformes à s'approcher davantage de leur cible, avec des pertes potentiellement bien plus lourdes.Le coût du matériel est faramineux. Un intercepteur Patriot coûte environ 4 millions de dollars pièce. Est-ce ce qui explique, en partie, la demande de 67 milliards de dollars supplémentaires formulée par le Pentagone ?Ces 60 milliards couvrent une bonne part des coûts de la guerre - en particulier le remplacement des Patriot - mais pas uniquement. Le Pentagone a profité de l'occasion pour aligner tous ses besoins : une partie de l'enveloppe finance par exemple des missiles hypersoniques, qui n'ont pourtant pas été utilisés dans ce conflit. Une autre partie n'a même aucun rapport avec l'Iran : l'armée de terre a connu un afflux de recrutements bien supérieur à ses prévisions, ce qui génère des coûts supplémentaires, également intégrés dans ces 67 milliards.Quels sont, aujourd'hui, les systèmes d'armes les plus critiques pour l'armée américaine ?Les sept étudiés dans le rapport - comme le système de défense antimissile THAAD - restent prioritaires, auxquels s'ajoutent les missiles antinavires longue portée, essentiels dans le Pacifique. Mais la vraie limite, désormais, c'est la capacité de production. À un certain point, cela ne sert plus à rien d'injecter de l'argent pour acheter des missiles s'ils ne sont livrés que dans cinq, six, voire sept ans... Avant la guerre en Ukraine, les États-Unis produisaient environ 300 Patriot par an - la moitié pour l'armée américaine, l'autre pour les alliés. Nous sommes montés à environ 600 par an aujourd'hui, avec toujours ce partage à parts égales. L'objectif est d'atteindre 2 000 unités annuelles pour répondre à la demande mais cela n'arrivera pas avant 2030.Le Tomahawk illustre bien la concurrence désormais ouverte entre alliés pour l'accès aux munitions américaines : le Japon en a commandé 400, et le Pentagone envisage de le placer en fin de file d'attente - ce qui ne satisfait évidemment pas Tokyo, qui a pourtant déjà reconfiguré l'un de ses navires pour les recevoir. Même logique pour le Patriot : le Pentagone veut désormais garder l'intégralité de la production pour reconstituer ses propres stocks, au détriment des alliés et partenaires - qu'il s'agisse des pays du Golfe, en première ligne, ou des pays baltes, qui se sentent menacés par la Russie. Cela pourrait aussi affecter les livraisons à l'Ukraine, si Washington décide de rediriger une partie de sa production vers le Moyen-Orient.Cette crise des stocks fragilise-t-elle la crédibilité américaine face à la Chine ?C'est

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