"Cela n’aurait jamais dû aller aussi loin" : la mort du professeur Jason Arday secoue la presse britannique
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"Cela n’aurait jamais dû aller aussi loin" : la mort du professeur Jason Arday secoue la presse britannique

Publié le 17 August 2026 à 10:55
Auteur : L'Express

Depuis le décès de Jason Arday, la presse britannique ne débat plus seulement de son CV, mais de ceux qui l’ont lu, de ceux qui ne l’ont pas lu et de ceux qui l’ont publié. Professeur de sociologie de l’éducation, nommé à Cambridge en 2023 et présenté comme le plus jeune professeur noir de l’histoire de l’université, il avait démissionné quelques jours avant l’annonce de son décès, après plusieurs semaines d’accusations concernant son travail académique et certains récits de son parcours. Arday reconnaissait des erreurs mais niait avoir menti ou plagié délibérément. Dans son unique entretien accordé au Times, il disait que les interrogations sur son intégrité étaient "destructrices pour l’âme". "Ce que je ne suis pas, c’est un menteur", ajoutait-il. Sa famille dénonce désormais une "campagne de désinformation" menée par ceux qui voulaient "le discréditer". Depuis plusieurs jours, la presse britannique tente de mieux comprendre les ressorts de l'affaire.Après les faits, les tortsSon décès a produit un deuxième débat avant même que le premier soit terminé : avait-on légitimement enquêté sur un professeur très médiatisé, ou assisté à une "chasse aux sorcières" ? Cambridge aurait-elle dû mieux protéger Jason Arday, ou surtout mieux vérifier son parcours avant d’en faire l’un des visages de l’université ? Dans la presse britannique, chacun appelle à la prudence. Ce qui ne signifie pas exactement la même chose pour tout le monde. La première accusation vise directement les médias. Lord Woolley, directeur de Homerton College à Cambridge, décrit dans le Telegraph la couverture consacrée à Arday comme "la plus horrible, toxique et vicieuse des chasses aux sorcières". D’autres commentateurs, relève le Times, estiment après son décès qu’il aurait été victime d’une campagne médiatique et que les interrogations sur son parcours étaient, au moins en partie, racistes. Le quotidien répond sans détour : "C’est faux."On ne peut pas dire tout se soit bien passé. Le Times reconnaît lui-même que le débat était devenu "laid", particulièrement sur les réseaux sociaux, où l’examen de sa vie avait rapidement tourné au "bataille politique". Mais il distingue cette violence du travail journalistique. Cambridge avait fait de sa nomination en 2023 un événement public ; "cela a naturellement suscité de la curiosité sur le parcours d’Arday et ses qualifications académiques", écrit le journal. Et, poursuit-il, "dans une société libre, le rôle de la presse consiste aussi à poser des questions aux institutions et aux personnalités très en vue qu’elles emploient". Certaines questions seront nécessairement "intrusives et douloureuses".Le précédent du magazine Times Higher Education devient alors particulièrement pertinent : lorsqu’un de ses journalistes avait commencé à enquêter sur Arday l’année dernière, il avait reçu des courriers de Carter-Ruck, cabinet spécialisé dans la diffamation, puis avait été signalé à la Metropolitan Police pour "harcèlement". La police a finalement abandonné l’affaire et reconnu que cette enquête était une erreur. Face aux pressions et au risque de frais juridiques considérables, le magazine avait, lui, abandonné ses recherches.Un cas ne fait pas systèmeLe Guardian situe de son côté le problème ailleurs. Le journal reconnaît que les récits d’Arday sur sa vie étaient parfois "extravagants", mais juge que "certaines des histoires que l’on nous raconte sur la place des personnes noires dans la vie professionnelle" le sont tout autant. Selon lui, le débat a ajouté "une couche supplémentaire de distorsion de la réalité", cette fois produite par une partie de "la presse de droite et du débat public". Jason Arday était devenu un cas individuel chargé de prouver beaucoup de choses à la fois. Peut-être trop pour un seul professeur.Le Telegraph retourne justement l’accusation vers Cambridge. Au lendemain du décès d’Arday, le député conservateur James Cleverly accuse les institutions universitaires d’avoir placé le professeur dans une exposition qu’elles avaient elles-mêmes créée. L'élu se dit, dans les pages du journal, "incroyablement en colère" : "Cela n’aurait jamais dû aller aussi loin", affirme-t-il. Selon lui, les universités auraient dû procéder aux "vérifications rigoureuses qui devraient accompagner toute nomination universitaire de haut niveau". Il accuse surtout certains établissements d’avoir utilisé Jason Arday comme "un titre de gloire", évoquant "l’enthousiasme avec lequel ils disaient : 'Nous avons le plus jeune professeur noir de tous les temps'", en parlant "de son âge et de son origine plutôt que de son talent".Pour James Cleverly, ce choix aurait contribué à la violence de la chute : Arday aurait été élevé "si haut, si vite" qu’au moment où les vérifications ont commencé, il avait "tellement de chemin à parcourir vers le bas". "Une situation terrible, terrible", dit-il. Sa formule la plus sévère vise moins Arday que ceux qui l’avaient présenté comme un symbole : "Quiconque se place dans l’espace public

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