
Attentat déjoué à Leipzig, incendie dans une usine de drones en Pologne, agents recrutés via Telegram à Prague, craintes d'actions de sabotage au Danemark... Alors que, selon l’Ukraine, la Russie entend mobiliser jusqu’à 600 000 soldats au cours des deux prochaines années, et que plusieurs pays européens s’apprêtent à tenir des élections prochainement, la "guerre hybride" menée par Moscou suscite de plus en plus d’inquiétudes au sein de l’UE.Pour l'ancien ministre tchèque des Affaires étrangères Jan Lipavsky et aujourd'hui député ODS (centre droit), il ne fait aucun doute que Moscou a franchi un nouveau palier. Sabotage, espionnage sous couverture diplomatique ou journalistique, désinformation à l'approche de scrutins cruciaux se multiplient. L'une des voix européennes les plus fermes face aux ingérences russes détaille pour L'Express les failles de la sécurité sur le Vieux Continent et plaide pour une réponse plus offensive face au Kremlin. Il livre une mise en garde : si Vladimir Poutine échoue à obtenir un résultat décisif en Ukraine, un test de la résistance de l'Otan dans les pays baltes devient, selon lui, un scénario plausible. Entretien.L’Express : L'Allemagne a formellement accusé la Russie d'être responsable d'une tentative d'attentat à l'aéroport de Leipzig. Faut-il y voir un nouveau palier dans l'agression de Moscou contre l'Europe ?Jan Lipavsky : Cette escalade n'a pas commencé hier. Mais il faut comprendre une chose : si l’opération de Leipzig avait réussi, elle aurait provoqué une catastrophe majeure... Et les Russes ont déjà réussi ce genre d'opération : je me souviens qu’en Tchéquie, à Vrbetice, ils ont fait sauter un dépôt de munitions en 2014, en pleine première guerre du Donbass (NDLR : l’attaque avait fait deux morts). Si le gouvernement allemand a réagi aussi fermement, c'est que l'acte de sabotage a atteint un seuil critique. La Russie préparait aussi "activement" des actions de sabotage contre le Danemark. Une usine de drones a aussi été incendiée cette semaine en Pologne et l'enquête a retenu la qualification de "terrorisme". Faut-il alors parler de "terrorisme d'Etat", comme l'a affirmé cette semaine la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, plutôt que de "guerre hybride" ?"Hybride", le mot est trompeur : il laisse penser que la menace serait diffuse, presque inoffensive. Le terme "guerre hybride" vient de la doctrine russe elle-même, celle de Valeri Guerassimov (NDLR : le chef d'état-major russe). Ce sont des actions menées sous le seuil de la guerre ouverte, mais qui préparent le terrain et infligent déjà des dégâts bien réels. Je pense qu'il serait plus sain, pour notre débat public, de parler directement de guerre informationnelle, de sabotage ou d'espionnage. Le mot "hybride" a cet effet pervers de faire croire que c'est secondaire, qu'on peut s'en accommoder. Ce n'est absolument pas le cas. Mais le problème n'est pas le vocabulaire en soi, nous devons prendre ces menaces au sérieux. Depuis l'attaque de Leipzig, Berlin a décidé de fermer la "Maison russe", présentée comme un centre culturel, et Moscou a répliqué en fermant l'Institut Goethe. Pourquoi tant de pays européens ont-ils tardé à fermer ces structures, pourtant identifiées par les services de renseignement comme des relais d'espionnage potentiels ?Tout dépend de la manière dont chacun perçoit la menace. Plus un pays est proche de la Russie, plus les inquiétudes sécuritaires sont fortes et plus l'expérience directe de l'ingérence ou des manipulations est vive. Les pays baltes, qui considèrent avoir été occupés pendant des décennies par l'Union soviétique, la Finlande, la Tchéquie et toute l’ancienne partie du bloc soviétique sont les plus sensibles. En Europe de l'Ouest, la perception est différente. Il suffit de regarder les chiffres des visas Schengen délivrés aux Russes : plus on se rapproche de la frontière russe, plus les politiques sont restrictives ; à l'inverse, la France, l'Italie ou l'Espagne continuent d'en délivrer. Il existe encore beaucoup de leviers pour durcir notre position envers Moscou. Mais il n'y a pas de consensus européen sur tout : il faut avancer étape par étape. C'était ma méthode quand j'étais ministre.Xenia Fedorova, qui avait récemment candidaté à la direction de la Maison russe de Berlin, selon les autorités françaises, a été visée par un arrêté ministériel d’expulsion fin juillet. La France aurait-elle dû réagir plus tôt alors qu’elle relayait la propagande du Kremlin ?Je ne connais pas précisément les détails de ce dossier. Mais je peux pointer le mode opératoire classique des services secrets russes : la profession de journaliste sert très souvent de couverture à leurs agents. Nous avons eu un cas similaire en Tchéquie avec une journaliste biélorusse. Comme les postes d'attaché culturel, cette fonction offre d'excellentes positions pour rencontrer du monde, collecter des informations… En Tchéquie, nous avons même eu le cas en janvier 2026 d’un ressortissant chinois actuellement
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