ÉDITORIAL. Maîtres désormais de Bab el-Mandeb tandis que l’Iran verrouille Ormuz, les houthis disposent d’un important levier. De quoi perturber le commerce mondial au-delà du seul secteur du pétroleC’est un renversement que ne dédaignerait pas un film de guerre hollywoodien. En une centaine d’heures – un battement de cils en regard des douze années de guerre qui ont meurtri ce pays –, les forces houthies ont transformé fondamentalement les données du conflit au Yémen. Bien plus, en réalité: leur contrôle soudain du détroit de Bab el-Mandeb, et donc du canal de Suez, donne une résonance mondiale à leur offensive militaire éclair.
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En ces temps de troubles profonds provoqués par la guerre chaotique américano-israélienne contre l’Iran, alors que le détroit d’Ormuz est lui-même pratiquement verrouillé depuis février dernier, voilà ces deux conflits qui n’en font plus qu’un, plus vaste et plus imprévisible encore. L’Iran a tout à gagner de cette adjonction qui renforce sa position face aux Etats-Unis de Donald Trump. Les houthis, eux, disposent aujourd’hui d’un formidable levier qui devrait forcer leurs ennemis, pensent-ils, à les prendre enfin réellement au sérieux.
Deux dynamiques distinctes
Cette concordance ne signifie pas pour autant que les forces houthies yéménites répondraient au doigt et à l’œil à leurs parrains iraniens. Il n’en a jamais rien été, les deux conflits gardant aussi leur dynamique propre. Cela complique encore la donne, s’il le fallait, mais, au fond, ne change pas grand-chose. Les perturbations commerciales mondiales pourraient s’amplifier et dépasser largement le seul secteur pétrolier et gazier. Il suffit que les forces houthies décident de passer à l’action en étranglant la mer Rouge et que les Gardiens de la révolution continuent de cadenasser le golfe Persique.
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Entre les deux, bien sûr, se trouve l’Arabie saoudite. La débandade de ses soldats/mercenaires déployés le long de la côte yéménite pour prévenir précisément ce dénouement montre assez leur impréparation et leurs déficiences. Pour l’instant, l’Arabie saoudite ne s’est pas empressée de leur venir en aide, pas plus que les Etats-Unis.
Au centre du jeu
Les houthis? Ils figuraient presque en note de bas de page dans une région ravagée par les bombes et les tensions. Malgré les bombardements saoudiens, puis américains, puis israéliens, ils ne sont pas près de disparaître. Cela ne les rend pas plus sympathiques ou moins obscurantistes. Mais inlassablement, ils reviennent au centre du jeu. Tandis que, à la veille des midterms, même Donald Trump semble comprendre qu’il n’est pas temps de lancer une nouvelle guerre, l’Arabie saoudite apparaît aussi comme paralysée par cette menace redoublée tandis qu’elle tente, à moindres frais, de résoudre le désastre provoqué par l’aventurisme guerrier trumpien.Cela ne veut pas dire que l’interminable souffrance des Yéménites est terminée. En élargissant le territoire qu’ils contrôlent, les houthis ont aussi multiplié leurs lignes de front et les failles potentielles. Au passage, ils auront hérité de toutes les armes que leurs ennemis avaient accumulées contre eux.
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