Au Brésil, un air de réchauffé flotte autour des deux grands favoris de la présidentielle des 4 et 25 octobre. D’un côté, à bientôt 81 ans, le populiste de gauche Luiz Inácio Lula da Silva se présente pour la sixième fois à l’élection suprême depuis 1989. Face à lui, le candidat de l’extrême droite, Flavio Bolsonaro, fils de l’ex-président Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de détention pour une tentative ratée de coup d’Etat. Entre ces deux courants - "luliste" et "bolsonariste" - qui structurent la vie politique depuis près d’une décennie, les autres candidats se voient cantonnés à un rôle de faire-valoir. "Au Brésil, il y a aujourd’hui une forte demande de renouvellement du personnel politique car il y a une lassitude face à cette polarisation", pointe le politologue Leandro Consentino. Lula, le président le plus âgé du G20, mène sa dernière campagne présidentielle, après être déjà resté, depuis sa première élection en 2002, douze ans à la tête de la troisième économie des Brics (derrière la Chine et l’Inde). Cette fois, pour tenter de conserver son siège au Planalto, le palais présentiel de Brasilia, l’ancien syndicaliste de la métallurgie mise tout sur la "sauvegarde de la démocratie brésilienne" face aux périls de l’extrême droite et ses penchants assumés pour l’époque de la dictature militaire des années 1960. Priorité au social sur la detteUne façon de faire oublier que les résultats économiques sont loin d’être au rendez-vous. Si le chômage est relativement bas (5,4 % au deuxième trimestre), et l’inflation stabilisée (autour de 4,22 % sur un an), il n’a pas réellement stimulé la croissance qui tourne autour de 2 % ni procédé à un assainissement des finances publiques, qui se dégradent à grande vitesse. La dette atteint désormais 82,9 % du PIB (contre 71,7 % fin 2022, juste avant le retour de Lula au pouvoir) et ses intérêts - les plus lourds depuis une décennie - augmentent inexorablement. Le niveau d’endettement des ménages atteint lui aussi des niveaux records. "Nous avons observé une grande homogénéité chez les gouvernements de gauche au Brésil, avec des dépenses excessives, tance Juliana Inhasz Kessler, économiste à l’Insper, une prestigieuse école de commerce à São Paulo. Cette fois le gouvernement n'a pas réussi à tenir sa promesse d'ajustement budgétaire pour rassurer les marchés et continue d’investir dans des politiques sociales. Cette logique relève clairement d'une logique populiste". Si dans la vision de Lula, le social passe toujours avant l'orthodoxie budgétaire, son challenger, Flavio Bolsonaro (45 ans) n’apporte lui non plus aucune solution aux maux du Brésil. La potion libérale qu'il entend prodiguer - tout en poursuivant certains programmes sociaux - risque, comme au temps de son père, de se heurter à l'incurie de son clan, déjà aux affaires à l'époque de la crise du Covid, particulièrement mal gérée. Le mandat de Jair Bolsonaro a été marqué par une croissance faible et une inflation élevée à plus de 10 % en moyenne. Reste enfin, les affaires de corruption. Flavio Bolsonaro, qui rêve d’amnistier son père et conteste la fiabilité du système de vote électronique - pourtant l’un des plus fiables au monde -, s’est retrouvé mouillé au cœur d’un des pires scandales politico-financiers du pays. Le banquier Daniel Vorcaro, accusé d’une vaste affaire de fraude bancaire de près de 8 milliards de dollars, aurait ainsi arrosé de pots-de-vin des juges de la Cour suprême ainsi que des politiciens dont l’actuel candidat du Parti libéral, Flavio Bolsonaro. Alors que la justice enquête, le fils aîné du clan s’est défendu affirmant que les 12 millions de dollars envoyés par ce banquier véreux étaient destinés à financer un biopic en cours sur son père...Cette nouvelle affaire retentissante montre que le Brésil est toujours prisonnier de ces vieux démons. Fort heureusement, ses institutions judiciaires restent solides, sa diplomatie respectée, ses réserves de pétrole immenses, et il reste l'une des "fermes du monde" - le pays est le premier exportateur mondial de soja, café et viande bovine. Mais compter sur ces atouts sans réformes ne suffira pas à enrayer la dégradation de la situation budgétaire.
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