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«Mon travail met en évidence la zone grise de la neutralité helvétique»: Denise Bertschi, chercheuse et artiste, interroge à travers une exposition l’impartialité et la politique étrangère de la Suisse
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«Mon travail met en évidence la zone grise de la neutralité helvétique»: Denise Bertschi, chercheuse et artiste, interroge à travers une exposition l’impartialité et la politique étrangère de la Suisse

Publié le 05 September 2026 à 09:50
Auteur : Sylvain Menétrey

Jusqu’à la mi-novembre, l’Eunam Museum of Art abrite le pavillon suisse de la Biennale d’art de Gwangju, en Corée du Sud. Chercheuse et artiste, Denise Bertschi y présente une exposition qui questionne la présence d’une mission suisse entre les Corées, et plus largement la neutralité helvétique et la politique étrangère de notre paysFilms de vacances ou documents géopolitiques? L’artiste et chercheuse zurichoise Denise Bertschi, détentrice d’un doctorat en histoire de l’architecture de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), a travaillé avec une archive visuelle à l’ambiguïté manifeste. Elle ouvre des questions, parfois gênantes, sur la présence de la Suisse à l’étranger et son statut d’Etat neutre. Son film State Fiction. Neutral Only on the Outside (2021) est composé d’images d’archives tournées en super-8 par des soldats de la délégation suisse stationnés dans la zone démilitarisée (DMZ) entre les deux Corées. Ce dispositif remonte à 1953 et l’arrêt des combats dans la péninsule. Pour veiller au respect de l’armistice de ce premier conflit de la Guerre froide, quelque 150 soldats suisses ont formé la Commission de supervision des nations neutres en Corée (CSNN), aux côtés de militaires suédois, tchécoslovaques et polonais. Amputée des anciens pays du bloc soviétique dans les années 1990, la CSNN poursuit toujours ses activités visant à prévenir une éventuelle reprise des hostilités.Equipés d’appareils photos et de caméras portables, plusieurs jeunes militaires du contingent helvétique ont documenté entre les années 1950 et 1970 leur vie quotidienne dans cette zone tampon. Des séjours ponctués de bières, de parties de tennis, de botanique, de baignades en rivière et de drapeaux suisses. Par son montage, l’artiste met en évidence les doutes des soldats au sujet de leur mission et de leur statut, mais aussi leurs biais qui expriment une attitude plus coloniale que neutre vis-à-vis de la population coréenne.Lire aussi: La neutralité suisse, entre pratique flexible durant la guerre et obsession du secret dans l’après-guerreA l’initiative du duo de curation du Centre culturel suisse (CCS) à Paris, Claire Hoffmann et Tadeo Kohan, Denise Bertschi a été invitée à présenter son film et une série d’autres œuvres basées sur cette archive militaire au pavillon suisse de la Biennale d’art contemporain de Gwangju. Une manifestation majeure d’Asie du Sud-Est à laquelle la Suisse participe pour la première fois sous l’égide de Pro Helvetia, sa fondation pour la culture. L’artiste a transformé l’invitation en un acte de restitution de ce matériau visuel équivoque à la population coréenne, dans une démarche postcoloniale.

L’artiste et chercheuse zurichoise Denise Bertschi est détentrice d’un doctorat en histoire de l’architecture de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). — © Gina Folly

Le Temps: Comment avez-vous découvert cette archive?Denise Bertschi: Ce projet remonte à plus de dix ans. Lorsque j’étais étudiante en master à la Haute Ecole d’art et de design de Genève (HEAD – Genève), en 2013, un professeur avait organisé un voyage en Corée du Sud pour cinq étudiantes et étudiants intéressés d’une manière ou d’une autre à la géopolitique et aux zones de conflit. On nous avait plongés sans préparation dans le contexte de la zone démilitarisée et du camp suisse, que nous avions pu visiter. J’ai découvert à cette occasion l’existence de cette improbable infrastructure et de cette mission helvétique. Elle m’est apparue comme un cas passionnant pour questionner la neutralité suisse et la politique étrangère du pays au XXe siècle. A mon retour en Suisse, j’ai trouvé cette archive à la bibliothèque de l’armée Am Guisanplatz, à Berne, que l’archiviste a mise à ma disposition. Une grande partie des enjeux qui animent mon travail depuis découlent de cette confrontation avec ce site et ce paysage géopolitique.Comment avez-vous ensuite travaillé avec les images?Le film est entièrement composé de ces archives, sans ajout de matériel ou de texte de ma part. Ma voix ne s’entend que par le biais du montage, lorsque par exemple je juxtapose aux images des extraits de journaux ou de rapports militaires. Ces effets de montage créent des tensions qui problématisent l’archive. Je cherche à rendre visibles les paradoxes de cette posture revendiquant la neutralité tout en adoptant une position pro-occidentale et capitaliste. Les quatre nations de la CSNN, choisies parce qu’elles étaient restées neutres au cours du conflit, doivent travailler ensemble tout en étant portées par des idéologies, des agendas et des systèmes opposés. Dans les discours qui sont tenus, chaque pays s’imagine plus neutre que les autres parties. La neutralité est en constantes compétition et négociation.Aujourd’hui, quand le Conseil fédéral recommande le rejet de l’initiative des milieux souverainistes visant à définir de manière plus stricte la neutralité dans la C

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