Ancien ambassadeur, Michel Duclos est conseiller spécial géopolitique et diplomatie à l’Institut Montaigne, un centre de réflexion d'orientation libérale. Pour L'Express, il révèle en avant-première le contenu d'une note qu'il a rédigée sur les relations franco-algérienne, intitulée "France-Algérie, sortir de l’émotion : trois scénarios à l'étude". S'appuyant sur des données factuelles, il explique pourquoi l'Algérie occupe une telle place dans la politique française. Et avance des solutions pour dépassionner le débat et sortir de l'impasse. L'ex-diplomate prône une sortie de l'accord franco-algérien de 1968 - qui régit, de façon dérogatoire au droit commun des étrangers, la circulation, l'emploi et le séjour des ressortissants algériens et de leurs familles en France - tout en préservant des canaux de communication. En ce début de campagne présidentielle, il alerte sur les risques d'une rupture escalatoire, mais estime que la France doit s'y préparer. A ses yeux, la politique mémorielle d'Emmanuel Macron a été un "échec" et la période de réchauffement actuelle, après une crise aiguë, n'est probablement que provisoire. Entretien. L'Express : Pourquoi l'Algérie, un pays de 47 millions d'habitants, pèse-t-il autant sur notre débat intérieur, et cette attention existe-t-elle autant côté algérien ?Michel Duclos : En travaillant sur cette question, j’ai essayé d’éviter de faire la psychanalyse de la relation bilatérale, pour m’en tenir à des données factuelles. Mais on ne peut pas faire abstraction du fait que, pour des raisons historiques évidentes, il y a une sensibilité particulière de ces deux pays à l'égard de cette relation. Dans les deux cas, c'est un facteur de politique intérieure incontestable. En Algérie, la France représente beaucoup, et on a coutume de dire que les autorités exploitent le passé douloureux à des fins de politique intérieure. En France aussi, le sujet est loin d’être neutre. Cela tient aussi au fait qu'environ 10 % de la population résidant en France a un lien avec l'Algérie — personnes nées en Algérie (un peu moins d’un million) ou ayant au moins un parent (un peu plus d’un million) ou un grand-parent algérien (un demi-million à un million) ; rapatriés ; appelés ayant servi pendant la guerre ; coopérants après l'indépendance. On peut estimer le chiffre total à 7 millions de personnes. La question migratoire alimente les débats et les sondages. Que disent réellement les chiffres ?Il faut en effet objectiver les choses. En France, 58 % des Algériens ont un emploi — un taux inférieur de 13 points à celui des natifs, mais comparable à celui des autres immigrés du Maghreb — et près de 7 000 médecins diplômés en Algérie exercent en France : une présence positive incontestable. A l'inverse, les Algériens représentent 43 % des étrangers placés en centre de rétention administrative et forment la première population étrangère en prison, avec plus de 4 000 détenus. Les deux réalités sont vraies et doivent être regardées avec la même rigueur. En raison de la tension bilatérale, les Français ont d'ailleurs tendance à imputer à l'Algérie l'ensemble des problèmes migratoires, ce qui est injuste : le phénomène touche tout le Maghreb, et le nombre d'immigrés algériens en France n'a été multiplié que par 2,3 depuis 1968, contre un facteur 5 pour les deux autres pays du Maghreb. Depuis l'arrivée de Laurent Nuñez place Beauvau, on observe un réchauffement. S'agit-il d'une amélioration durable ou d'une simple embellie ?Il y a déjà eu, par le passé, plusieurs tentatives de relance qui ont toutes buté sur un incident. Penser que le réchauffement actuel débouchera sur une amélioration durable, pour paraphraser un humoriste britannique à propos du remariage, c'est faire triompher l'espoir sur l'expérience. C'est préférable à la crise, mais cela ne présage en rien d'une solution en profondeur : ni sur les OQTF [NDLR : Obligation de quitter le territoire français], ni sur la remise en cause de l’accord de 1968, indispensable pourtant à une gestion de l'immigration plus conforme à nos intérêts. Un consensus semble émerger du centre droit à l'extrême droite pour sortir de cet accord de 1968, alors que Sébastien Lecornu évoque une renégociation. Cette remise en cause vous semble-t-elle pertinente ?Il y a deux raisons précises à cette évolution, y compris dans mon propre jugement — ce n'était pas ma position il y a un an. D'abord, cet accord facilite le regroupement familial, qui représente 54,6 % des premiers titres de séjour délivrés à des Algériens en 2024 — contre 32,4 % pour les Marocains — quand l'immigration économique ne pèse que 9,4 % du total, trois fois moins que pour les deux autres pays du Maghreb. Ensuite, nos lois migratoires, régulièrement réformées, ne s'appliquent jamais à l'immigration algérienne, pourtant l'un des postes principaux. Ce sont des raisons objectives, non hostiles à l'Algérie. Il y a une façon brutale de sortir de cet accord, et une façon dépassionnée : une attitude responsable ser
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