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Louisa Yousfi: «Je pourrais écrire un livre entier sur le rire exceptionnel de Djamila​ Bouhired, cette icône de la résistance anticoloniale»
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Louisa Yousfi: «Je pourrais écrire un livre entier sur le rire exceptionnel de Djamila​ Bouhired, cette icône de la résistance anticoloniale»

Publié le 05 August 2026 à 09:55
Auteur : Le Temps

L’écrivaine et militante Louisa Yousfi était récemment en Suisse pour une résidence d’écriture. Nous l’avons rencontrée dans la bibliothèque de la Fondation Jan Michalski, attablée parmi les figures littéraires et historiques qui l’éclairentLouisa Yousfi tient énormément à la pudeur. D’elle, on ne saura que ce qu’elle dévoile dans ses livres. Et encore – quand elle parle de son expérience intime, c’est toujours au nom d’une identité collective: celle des descendants de l’immigration postcoloniale, héritiers d’une mémoire et d’une transmission interrompue par l’exil. Son premier livre, Rester barbare, empruntait à une phrase du poète Kateb Yacine: «Je sens que j’ai tellement de choses à dire qu’il vaut mieux que je ne sois pas trop cultivé. Il faut que je garde une espèce de barbarie, il faut que je reste barbare.»Portée par cette invitation à la radicalité, elle convoquait les figures de Toni Morrison, Chester Himes, Booba et PNL. «La politique s’intensifie au contact de la littérature», a déclaré l’autrice sur la scène de l’auditorium de la Fondation Jan Michalski, où elle présentait son travail dans le cadre d’une résidence après la parution de son deuxième livre en février dernier.Dans La Grande Méthode, une famille fait le voyage en Algérie pour rapatrier et enterrer le corps du père. Un ouvrage et un hommage hautement poétiques et saisissants, où les narrations et les points de vue se succèdent pour écrire au plus près de l’expérience du déracinement, de la double culture et du paradigme intégrationniste pour les générations d’enfants nés de parents ou de grands-parents émigrés: «Ecrire dans le contexte politique actuel consiste à préserver les conditions d’une transmission», a-t-elle tenu à préciser. Autant de sujets qui traversent le ciel constellé de Louisa Yousfi.
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James Baldwin
«James Baldwin est une figure très importante pour moi – intellectuellement, politiquement, esthétiquement. Je l’ai connu par sa plume, mais je veux aussi évoquer son regard. Ses yeux globuleux, comme sur le point de sortir de leurs orbites, ou de pleurer. Il était très conscient de son temps, très ancré dans les luttes et pour la dignité des Noirs américains. En cela, il représente l’idéal d’écrivain pour moi: une acuité théorique très puissante, une lucidité analytique qui ne l’empêche pas d’être affectivement traversé par ce qu’il sait. Ses idées n’ont pas qu’une forme, elles ont de la chair.C’était un visionnaire. Il voyait les choses. Dans La Prochaine Fois, le feu, par exemple, il déploie ce qui reste une de ses grandes phrases: «Qu’adviendra-t-il de toute cette beauté?» Il dit ça en regardant son peuple. Il est face à une scène où il voit des Noirs américains, des leaders, des gens engagés. Il les regarde et il se demande à quel point le monde racial, le racisme, va abîmer les siens. Je me pose la même question. J’écris aussi sous l’effet d’une grande préoccupation, une grande inquiétude sur ce qui vient. Jusqu’ici, on s’en est bien sortis. On a tenu à une certaine idée de notre dignité, de notre moralité; on n’est pas devenus les monstres qu’on aurait dû être, compte tenu de ce que ça nous a fait.»
Rimbaud
«Comme James Baldwin, Rimbaud est une figure de poète-prophète qui me touche beaucoup. Dans la famille politique où je me situe, à gauche, voire à l’extrême gauche, on a tendance à vouloir casser cette figure de l’écrivain prophète, du grand écrivain – on est plutôt des artisans. Mais moi, quand j’écris, je cherche quand même à me connecter à une fréquence qui n’est pas celle de la rationalité ordinaire. Et Rimbaud, en plus d’être très subversif, a cette dimension métaphysique, spirituelle. C’est un sale gosse, pour un prophète.Il incarne cette tension qui me parle tellement – l’idée d’être cloué au sol et de lever les yeux au ciel. Rimbaud a ça, et un rapport extrêmement authentique à l’écriture, à la poésie, à tel point qu’il a arrêté d’écrire très jeune. J’ai l’impression que ça pourrait m’arriver aussi. Il a dit «Adieu», c’est le titre de son dernier poème, qui est pour moi un des poèmes les plus bouleversants au monde. Et il le fait justement par respect pour la poésie, parce que ce monde lui paraît indigne de la poésie. Il y a là-dedans quelque chose de sacrificiel qui me fascine.»
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Djamila Bouhired
«Cette militante du FLN, devenue icône de la résistance anticoloniale, a été condamnée à mort par la France coloniale après avoir posé une bombe. Ce que je retiens d’elle, c’est l’éclat de rire qu’elle oppose en réaction, à l’annonce de son verdict. Je pourrais écrire un livre entier sur le rire exceptionnel de Djamila. C’est l’expression de sa liberté face à la farce du colonialisme. Par ce rire, elle exprime qu’elle se soustrait à l’autorité – elle n’appartient déjà plus à la matrice coloniale, elle a gagné.Cette attitude est c

Ce sujet parle de : racisme
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