L’écrivain hongrois Peter Nadas, figure de la littérature européenne, est décédé mercredi à 83 ans
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L’écrivain hongrois Peter Nadas, figure de la littérature européenne, est décédé mercredi à 83 ans

Publié le 27 August 2026 à 11:24
Auteur : Isabelle Rüf

L’écrivain hongrois Peter Nadas, figure majeure de la littérature européenne, est décédé mercredi à 83 ans. A cette occasion, nous republions une interview de lui, parue initialement en septembre 2025 pour la sortie de ces mémoires autobiographiesL’écrivain hongrois Peter Nadas, une figure majeure de la littérature européenne dont l’œuvre monumentale a exploré les traumatismes du XXe siècle, est mort mercredi à l’âge de 83 ans. Son agente littéraire Anett Orosz a confirmé sa mort à l’AFP, après une annonce sur le compte Facebook de l’écrivain. Il est décédé mercredi matin à son domicile de Gombosszeg.Peter Nadas était reconnu comme l’un des plus grands écrivains hongrois contemporains, récompensé par plusieurs prix internationaux et pressenti à plusieurs reprises pour le prix Nobel de littérature. Son œuvre a été traduite dans de nombreuses langues. Le dramaturge, romancier et essayiste était aussi connu pour des méditations nourries de son expérience personnelle de la guerre, de la dictature communiste et des bouleversements de la Hongrie contemporaine.A l’occasion de son décès, nous republions cette interview faite en septembre 2025, à l’occasion de la parution en français de ses mémoires autobiographiques.

La parution en français de Ce qui luit dans les ténèbres. Souvenirs de la vie d’un narrateur est un événement: ces quelque 1300 pages offrent beaucoup plus qu’une autobiographie. On y trouve certes un roman de formation, mais aussi la naissance et la mort d’une utopie, celle du communisme à visage humain, et un moment de l’histoire des Juifs d’Europe centrale. Tous ces éléments sont pris dans un flux narratif qui suit les méandres d’une mémoire exceptionnelle et se nourrit d’une documentation rigoureuse. Ce qui luit dans les ténèbres est une expérience de lecture radicale. Péter Nadas déploie dans ces Souvenirs un humour qui ne désarme pas devant l’horreur. On y retrouve le talent narratif qui captivait déjà dans Le Livre des mémoires et Histoires parallèles (Plon, 1998 et 2012).La matrice du récit se déroule entre 1944 – pendant le siège de Budapest par l’Armée rouge – et l’écrasement de la révolution de 1956 par les chars soviétiques. Mais la narration déborde sans cesse ce cadre, vers le passé et le futur, en enchaînements, retour des motifs, rebonds. Le premier souvenir de Péter Nadas date de 1944, il a 2 ans et le monde s’écroule devant lui, littéralement, sous les bombes.
Comprendre les mots des adultes
Ses parents sont des intellectuels, communistes d’origine juive. D’abord militants dans la clandestinité, ils accèdent à des postes importants après que la Hongrie passe dans le bloc soviétique. Trahisons, privilèges, exclusions, purges: leur idéal se délite. La mère, qui s’insurge contre ces déviations, meurt d’un cancer en 1953. Le père, accusé de malversations, s’effondre et se suicide en 1958. L’enfant qui grandit dans ce nœud de contradictions perd la tête à tenter de comprendre les mots des adultes. S’il y accède parfois, c’est à travers les images. Péter Nadas deviendra photographe autant qu’écrivain. Son écriture très visuelle illumine la noirceur des Souvenirs.Tout lui fait matière pour saisir le monde écroulé dont il est issu. On trouve dans cette épopée de saisissants portraits de famille et de société; les premiers émois (bi-) sexuels; l’amitié nouée et trahie; un petit frère encombrant; des digressions sur la mode, le jardinage, l’architecture, l’urbanisme; de nombreux documents d’archives; une satire des mœurs patriarcales en vigueur à tous les échelons de la société; les marmonnements mystiques, irrationnels, d’une grand-mère juive que l’impiété ambiante révolte.
Un lieu introuvable
Mais qu’est-ce qu’être juif quand on a été baptisé protestant par des parents athées et qu’on vous renvoie sans cesse à ce «vous autres» insaisissable? Ce grand livre fait ressentir comment l’histoire individuelle est pénétrée et ravagée par la grande Histoire. La deuxième partie de cette somme commence d’ailleurs dans les années 1980 au camp du Vernet, en Ariège, où furent incarcérés des combattants de la guerre d’Espagne, dont un oncle de l’auteur, et par la suite, des Juifs français en attente de déportation. Ce lieu, dit «de mémoire», se révèle presque introuvable, tant ce passé a été effacé, ce que Péter Nadas relate avec colère mais sans aucun pathos, comme le lui ont inculqué ses parents.Les voix des acteurs de cette grande comédie humaine se mêlent sans crier gare à celle de l’auteur, dans le même paragraphe, suscitant un bruissement qui alerte et fascine. Qui parle, de quel endroit, à qui, à quel moment, dans ce vaste flux mémoriel? C’est une des richesses de Ce qui luit dans les ténèbres que de prêter à de nombreuses lectures et relectures.Le Temps: La forme de ces «Souvenirs» est très complexe. Avez-vous travaillé selon un plan ou avez-vous suivi le flux de la mémoire?Péter Nadas

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