Lech Walesa après les accords de Gdansk en 1980 : "Nous avons gagné la première manche, la seconde sera autrement dure"
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Lech Walesa après les accords de Gdansk en 1980 : "Nous avons gagné la première manche, la seconde sera autrement dure"

Publié le 25 August 2026 à 06:00
Auteur : L'Express

Cet article a été publié pour la première fois dans L'Express du 6 septembre 1980La fenêtre va-t-elle rester ouverte ? Les ouvriers de la Baltique ont-ils seulement cassé un carreau ? La Pologne n'ose encore respirer le vent de liberté qui balaie le pays. Peur de voir s'envoler l'espoir né le dimanche 31 août, à 16 h 35, aux chantiers navals Lénine de Gdansk. Minute de stupeur : c'est bien la moustache de Lech Walesa qui apparaît sur l'écran des téléviseurs, en direct. Que tient-il à la main ? Un gigantesque crayon à bille, rouge et blanc, orné du portrait de Jean-Paul II : un des gadgets de la visite du Pape dans son pays, en juin 1979. C'est avec cet instrument que Lech va signer la page qu'avec 350 000 grévistes il vient de tourner dans l'Histoire. Sous le regard d'une statue de Lénine entourée de l'aigle polonais et d'un crucifix. Masque austère, costume gris, Mieczyslaw Jagielski, vice-Premier ministre, signe à son tour le document qui, pour la première fois en pays communiste, reconnaît à la classe ouvrière le droit de former un syndicat indépendant autogéré et le droit de grève ; qui réclame aussi la libération des prisonniers politiques et la levée de la censure. Les questions se bousculent. Les plus inquiètes, d'abord. Le Kremlin va-t-il se contenter de froncer les sourcils ? Jusqu'à quel point tolérera-t-il l'atteinte portée au dogme communiste ? Et si d'autres pays du bloc socialiste sont touchés par l'hérésie polonaise ? Comment l'imaginer impassible au milieu d'un monde qui craque ? Lech Walesa et ses amis du Comité de grève interentreprise de Gdansk (M.k.s.) ont pris quelques précautions. Leur mouvement, proclament-ils, n'a d'autre ambition que purement syndicale : défendre les intérêts sociaux et matériels des ouvriers — ce que les syndicats officiels n'ont jamais fait. Ils respecteront les principes contenus dans la Constitution de la Pologne populaire. Ils n'ont pas l'intention de jouer un rôle de parti politique. Ils se fondent sur le principe de la propriété sociale des moyens de production, base du système socialiste. Ils reconnaissent que le Poup, le Parti ouvrier unifié, joue un rôle dirigeant dans l'Etat et ne s'opposent pas au système existant des alliances internationales. Mais lorsque Lech Walesa annonce, le 31 août, à ses camarades de lutte — et à des millions de téléspectateurs polonais —la fin de la grève commencée dix-sept jours plus tôt aux chantiers Lénine, il précise : "Nous avons pensé durant toute la grève aux intérêts de la patrie et c'est à cela que nous penserons en reprenant le travail demain, 1er septembre, date dont vous connaissez toute la signification." Le 1er septembre 1939, les troupes allemandes envahissaient l'ouest de la Pologne ; dix-sept jours plus tard, les forces soviétiques en faisaient autant, à l'est. Suivez mon regard. Lech a dû, dans la nuit du samedi au dimanche, surmonter la grogne des éléments les plus radicaux du M.k.s. qui ne voulaient pas entendre parier du "rôle dirigeant du Parti", et exigeaient la libération des prisonniers politiques comme condition préalable à la signature de l'accord. C'est à leur intention qu'il prononce la phrase suivante, mais sa voix sonne comme un défi : "Avons-nous gagné tout ce que nous voulions ? Non, mais le reste, nous l'obtiendrons aussi, parce que nous avons l'essentiel : notre syndicat et le droit de grève. C'est notre garantie pour l'avenir." Le vice-Premier ministre Jagielski demande la parole : "Nous avons essayé de faire voir ce qu'il était possible de promettre et ce qui était irréaliste, dit-il au millier de délégués du M.k.s. J'approuve M. Walesa d'avoir dit que nous avions parlé comme des Polonais doivent parler." Des applaudissements l'interrompent. "Il n'y a ni gagnant ni perdant : l'essentiel est que nous soyons parvenus à cet accord." Lech entonne l'hymne polonais. Suivi par Jagielski et toute la salle : "La Pologne n'est pas encore perdue." Des larmes coulent. Des méthodes tyranniques Qu'y a-t-il dans les vingt et un points de l'accord ? Toute la Pologne le saura vite. Il a été convenu que le texte serait diffusé par tous les moyens d'information du pays. Et c'est déjà un événement considérable. Sur la côte de la Baltique, il est lu par le même présentateur qui, dix jours plus tôt, qualifiait de condamnés de droit commun, pour vol ou brutalités envers une femme, les hommes dont la libération est exigée et qu'il lui faut bien appeler des "prisonniers politiques". De longues files d'attente se forment devant les kiosques à journaux, avant leur ouverture, le mardi 2 septembre à Varsovie : il n'y en aura pas pour tout le monde. La presse publie le document de Gdansk. Intégralement. Y compris le quotidien des syndicats officiels, Glos Pracy, et les quotidiens du Parti dans toutes les voïvodies (provinces). Seul l'organe central du Poup, Trybuna Ludu, n'en reproduit que des extraits. Ainsi ne cite-t-il pas le point concernant l'abolition des privilèges dont bénéficient les membres du Parti. Explication

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