A son arrivée au pouvoir, Friedrich Merz avait promis de "diviser par deux l'AfD". Ce 6 septembre, l'extrême droite allemande a remporté près de 44 % des voix en Saxe-Anhalt et pourrait bientôt diriger son premier Land depuis la fin du IIIème Reich, en 1945. De l'autre côté du Rhin, la crise politique est abyssale. La politologue Daniela Schwarzer, présidente élue de la Hertie School, la plus prestigieuse école de gouvernance en Allemagne, évalue l'ampleur de ce choc pour le pays et explore les racines du vote massif pro-AfD. L'Express : Le parti d'extrême droite AfD a remporté 44 % des voix en Saxe-Anhalt lors de l'élection du 6 septembre et pourrait être en mesure de gouverner ce Land. Ce choc est-il profond pour la politique allemande ?Daniela Schwarzer : Pour l'Allemagne, c'est un tremblement de terre. En soi, qu'un parti extrémiste et anticonstitutionnel recueille près de 44 % des voix constitue un choc majeur, mais c'est surtout un choc pour les chrétiens-démocrates (CDU), qui ont perdu la moitié de leurs soutiens dans la région.C'est aussi un choc pour les sociaux-démocrates (SPD), même si leur score reste stable : ils avaient déployé des efforts importants pour regagner des voix en Saxe-Anhalt, or il apparaît évident que ceux qui s'estiment perdants de la situation économique actuelle se tournent en grande partie vers l'extrême droite et non vers eux. La stratégie des deux grands partis de gouvernement à l'échelle nationale est vraiment remise en question. Pensez-vous qu'il y aura un avant et un après cette élection en Saxe-Anhalt ? Il y a encore des élections régionales dans deux semaines [NDLR : à Berlin et en Poméranie-Occidentale le 20 septembre], mais ensuite si les résultats sont encore faibles il est fort probable qu'il y ait une remise en cause à la fois de la stratégie et du personnel à la tête des deux grands partis allemands traditionnellement. Cela dépendra des résultats à venir, mais la question du leadership se pose ouvertement pour la CDU et pour le SPD. Ce triomphe de l'AfD ressemble aussi à une défaite personnelle pour le chancelier Friedrich Merz. Devra-t-il démissionner ? Pour l'instant, je ne pense pas qu'il va démissionner mais une pression forte peut monter au sein de son parti si d'autres échecs s'enchaînent. Sa situation sera plus claire après les deux élections du 20 septembre. En cas de nouvelles défaites, ce scénario deviendra plus probable. D'où vient ce succès de l'AfD, à la fois en Saxe-Anhalt et dans les sondages au niveau fédéral ? En Allemagne de l'Est, il y a ce sentiment répandu que la réunification n'est pas totalement réussie et ne les a pas vraiment intégrés. De nombreux électeurs ne se sentent ni vus, ni entendus. Ces derniers temps, ce sentiment de réaffirmation de l'identité est-allemande gagne du terrain dans ces régions. L'AfD a su utiliser cette recherche d'identité, puis la combiner avec un discours nationaliste et une position très ferme sur l'immigration, la sécurité intérieure, etc. Au début, l'AfD a connu ses premiers succès d'opinion dans l'Est mais aujourd'hui elle gagne de plus en plus de soutiens en Allemagne de l'Ouest. Les gens qui se voient comme les perdants de l'évolution économique du pays, qui se sentent en danger pour leur emploi, pour l'avenir de leurs enfants, se tournent vers cette extrême droite qui, comme le nom du parti l'indique, propose une "alternative" à la politique mise en place par la coalition des grands partis. Une région minée par sa pauvreté et sa moyenne d'âgeAussi, sa position très ferme sur l'immigration et l'intégration séduit, avec des propositions extrémistes sur le système éducatif, notamment l'exclusion des élèves qui n'ont pas la nationalité allemande et qui, selon l'AfD, devraient recevoir un enseignement séparé. Apparemment, avec ces positions toujours plus extrêmes, l'AfD touche un sentiment de plus en plus répandu en Allemagne. Enfin, dernier élément très important, il y a une frustration vis-à-vis du gouvernement en place. En un an, les sondages montrent une baisse très importante du soutien à cette coalition et les citoyens font part de leur envie d'un changement politique plus général. En Saxe-Anhalt, l'AfD a présenté un programme très explicite et très radical, ce qui semble avoir payé. Comment les partis traditionnels peuvent-ils contrer ce désir de radicalité ? Ils doivent démontrer leur capacité d'écoute et prouver qu'ils comprennent cette envie de changement. La situation est d'autant plus compliquée pour les chrétiens-démocrates, qui viennent d'effectuer un remaniement au sein du gouvernement. La pression augmente sur les leaders pour entamer de réels changements, qui devront peut-être passer par un changement de génération. Ensuite, il peut y avoir un repositionnement du gouvernement. Certains proposent de mettre de côté le contrat de coalition [NDLR : passé entre les Unions chrétiennes et le parti social-démocrate en avril 2025] pour écrire un programme très court et très clair pour les deux années
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