Dans un contexte de retour de bâton conservateur, plus de deux tiers des personnes homosexuelles et trans se cachent pour voyager en Russie, au Maroc ou ailleurs. D’autres choisissent des destinations très arc-en-ciel. Un marché en plein boomEn 2024, Maylie quitte Paris avec l’objectif de rejoindre l’Indonésie par la terre. Cheveux violets, rasés sur les côtés, mi-longs par-dessus. «Mon look ne hurlait pas l’hétérosexualité», ironise la trentenaire bisexuelle. Pour des raisons géopolitiques, un seul itinéraire s’offre à la Française: passer par la Russie, où le «mouvement LGBT» (pour lesbien, gay, bi et trans) est officiellement qualifié de terroriste. Arrivée en Géorgie, l’aventurière dit niet: «Je préfère prendre un vol d’une heure pour le Kazakhstan que de me mettre en danger. […] D’autres pays punissent les actes homosexuels, et je m’y rends, mais la Russie criminalise le fait même d’être queer», argumente la routarde. Ailleurs, le fait d’être Occidentale peut offrir un totem d’immunité, «ici, c’est potentiellement le contraire».
Un risque à mesurer
Avant de partir, la plupart des gens analysent d’abord les prix ou la météo. Beaucoup de personnes queers mesurent le risque de se faire agresser, emprisonner ou condamner à mort.
«Dans un contexte de backlash, ou retour de bâton conservateur, les inquiétudes autour des voyages grandissent au sein de la communauté en Suisse», remarque Léïla Eisner, codirectrice du Panel suisse LGBTIQ + [un sondage annuel sur le vécu des personnes de cette communauté]. Le retour de Donald Trump n’y est pas étranger, affirme la chercheuse.
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Selon une récente étude de la plateforme de réservationBooking.com, près de 45% des personnes LGBTIQ+ prennent plus de précautions en 2026 qu’avant. Plus de la moitié ont déjà été victimes de discriminations lors d’un séjour à l’étranger. Et moins d’un tiers révèlent leur identité de genre ou leur orientation sexuelle en déplacement.
Un stress accru
Une stratégie courante mais pas anodine. «Retourner dans le placard implique de corriger des automatismes du quotidien, d’être continuellement en contrôle, explique Léïla Eisner, également maître assistante en psychologie sociale à l’Université de Zurich. Ce stress potentiel a des effets négatifs sur la santé.»Bourlingueuse «bas carbone» et bi, Estelle a traversé la Russie à l’aller et au retour pour éviter l’avion, en cachant son orientation. «Je suis généralement perçue comme hétéro. Et à la frontière, les services secrets fouillent surtout les ordinateurs et les téléphones à la recherche de liens avec la guerre en Ukraine.» La Parisienne de 29 ans a ainsi supprimé ses applications Instagram ou Facebook et créé une fausse session sur son PC.«J’avais un autre avantage: je ne voyageais pas en couple.» Pas besoin donc de supprimer les photos d’une éventuelle copine, de baisers, ni de se retenir de commettre un malheureux geste d’affection automatique ou de réserver deux lits, voire deux chambres séparées dans les hôtels. «Dès qu’il y a une chasse aux sorcières menée par l’Etat et que les lois discriminatoires sont récentes, le danger peut être grand, avertit Léïla Eisner. Quand ces lois sont plus anciennes, souvent du temps des colonies et que le sujet n’est pas thématisé dans les médias, le risque peut diminuer.»
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Annoncer la couleur
Dans certains cas, se dévoiler a un effet sécurisant. «Ma copine est venue me rejoindre en Mongolie, pays relativement tolérant, surtout envers les couples de femmes, raconte Maylie. Dès qu’on a commencé à contacter des guides, on écrivait qu’on était un couple de meufs dès la première ligne du mail: si la personne répondait, c’est qu’elle était OK avec ça.»Grand amateur de longues odyssées à vélo en solitaire et parfois en terres hostiles, Simon, lui, tombe le masque sur les applis de rencontre gays. «Pendant ces mois sur les routes, j’ai aussi envie d’avoir des relations sexuelles, confie cet ancien habitant de Martigny. Et comme je suis timide, c’est un bon moyen de nouer des contacts.» Simon appelle toutefois à la prudence. «Au Maroc, par exemple, il y a des guets-apens. Il faut toujours donner rendez-vous dans un lieu public d’abord. Souvent, les locaux que je rencontre sont tellement stressés. Si c’est à mon hôtel, on entre séparément.»
Se cacher? Pas question
D’autres préfèrent ne pas devoir se cacher du tout et éviter toutes les zones inamicales. «Je recherche surtout des endroits où je peux être moi-même sans me poser constamment des questions sur ma sécurité», appuie Danny Kronström. Le fondateur québécois de Gay Voyageur, populaire guide en ligne, relève l’existence d’un débat au sein de la communauté.«Certaines et certains considèrent qu’il faut voyager pour créer des ponts et favoris
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