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«Je n’arrivais plus à lancer mon ballon.» Quand le mental se bloque et que le geste se grippe
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«Je n’arrivais plus à lancer mon ballon.» Quand le mental se bloque et que le geste se grippe

Publié le 11 September 2026 à 14:49
Auteur : Le Temps avec l’AFP

Un volleyeur qui ne sait plus servir, une gymnaste qui n’a plus d’équilibre, un golfeur incapable de maîtriser son bras. Parfois, le corps de l’athlète «plante» et le geste le plus anodin devient un casse-tête. Les cas sont nombreux mais les explications plus rares«Par peur de mal faire, je retenais mon ballon, jusqu’à ne plus le lancer correctement»: il y a dix ans, le volleyeur français Jean Patry, pris dans l’engrenage mental qui frappe de nombreux sportifs de haut niveau, perd son geste au service, pourtant réalisé des milliers de fois. Double champion olympique, 192 sélections, Patry, 29 ans, se souvient parfaitement du moment – un «match sans vraiment d’enjeu, de centre de formation» – à Montpellier, où la machine s’est enrayée.«Je me suis pris la tête par peur de mal lancer, avec l’entrée d’un dirigeant dans la salle, raconte-t-il à l’AFP, je ne sais pas pourquoi j’ai eu ce questionnement, mais c’est arrivé.» Un phénomène «sournois», dit-il. «Il suffit d’un tout petit truc qui nous passe par la tête et on s’y attache.» Dans son cas, un regard extérieur. Le «pointu» français (attaquant principal), qui a appris à cohabiter avec cet élément, admet «qu’au début on se sent un peu bête, faible». Ses coéquipiers? «Ils ont bien vu que j’étais dans l’impossibilité de lancer le ballon.»Le phénomène est multiforme et ancien. Denis Hauw, professeur de psychologie du sport à l’Université de Lausanne, l’a rencontré lorsqu’il travaillait dans les années 2000 avec l’équipe de France de trampoline. «On en parlait déjà à ce moment-là, avec notamment le phénomène de perte de figure», se souvient-il. Dans ce cas, le problème ne réside pas toujours dans une crispation du geste, mais dans le fait «de changer la figure» initiale. «Parfois même, [les athlètes] réussissaient à faire des choses plus compliquées, poursuit Denis Hauw. C’est une espèce de court-circuitage du programme moteur qui part sur autre chose que ce qui était prévu. Et il suffisait d’une fois pour générer un blocage et ne plus vouloir y aller.»La championne olympique britannique de trampoline Bryony Page, explique par exemple sur la chaîne Olympics avoir été, plus tôt dans sa carrière, «paralysée par la peur». «On se fige, se souvient-elle. J’ai perdu tous les mouvements les uns après les autres. J’en récupérais mais j’en perdais un autre et j’ai fini par tout perdre.» En 2021, le cas de la gymnaste Simone Biles, victime de «twisties» (perte de repères sur les sauts), avait donné une large résonance au phénomène. Le phénomène affecte de nombreux sports, tel le «yips», un mouvement musculaire incontrôlé, en golf.
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La routine, une rustine
«De ce que j’ai vu, la cause est souvent liée à des facteurs psychologiques», estime Anaëlle Malherbe, psychologue et préparatrice mentale à l’Insep, près de Paris. Elle cite le cas d’un volleyeur, «dont le père était lui-même joueur de haut niveau. A un moment donné, il a eu un plafond de verre et cela s’est cristallisé au service», notamment car «faire mieux que son père créait du stress et un autosabotage inconscient». Denis Hauw a relié le phénomène à certains moments clés de la vie des athlètes comme un examen, une séparation, la crainte d’une blessure.S’il reste difficile de comprendre ce qui se passe dans le cerveau du sportif, certains ont mis en place des routines pour contourner le problème. Jean Patry se parlait à lui-même, levait la jambe, demandait «à un coéquipier de se rapprocher» pour porter son attention ailleurs. Des habitudes qui peuvent avoir l’effet d’un simple «pansement», prévient Denis Hauw, qui relève qu’il «existe peut-être quelque chose de sous-jacent». Ainsi, Anaëlle Malherbe essaye «de comprendre la personne, son histoire, pour l’accompagner».
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Au-delà de la thérapie, Denis Hauw suggère, lui, d’anticiper le problème dès l’apprentissage, via «la variabilité de pratique». Par exemple, «si je sais servir sans personne autour de moi, il faut apprendre à servir avec une personne qui passe, avec plus de bruit, avec de la fatigue». Jean Fournier, psychologue et maître de conférences à l’Université Paris Nanterre, évoque pour sa part des méthodes «où l’on apprend à faire, non pas avec les distractions externes, mais aussi internes. Comme mettre des oreillettes aux athlètes, leur murmurer les distractions qu’ils pourraient avoir, pour apprendre à vivre avec».Plusieurs hypothèses restent à valider, comme les nouvelles méthodes pédagogiques sur la variabilité. «Est-ce qu’il y a des profils de sportifs plus sensibles?» «Que se passe-t-il vraiment au niveau des schémas moteurs?» énumère Denis Hauw, qui évoque un «programme de recherche» déposé sur le sujet mais qui n’a pas été financé. Si le phénomène peut affecter une multitude de sportifs, les recherches demeurent rares.

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