[pfp_nav_auth]
Israël : la colonisation au cœur de la stratégie électorale de Benyamin Netanyahou
L'EXPRESS Politique international
Article complet

Israël : la colonisation au cœur de la stratégie électorale de Benyamin Netanyahou

Publié le 07 September 2026 à 04:00
Auteur : L'Express

Après moult tergiversations et sous la pression, Benyamin Netanyahou a fini par dénoncer, le 30 août, les jeunes colons radicaux qui bloquaient l’accès à plusieurs maisons palestiniennes depuis plusieurs semaines en Cisjordanie. "Je condamne fermement les actes criminels de violence commis dans les villages de Qusra et Jalud par une poignée d’émeutiers qui violent la loi, causent une énorme injustice aux colons respectueux des lois, entravent l’armée dans l’accomplissement de ses missions et nuisent à la réputation d’Israël dans le monde", a déclaré le Premier ministre israélien. Il faut lire attentivement ces propos pour saisir la subtile stratégie électorale du chef de la droite israélienne, qui compte se maintenir au pouvoir à l'issue des élections législatives prévues le 27 octobre prochain. D’un côté, celui qui a cumulé près de 19 années au poste de Premier ministre déplore opportunément des actes de violence relayés par les médias internationaux, qui ulcèrent jusqu’à ses plus proches alliés, comme Mike Huckabee, l’ambassadeur américain à Jérusalem. Pourtant fervent soutien de la colonisation de la Cisjordanie, le diplomate a fustigé "un terrible acte de terreur" en parlant du blocus de Qusra. Mais, dans le même mouvement, Benyamin Netanyahou ménage les "colons respectueux de la loi". Car son avenir politique dépend en grande partie de son alliance avec les deux piliers du mouvement de la colonisation : le parti sioniste religieux de Betzalel Smotrich et le parti d’extrême droite Puissance juive d’Itamar Ben Gvir. Sans compter que l’aile droite et la jeune garde du Likoud adhèrent aussi à l’idéal du Grand Israël, de la Méditerranée au Jourdain. Ils harcèlent les villageois palestiniensPour s’assurer du soutien des ultranationalistes israéliens, le patron du Likoud n’a cessé de leur donner des gages ces derniers mois. Avant l’été, son gouvernement a légalisé une centaine d’avant-postes à travers la Cisjordanie. Dans ces micro-implantations, constituées de quelques mobile-homes blancs posés à la hâte, résident généralement de jeunes actifs, insérés au sein de l’armée israélienne ou dans le monde du travail, à mille lieues des adolescents désocialisés qui harcèlent les villageois palestiniens de Cisjordanie. "Nous venons de recevoir l’avis de légalisation, se réjouit Tsofia, une jeune femme de vingt-deux ans au ventre arrondi, installée ici avec son mari. Le peuple d’Israël revient sur sa terre par amour mais il y a des gens qui ne veulent pas que nous soyons ici. C’est pourquoi nous nous y installons avec persévérance, dans le but d’y amener tout le peuple d’Israël". Plus au sud, l’armée israélienne a fermé un centre éducatif de l’UNRWA, à Kalandya, situé entre Jérusalem est et la banlieue de Ramallah, la capitale de l’Autorité palestinienne. Une exigence du sulfureux ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir, qui accuse cette agence de l'ONU d’abriter des terroristes liés au Hamas. Prenant place dans le fauteuil du directeur du centre, il a assuré devant les caméras : "Dieu merci, ils ne reviendront plus jamais ici", laissant planer l’éventualité d’une annexion de Kalandya par Israël. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s’est dit "profondément alarmé" par ce nouveau geste de défiance envers les Nations unies.La construction de 1 200 logements Le gouvernement Netanyahou est allé encore plus loin en lançant un appel d’offres pour la construction de 1 200 logements dans le secteur E1, autour de l’implantation juive de Maale Adoumim. Durant des années, jusqu’au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les gouvernements américains successifs s’étaient opposés à la colonisation de cette zone hautement stratégique, qui déconnecte Jérusalem est de la Cisjordanie et sectionne la dernière continuité géographique entre les territoires palestiniens et la Ville sainte - dans laquelle les Palestiniens souhaitent installer la capitale de leur futur Etat. L’intensification de la colonisation vise précisément à empêcher la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie. Cela sert les intérêts électoraux de Benyamin Netanyahou. Depuis les massacres du 7-Octobre, une telle perspective fait en effet figure d’épouvantail dans le pays. Les trois quarts de la population y seraient opposés, selon les sondages. "De plus en plus d’Israéliens comprennent aujourd’hui qu’il est nécessaire de prendre des mesures révolutionnaires, d'une ampleur inédite, en Judée-Samarie [NDLR : le nom donné par Israël à la Cisjordanie occupée], pour torpiller le scénario cauchemardesque d'un État palestinien ; il s'agit d'éviter qu'une menace comparable au Hamas ne vienne nous prendre à la gorge et ne menace les centres de population des basses terres et de la plaine côtière", estime Nadav Shragaï, un politologue proche de la droite israélienne. Les dossiers de la colonisation et de l’Etat palestinien ont aussi le mérite pour Netanyahou d'empoisonner l’opposition. Fin août, Mansour Abbas, le chef du parti islamiste israélien

Ce sujet parle de : alliancesécuritétrump
← Retour aux sujets

Points de vue opposés



Chargement des points de vue opposés...

Autres articles récents chez L'Express