Il faut sauver le soldat «Swiss made»
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Il faut sauver le soldat «Swiss made»

Publié le 27 August 2026 à 02:30
Auteur : Stéphane Gachet

ÉDITORIAL. La «Lex On», introduite pour ne pas contrarier le fabricant de chaussures zurichois, est vécue comme une attaque frontale par les milieux économiques et politiques. Les opposants réclament un retour à la situation antérieure. Ce serait un premier pas, mais pas encore une réponse aux questions de fond que pose ce casCe n’est pas une estafilade dans le drapeau suisse, c’est un coup de canif porté en plein cœur de notre écosystème industriel. Depuis le changement de la loi sur le «Swissness», en mars dernier, les milieux économiques sont vent debout, et on comprend pourquoi. Le fond de l’affaire est connu: la marque zurichoise On apposait la croix suisse sur ses chaussures produites en Asie, et plutôt que de défendre le drapeau, l’Institut fédéral de la propriété intellectuelle (IPI) a préféré apporter «une précision» à la loi qui autorise la pratique.En soi, on peut toujours se dire que ce n’est pas grand-chose: une croix blanche sur un carré rouge de quelques millimètres sur le flanc d’une basket, assortie de l’appellation «Swiss engineering». Sauf que le symbole helvétique est une marque surpuissante, qui active en un clin d’œil la confiance du consommateur. En semant le doute, le groupe zurichois peut tout briser et c’est le «Swiss bashing» qui nous pend au nez.
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Pour l’activité manufacturière en Suisse, la «Lex On» crée carrément un précédent. Avec le risque bien réel de déstabiliser un édifice complexe, construit par des milliers d’entreprises. Le plus préoccupant est qu’une partie de la classe politique, au plus haut niveau du pays, ne semble pas saisir les enjeux qui se cachent derrière la petite croix blanche sur fond rouge. La loi sur le «Swissness» a pourtant été gagnée de haute lutte. Il a fallu près de dix ans pour parvenir à un texte fédérateur couvrant l’ensemble des branches d’activité.
Mais que faire de l’éléphant On?
Jusqu’à l’entrée en force du «Swissness», en 2017, il régnait un certain flou sur le «Swiss made». La loi n’a pas seulement clarifié l’usage du label, elle a renforcé un avantage concurrentiel universellement reconnu. Et, patatras, il a suffi qu’un éléphant entre dans la pièce pour que nos autorités la changent, en catimini, sans aucune consultation.Tout va maintenant se jouer à Berne. Dans l’immédiat, la balle est dans le camp des conseillers fédéraux, qui doivent prendre position sur deux motions. Mais, apparemment, ce n’est pas si facile de trouver une voix collégiale pour satisfaire à la fois ceux qui font l’effort de tout produire en Suisse et l’appétit de l’éléphant On.Les opposants à la révision de la loi ne demandent pas la lune, juste un retour à la situation antérieure. Un petit pas en arrière pour mieux sauter en réalité, car cela ne réglera toujours pas le cas d’On. Même si le fabricant zurichois démontre qu’il n’est pas très suisse dans sa manière de procéder en mettant tout le monde au pied du mur. Ce serait une erreur de traiter en paria une entreprise locale cotée à New York, qui fait 3 milliards de francs de chiffre d’affaires et marche sur les plates-bandes de géants comme Nike et Adidas. Le génie helvétique trouvera bien un consensus pour sortir de ce dilemme la tête haute.

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