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Général Baratz, commandant du combat futur : "Avec la robotisation, l'emploi de la force sera plus désinhibé"
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Général Baratz, commandant du combat futur : "Avec la robotisation, l'emploi de la force sera plus désinhibé"

Publié le 11 September 2026 à 03:45
Auteur : Elsa Trujillo

Une quinzaine de robots terrestres et une soixantaine de drones interconnectés pour mener des missions tactiques sur le front, à la place d'une compagnie de 150 soldats. Avec le projet Pendragon, lancé en mars 2025, l'armée de Terre a mis le cap sur la robotisation de ses forces, pour accompagner les missions les plus exposées et les plus dangereuses.L'initiative pilotée par le Commandement pour le combat futur (CCF), que dirige le général Bruno Baratz, devrait voir le jour à l'été 2027. L'ancien chef de l'opération Barkhane au Sahel revient sur les leçons du conflit ukrainien et sur les réflexions menées au sein des armées pour anticiper les guerres de demain.L'Express : L’irruption de drones et de robots terrestres sur le champ de bataille, notamment ukrainien, a considérablement transformé la guerre. Comment les armées françaises s’adaptent-elles à cette nouvelle donne ?Général Bruno Baratz : Un travail de fond a été lancé au sein de l’armée de Terre pour mieux appréhender le combat de demain, et les nouvelles tactiques que ce dernier implique. L’ampleur de la révolution actuellement à l’œuvre est comparable à celle que l’on a connue pendant la Première Guerre mondiale, plus précisément dès 1917, avec l’arrivée de la mécanisation du champ de bataille, et l’essor des chars d’assaut. Nous sommes aujourd’hui à l’aube d’une révolution au niveau militaire, qui implique cette fois-ci le déploiement massif de l’intelligence artificielle, et donc de systèmes de collecte et d'analyse de données. Tous ces nouveaux systèmes, des drones aux robots en passant par les algorithmes qui permettront d’exploiter plus rapidement les données et d’accélérer la prise de décision, sont particulièrement énergivores. L’énergie est ainsi devenue un sujet central pour les armées.Quelles réflexions ont été engagées sur ce front ?Il s’agit avant tout de trouver des moyens de consommer moins d’énergie, ou plus intelligemment. Cela peut passer par le développement d’intelligences artificielles plus frugales ou par l’optimisation de la production d’énergie sur le terrain - par exemple en installant de petits data centers à proximité des forces. Cet enjeu est vraiment au cœur de la transformation du combat aujourd'hui. Il le sera d’autant plus au fur et à mesure que l’on ira vers toujours plus de systèmes connectés, robotisés, de davantage de guerre électronique et de cyber, soit pour attaquer les dispositifs adverses, soit pour protéger les nôtres.Au mois d’avril, Volodymyr Zelensky a annoncé que l’armée ukrainienne avait pour la première fois conquis une position russe en recourant exclusivement à des robots et des drones, sans dépêcher de soldats. En quoi cet épisode a-t-il marqué une bascule sur le plan militaire ?La zone de contact, à savoir l’espace où les forces armées se font face, sera inévitablement de plus en plus robotisée. Les robots terrestres ont longtemps été cantonnés à des missions simples : ravitailler des unités en première ligne, évacuer des blessés… Ces mêmes robots peuvent désormais être utilisés en première ligne et seront, demain, amenés à mener les missions les plus exposées et les plus dangereuses. Dans le cadre des conflits modernes, la ligne de front a cédé la place à une zone de destruction de 20 à 30 km de profondeur, où il est très dangereux de s’aventurer et où il est préférable d’envoyer des robots. Des soldats seront toujours présents dans ces mêmes zones, mais de manière plus dispersée, pour échapper aux frappes adverses. La robotisation progressive du champ de bataille ne va-t-elle pas contribuer à une accélération des conflits ?Pour un chef politique ou militaire, engager des robots sur le terrain implique en effet moins de risques et de responsabilités que d’y envoyer des soldats en chair et en os. On n’y est pas encore mais si on tire un peu le fil, la robotisation pourrait laisser augurer un emploi plus désinhibé de la force sur le champ de bataille. Ce dernier l’est déjà, il suffit d’observer les conflits actuels pour s’en apercevoir. La robotisation et l'IA peuvent encore accentuer cette tendance. C’est un paradoxe mais on peut à la fois épargner des soldats sur le terrain tout en allant vers une accélération des conflits.Les soldats seront-ils donc amenés à assurer davantage de maintenance ?Moins il y aura de maintenance sur le terrain, mieux nous nous porterons. Le champ de bataille moderne soumet déjà le soldat à un stress particulièrement aigu. La menace, notamment venue des airs et des essaims de drones, est permanente. Psychologiquement, c'est très lourd. Les systèmes mis à leur disposition doivent donc être les plus simples possibles. On a l'habitude de dire que quand il y a deux boutons sur un système, il y en a déjà un de trop. A l’inverse, plus les systèmes connectés seront présents, plus il s’agira de savoir aussi opérer sans réseau. Soit parce que l’on aura volontairement coupé tous les réseaux pour ne pas être détectés par l'ennemi. Soit parce que ce dernier sera parvenu à brouiller

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