Le patron de la deuxième banque suisse détaille sa stratégie pour diversifier les revenus du groupe. Il justifie aussi la suppression de 180 postes au siège, malgré des résultats semestriels en forte hausseAprès avoir pris les rênes de Raiffeisen en décembre 2025, Gabriel Brenna n’a pas tardé à montrer la direction qu’il voulait donner à la deuxième banque suisse. Cette dernière ambitionne de s’imposer dans la gestion de fortune et concurrencer notamment les établissements cantonaux.L’ancien cadre de McKinsey n’hésite pas non plus à couper dans les effectifs alors que le groupe affiche des résultats très solides. Dans cet entretien accordé dans les locaux de Raiffeisen à l’aéroport de Zurich, le Haut-Valaisan donne les raisons de cette décision et explique comment il entend mener avec succès la réorganisation lancée. Il partage également son avis sur les discussions concernant la réglementation des grandes banques helvétiques.
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Le Temps: La suppression de 180 postes au sein de Raiffeisen Suisse a été une grande surprise pour nombre d’observateurs. Vous veniez pourtant de publier des chiffres semestriels en forte hausse.Gabriel Brenna: La réaction du public est compréhensible. Financièrement, le groupe est très solide, avec une belle croissance et une rentabilité élevée. Cependant, il faut bien faire la distinction entre les banques Raiffeisen locales et Raiffeisen Suisse. Les 208 banques Raiffeisen indépendantes continuent d’embaucher et elles ont créé plus de 250 postes l’an dernier, pour renforcer la proximité avec les clients. Il est important de comprendre que la suppression de 180 postes concerne les effectifs de Raiffeisen Suisse [à Saint-Gall et à Zurich, ndlr], qui agit comme le centre de services et le siège administratif du groupe.
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Cette réduction d’effectifs était-elle réellement indispensable?Nous sommes convaincus de la nécessité de cette mesure. Raiffeisen Suisse a nettement augmenté ses charges et son personnel ces dernières années [cette entité compte environ 2300 personnes, ndlr] et la complexité en interne a augmenté. Nous devons simplifier notre structure, réduire la bureaucratie et devenir plus agiles. Ces mesures vont nous permettre d’économiser 60 millions de francs sur les frais de personnel et de matériel. Une partie de cet argent sera par la suite réinvestie pour la mise en œuvre de notre future stratégie.Vous avez également décidé de réorganiser la structure de Raiffeisen Suisse. La seule femme qui siégeait à la direction n’y figurera plus.Cette situation s’explique par le processus de transformation en cours. Mais la diversité reste un sujet essentiel pour nous. Lors de la mise au concours d’un poste, nous opérons une sélection large de candidatures féminines et masculines et nous retenons ensuite la personne la plus adéquate pour le profil recherché. Cela dit, au niveau des cadres et des postes à responsabilité, la proportion de femmes se situe aujourd’hui à 32% au sein du groupe Raiffeisen.Vous n’avez pas encore finalisé cette stratégie, mais vous avez déjà dit en mars que vous vouliez mettre davantage l’accent sur la gestion de fortune et les solutions de prévoyance. Comment avancez-vous sur ce terrain? Vos clients disent qu’ils reçoivent beaucoup plus d’appels et de courriels à ce sujet.Depuis 2019, nous internalisons les activités de gestion de fortune mais nous accordons dorénavant davantage d’importance à cette division. Les résultats du premier semestre sont par ailleurs encourageants. Nous avons enregistré 3,3 milliards de francs de nouveaux afflux nets dont 2,8 milliards ont été investis dans des mandats de gestion de fortune. [Les avoirs sous gestion du groupe s’élèvent à 65,6 milliards de francs ndlr]. Cela représente environ 45 000 nouveaux mandats pour la gestion de fortune, des plans d’épargne en fonds et des solutions de prévoyance. Ce sont de très bons chiffres, presque autant qu’en 2025. Nous allons donc dans la bonne direction. Mais par rapport à la taille de notre portefeuille d’hypothèques [plus de 200 milliards de francs, ndlr] et aux opérations liées aux taux d’intérêt, cela reste très modeste. Pourtant, il n’y a aucune autre banque en Suisse qui possède autant de potentiel de développement dans ce secteur.Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer cela?Il faut se rappeler que nous sommes le deuxième groupe bancaire de Suisse. Notre ancrage local est unique. Nous disposons d’un réseau de 748 agences dans toute la Suisse et 3,5 millions de personnes nous font confiance. Mais elles confient encore la gestion de leur argent à nos concurrents. Nous voulons changer cela pour diversifier nos revenus et réduire notre dépendance envers les opérations de taux d’intérêt.
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