CHRONIQUE. Être capable de s'inscrire dans une mémoire, dans l'histoire, tout en en percevant les multiples voix, émotions et nuances, telle était la matière même des romans de Peter Nádas, disparu le 26 aoûtPéter Nádas, l’immense écrivain hongrois, s’en est allé mercredi, à l’âge de 83 ans. Maintes fois pressenti pour le Nobel, il avait fait de la mémoire, diffractée, tout en nuances, oublieuse, émotive, le sujet de ses vastes romans. Comparé à Tolstoï, Proust, Musil, il avait sa voix propre, époustouflante et exigeante, pour repasser le film des convulsions du XXe siècle au prisme du ressenti miroitant et fugace de ses narrateurs et personnages. Le Livre des mémoires, son chef-d’œuvre, paru à la fin des années 1980, puis Histoires parallèles au début des années 2010 résonnaient de mille voix, comme une réponse aux visions univoques, totalitaires de l’Histoire.Il y a tout juste un an, comme un cadeau d’au revoir, paraissait Ce qui luit dans les ténèbres. Souvenirs de la vie d’un narrateur (Noir sur Blanc), un récit autobiographique en forme de fresque historique et intime, mené avec son talent narratif exceptionnel.Il faut relire l’interview qu’il avait donnée à Isabelle Rüf pour Le Temps à cette occasion: il y décrit comment il tisse l’étoffe de ses textes, comment, littéralement, il tente de capturer le temps au travers des mailles de ses phrases.Voir plus
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