Face à Donald Trump, le Canada se tourne vers les armes européennes : les dessous d'un virage stratégique
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Face à Donald Trump, le Canada se tourne vers les armes européennes : les dessous d'un virage stratégique

Publié le 26 August 2026 à 10:00
Auteur : L'Express

Huit mille huit cent quatre-vingt-onze kilomètres de frontière commune finissent parfois par laisser quelques envies d’ailleurs. Pour ses prochains achats militaires, le Canada regarde vers l’Europe, sans pour autant jeter ses avions par la fenêtre ni rayer Washington de son carnet d’adresses. “Nous voulons être plus indépendants, plus résilients et moins dépendants de notre voisin du Sud”, résume à L’Express Stephen Fuhr, secrétaire d’État canadien à l’Approvisionnement de défense. Il précise aussitôt : "Nous restons partenaires et amis.” La nouvelle idée est de “diversifier ses partenariats pour ne pas dépendre excessivement d’un seul pays". Le calendrier pourrait difficilement être plus intéressant pour les industriels européens : Ottawa augmente brutalement ses dépenses militaires. Selon Fuhr, il a fallu dix ans au Canada pour passer d’un peu moins de 1 % à 1,5 % du PIB consacré à la défense, puis seulement huit mois pour atteindre 2 %. Beaucoup plus d’argent, donc, et beaucoup de matériel à acheter. Seulement voilà : quitte à sortir le carnet de chèques, Ottawa aimerait qu’une bonne partie de la somme reste au pays. "Si nous allons engager cet argent, faisons-en davantage au Canada lorsque nous le pouvons", explique Fuhr.L’Europe peut donc garder le champagne au frais. Le gouvernement de Mark Carney vise 70 % de ses acquisitions de défense attribuées à des entreprises canadiennes. La formule paraît peu accueillante pour des géants comme Airbus, Safran ou Thales. Elle l’est encore moins dans les petites lignes : au Canada, une entreprise canadienne peut appartenir à un groupe étranger. "Cela peut être une filiale américaine ou européenne, dès lors qu’elle réalise directement le travail ici", précise Fuhr. Pas besoin , en revanche, de mettre les usines françaises dans des cartons, mais pour gagner davantage de contrats, les groupes européens auront intérêt à produire, investir et embaucher sur place. Thales compte déjà environ 4 800 salariés au Canada, Safran 1 750 et Airbus quelque 5 300. Renaud Bellais, économiste de la défense, décrit la même logique : Ottawa demande "des partenariats industriels, des transferts de production et de savoir-faire pour développer son industrie nationale. Ils sont plutôt dans une logique de partenariat que d’achat sur étagère", résume-t-il.À plusieurs, c’est SAFELes PME françaises ne sont pas absentes de l’équation, mais elles entrent rarement seules. Dans un avion de combat, un blindé ou un système d’artillerie, rappelle Bellais, le fabricant final ne représente souvent que 20 à 30 % de la valeur ; le reste revient à une chaîne de sous-traitants, parmi lesquels de nombreuses PME et ETI. Celles qui attaquent directement le marché canadien doivent être, selon lui, des "stars ou des superstars" : "C’est compliqué, ça coûte très cher et ce n’est pas si évident à faire." Pour beaucoup, suivre un grand groupe restera plus réaliste. Ottawa a aussi obtenu un accès inédit à SAFE, le dispositif européen destiné à financer des achats militaires communs, où plusieurs pays commandent les mêmes équipements et profitent des 150 milliards d’euros de prêts prévus par l’Union européenne. Le Canada est le seul pays non européen admis à ces conditions. "Je pense que cela veut dire quelque chose, souligne Fuhr, cela reconnaît nos capacités et notre savoir-faire."Bruxelles a largement ouvert la porte : le contenu canadien pourra représenter jusqu’à 80 % de la valeur de certains équipements produits en commun. Fuhr reconnaît que le plafond reste théorique : "Je ne sais pas si on arrivera un jour à 80 %. Mais l’accord montre que l’Union fait confiance à la capacité du Canada à livrer et à travailler avec les Européens pour construire des équipements de défense." Ottawa ne vient pas seulement feuilleter le catalogue européen, mais participe à sa fabrication. La logique convient à un pays pressé : "Si nous avions un temps illimité, nous pourrions vraiment tout faire nous-mêmes", assure Fuhr. Ce que le Canada n’a pas le temps de développer seul déterminera donc "sur quoi nous allons nous associer et avec qui", d'où l'occasion européenne. Diversifier sans divorcerLe Canada pourrait assembler ses appareils, participer à leur militarisation puis travailler pour l’export. "Tout le monde veut ces armes. Faisons-le ensemble et faisons-les sortir", résume Fuhr. Deux industries se répartissent le travail, et le trajet pourrait fonctionner dans les deux sens. "Est-ce que le Canada pourrait ouvrir des usines ou des entreprises en Europe ? Bien sûr, dans les bonnes circonstances", ajoute-t-il. Reste à ne pas confondre diversification et déménagement. Des décennies d’intégration militaire avec les États-Unis ne disparaissent pas à la signature d’un accord européen. Les équipements américains sont déjà là, les soldats savent les utiliser et certains resteront en service trente ans. Washington conservera donc une place majeure.Mais l’équation américaine s’est compliquée. Bellais rappelle que l’industrie de défe

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