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ET_31/07_CULT_ Ces photos qui n’existent que pour nous
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ET_31/07_CULT_ Ces photos qui n’existent que pour nous

Publié le 29 July 2026 à 10:33
Auteur : Le Temps

A l’espace Monoprix, un récit de l’écrivaine Nathacha Appanah sert de liant à une sélection d’images issues de la riche collection de la Fnac. Comme un appel à laisser voguer nos imaginairesLes expositions collectives, lorsqu’elles n’ont pas un ancrage thématique précis mais sont le reflet d’une collection, ont parfois tendance à s’éparpiller, même si elles réunissent en un même lieu des artistes et œuvres majeures. Afin de contourner cet écueil, Fannie Escoulen et Laure Augustins, commissaires d’une présentation aux Rencontres d’Arles de la collection photographique de la Fnac, ont eu la belle idée de confier à l’écrivaine Nathacha Appanah, lauréate l’an dernier du Prix Femina pour La Nuit au cœur, la rédaction d’un récit n’ayant pas pour but «de commenter les images, mais de les habiter».A partir de la fin des années 1960, la Fnac a fait office de pionnière en matière de diffusion de la photo en créant un vaste réseau de galeries. C’est ainsi, à partir de 1978, qu’elle s’est constitué une collection riche aujourd’hui de quelque 1800 tirages de 500 artistes, conservée au Musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône. A Arles, on peut notamment admirer des clichés de grands noms de l’agence Magnum Photos – Henri Cartier-Bresson, Werner Bischof, Raymond Depardon, Josef Koudelka, Larry Towell, Harry Gruyaert, Abbas, Antoine d’Agata… Mais aussi des images de Berenice Abbott, Sebastião Salgado, Bernard Plossu, Willy Ronis ou Marc Riboud.
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La vertu première de Nos rêves lointains, titre de l’expo et du récit éponyme de Nathacha Appanah, est bien celle-ci: balayer d’un seul regard l’histoire de la photographie du XXe siècle. Passer ainsi des visages expressionnistes de gitans captés par Koudelka dans les années 1960 à la Venise paisible de la fin des années 1950 saisie par Ronis, observer les ruines de Fribourg-en-Brisgau immortalisées par Bischof au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale au Mexique rural visité par Abbas en 1983.
«Le miroir de nos peines et de nos espoirs»
D’une photographie à l’autre se met en place un jeu de correspondances esthétiques et thématiques. Très vite, en observant des visages et des paysages, des réalités qui nous sont proches ou le plus souvent lointaines, on se met également à entrevoir des fils narratifs. Et si, dans l’effervescence de la gare de Bombay fixée par Sebastião Salgado en 1995, se trouvaient des gens venus de Madras, où Edouard Boubat a, en 1971, si poétiquement magnifié, de dos, une femme tenant son enfant dans ses bras, face à la mer?
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Dans son récit, Nathacha Appanah pose ces questions: «De quoi sont faites les histoires que racontent les photos? […] Ont-elles, comme des livres, la capacité de se déployer en nous, de nous parler comme si elles n’existaient que pour notre regard? Attendent-elles patiemment que nous trouvions, enfin, en quoi elles nous ressemblent, en quoi elles sont le miroir de nos peines et de nos espoirs?»L’autrice se souvient également d’une halte forcée de deux nuits à Mumbai, ex-Bombay, lors d’un voyage au Sri Lanka. «Je n’étais jamais venue en Inde mais, comme pour les villes très photographiées, certaines images de la ville de Mumbai m’étaient familières», écrit-elle. C’est là que réside la force hypnotique de Nos rêves lointains: beaucoup d’images résonnent en nous de manière intime, sans que l’on sache instantanément pourquoi.

A voir
«Nos rêves lointains – Regards sur la collection photographique de la Fnac autour d’un récit de Nathacha Appanah», Monoprix. 57es Rencontres de la photographie d’Arles, jusqu’au 4 octobre.
A lire
«Nos rêves lointains», sous la direction de Fannie Escoulen et Laure Augustins, Gallimard, 160 pages.

COMPLEMENT A voir également aux Rencontres d’Arles

Des visions de New York
Née en 1933 en Algérie française, danseuse de formation, Martine Barrat a découvert New York à la fin des années 1960. Photographe autodidacte, elle ne suivra pas les traces des grands photographes de rue, mais s’immergera dans les quartiers défavorisés du Bronx et de Harlem pour travailler avec ses habitants et habitantes, allant jusqu’à se faire accepter par les gangs. La découverte de son travail, à l’Espace Van Gogh, est un choc. Il en est de même, à l’église Sainte-Anne, de la plongée dans l’œuvre de l’Américaine Ming Smith, elle aussi danseuse puis photographe, qui tout en voyageant à travers le monde a beaucoup travaillé sur la scène jazz new-yorkaise. On retrouve d’autres images de la Grande Pomme dans les expos consacrées à l’esthète belge Harry Gruyaert (chapelle Saint-Martin du Méjan) et au photojournaliste français Alain Keller (Les Douches municipales).
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