En Ukraine, les nouveaux défis de l'armée : une bataille de l'ombre entre modernistes et vieille garde
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En Ukraine, les nouveaux défis de l'armée : une bataille de l'ombre entre modernistes et vieille garde

Publié le 22 August 2026 à 06:45
Auteur : L'Express

Lorsqu'il rejoint le centre des opérations spéciales Alpha, au sein des services de sécurité ukrainiens, Yevhenii Khmara officie comme breacher, spécialiste chargé de forcer l'accès à des bâtiments verrouillés ou des pièces barricadées. Après avoir gravi les échelons jusqu'à prendre la tête du SBU par intérim en janvier de cette année, il fait une entrée tout aussi soudaine au ministère de la Défense. Mercredi 19 août, le Parlement ukrainien a confirmé sa nomination, mettant un terme à un mois de crise politique d'une ampleur inédite depuis 2022.À la mi-juillet, le président Volodymyr Zelensky avait décidé d'écarter Mykhailo Fedorov, 35 ans, figure populaire de la modernisation technologique de la défense ukrainienne, après seulement six mois en poste. Pendant un mois, alors que des manifestations éclataient dans des dizaines de villes du pays, Fedorov a défendu son bilan sans jamais critiquer frontalement le chef de l'Etat. Officiellement, son départ est lié à l'aggravation de ses tensions avec Oleksandr Syrskyi, alors chef d'état-major, devenues un conflit ouvert. Certains y voient aussi l'inquiétude de Zelensky face à la popularité grandissante de son ministre.Epilogue de ce psychodrame, le président a fini par écarter Syrskyi, sans pour autant rappeler Fedorov. Il a confié à Khmara, militaire respecté du grand public et des troupes, la direction par intérim du ministère, en espérant, au passage, voir s'essouffler la contestation. La crise a rebondi mardi 18 août, à la veille du vote de confirmation de Khmara par le Parlement. Dans une vidéo de neuf minutes sur fond noir, Fedorov a appelé à des élections, brisant un tabou politique depuis 2022. Il a accusé Zelensky de défaillances systémiques et martelé que Kiev ne pouvait laisser Moscou dicter le calendrier électoral des Ukrainiens. "La démocratie ne peut pas devenir l'otage de la Russie. Nous nous battons précisément pour rester un État européen libre", a-t-il insisté.Deux visions de l'armée s'affrontentProche de Zelensky depuis sa campagne de 2019, Fedorov incarne une génération technophile. Ministre de la Transformation numérique jusqu'en 2026, il avait facilité l'achat de drones par les soldats et l'exploitation des données de guerre pour ajuster les stratégies militaires. Nommé à la Défense en janvier, il a promu une guerre plus automatisée, pilotée par les indicateurs de performance — une méthode qui a coïncidé avec de meilleurs résultats de l'armée en début d'année.Cette popularité a nourri des crispations avec une hiérarchie militaire jugée rigide, à commencer par le général Oleksandr Syrskyi. Derrière cette éviction se cache un affrontement plus profond. D'un côté, des officiers de carrière façonnés par le moule soviétique. De l'autre, de jeunes recrues engagées depuis 2022, porteuses de méthodes de management inspirées du privé. "La mentalité héritée de l'URSS postule qu'on disposera toujours d'assez d'hommes et traite parfois le combattant comme une ressource jetable", résume Mykola Bielieskov, expert militaire, citant la défense acharnée de villages promis à retomber sous contrôle russe dès le lendemain — des moyens engagés en vain. Cette vieille garde réduit aussi le ministère à une simple agence de fourniture d'armes.Sortant des schémas de pensée habituels, "Fedorov avait dès le début une vision cohérente sur la manière de contrer la Russie", poursuit Bielieskov. Plutôt que de se limiter aux demandes classiques de l'armée, il a poussé à la création d'armes capables de frapper à des milliers de kilomètres, ouvrant la voie aux opérations en profondeur sur le sol russe. "On ne peut pas dire qu'il a conduit ces opérations, mais l'idée venait en partie de lui. C'est pour cela que la vieille garde s'est sentie mise de côté", avance l'expert. Zelensky lui a proposé plusieurs postes de reclassement, dont celui de vice-Premier ministre chargé de l'innovation militaire. Mais Fedorov a exigé de retrouver sa fonction initiale, seul poste d'où il pourrait peser sur la suite de la guerre. Pour plusieurs observateurs, sa vidéo visait surtout à récupérer son fauteuil — un calcul qui ne trouve guère d'écho chez des Ukrainiens majoritairement opposés à des élections jugées trop complexes en temps de guerre.Cette initiative "n'est pas perçue comme une solution aux problèmes politiques existants, mais comme la création d'un nouveau problème, porteur d'un risque de déstabilisation, et comme une tentative de faire primer des ambitions personnelles sur l'intérêt général", décrypte le politologue Volodymyr Fessenko. Certains manifestants ont d'ailleurs désapprouvé l'appel de Fedorov. "Je ne vois pas comment organiser le vote pour des milliers de militaires au front. Je redoute aussi la division de la société pendant le processus électoral et son effet sur la guerre", s'inquiète ainsi le vétéran Dmytro Koziatynskyi, un des principaux coorganisateurs des manifestations — qui a apporté son soutien à Khmara.Un général à la Défense, une premièreLa désignation d'Yevhen

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