En Angleterre, le cas Jason Arday ravive la guerre culturelle au sein du monde académique
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En Angleterre, le cas Jason Arday ravive la guerre culturelle au sein du monde académique

Publié le 10 August 2026 à 16:39
Auteur : L'Express

Lorsque Jason Arday est monté sur la scène de la British Sociological Association, au printemps dernier, son propos avait des allures de mise en garde. Dans un discours intitulé Wanted Dead or Alive: the Playbook [en français : "Recherché mort ou vif : manuel de jeu"], le sociologue expliquait comment certains universitaires africains-américains avaient selon lui été pris pour cible par des militants conservateurs au cours de leur carrière. Leurs travaux étaient passés au crible, à la recherche d'erreurs, d'incohérences ou de similitudes avec des publications antérieures. Puis, racontait-il, médias et responsables politiques conservateurs s'emparaient de ces découvertes pour exercer une pression sur les universités.Quelques mois plus tard, ce scénario s'est-il retourné contre le plus jeune professeur noir de l'histoire de l'Université de Cambridge ? Le 5 août, Jason Arday, sociologue de l'éducation, annonçait sa démission de la prestigieuse institution britannique. Celle-ci venait d'ouvrir une enquête après la transmission d'informations concernant ses "qualifications universitaires et ses nominations honorifiques", ainsi que de potentiels "manquements à l'intégrité de la recherche", selon un communiqué de l'Université, cité par Euronews.Une histoire de prodigeA 41 ans, l'histoire personnelle de Jason Arday avait largement contribué à faire de lui une figure emblématique de la méritocratie universitaire britannique. Né de parents ghanéens et élevé dans un quartier populaire du sud de Londres, il est diagnostiqué autiste à l'âge de trois ans et présente alors un retard global du développement. Dans ses mémoires "Great And Unfortunate Things", [En français : "De grandes choses et des malheurs"] à paraître le 27 août, il raconte n'avoir appris à parler qu'à 11 ans et à lire et écrire qu'à 18 ans.Après un doctorat obtenu à Liverpool John Moores University en 2015, il enseigne notamment à Roehampton, Durham et Glasgow et publie des articles sur la théorie critique de la race, les inégalités, les questions de diversité et la neurodivergence.En 2023, son recrutement par Cambridge est présenté comme un événement historique. À 37 ans, il devient le plus jeune professeur afro-descendant jamais nommé dans l'université vieille de huit siècles, et qui ne compte alors que cinq professeurs noirs. Bhaskar Vira, le vice-recteur chargé de l'éducation, le décrit comme un "chercheur exceptionnel" sur les questions de race, d'inégalité et d'éducation, ajoutant qu'il "contribuerait de manière significative à la recherche de Cambridge dans ce domaine et à la lutte contre la sous-représentation des personnes issues de milieux socio-économiquement défavorisés". Jason Arday devient le symbole de la volonté affichée par les grandes universités britanniques de corriger leur déficit de diversité, notamment dans la foulée du mouvement antiraciste "Black Lives Matter". Mais cette consécration attire aussi une attention accrue sur son parcours.Sa thèse au coeur des polémiquesAu coeur des controverses, sa thèse de doctorat, soutenue en 2015 à Liverpool John Moores University, consacrée à la surveillance par les pairs parmi les étudiants enseignants. En juillet, The Telegraph rapporte qu’une comparaison avec la thèse d'une autre chercheuse, Paula Zwozdiak-Myers, soutenue à Brunel University six ans plus tôt, fait apparaître plus d’une centaine de passages similaires. Mais l'un des universitaires à l’origine de ces polémiques est lui-même controversé. Il s'agit de Nathan Cofnas, un philosophe formé à Oxford, qui porte des positions académiques à l'exact opposé de celles de Jason Arday. Dans un article publié en 2019, Nathan Cofnas défendait la possibilité d’étudier l’hypothèse selon laquelle les différences de QI entre populations pourraient avoir, au moins en partie, une composante génétique. Des positions qui l’ont rapproché du courant du "réalisme racial", selon ses détracteurs, qui accusent ces chercheurs de réhabiliter des théories racistes d'un autre temps. Nathan Cofnas s’est également montré très critique à l’égard des politiques de diversité, d’équité et d’inclusion, et s'était déjà attiré les foudres de Cambridge pour avoir suggéré, dans un billet de blog, que dans une méritocratie, Harvard ne compterait "quasiment aucun" professeur noir. Un autre universitaire, David Harris, professeur émérite de Plymouth Marjon University, a également examiné les travaux d’Arday. Celui-ci avait lui-même été au centre d'une controverse universitaire après la publication, en 2024, d'un ouvrage critique de la théorie critique de la race. Son titre de professeur émérite lui avait été retiré en 2025 dans des circonstances contestées, avant d'être restauré en février 2026. Des échanges internes avaient qualifié ses recherches de "controversées", tandis que l'université invoquait officiellement le ton de certaines de ses communications.Le fait que les deux critiques les plus virulents de Jason Arday (dont le travail est d'analyser les questions de racis

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