Détroit de Béring : ce corridor "oublié" qui pourrait devenir hautement stratégique
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Détroit de Béring : ce corridor "oublié" qui pourrait devenir hautement stratégique

Publié le 22 August 2026 à 14:00
Auteur : L'Express

La crise d'Ormuz l'a bien montré, les détroits jouent un rôle vital dans le commerce mondial. De Malacca à Béring, en passant par le Bosphore, L'Express vous invite à un voyage dans ces lieux emblématiques, où se joue l'avenir du monde.EPISODE 1 - Détroit de Taïwan : le passage maritime qui pourrait faire vaciller le mondeEPISODE 2 - Bosphore - Dardanelles : les détroits turcs, ce double verrou stratégique face à la RussieEPISODE 3 - Piraterie, contrebande et désastre écologique : le détroit de Malacca, talon d'Achille de l'ogre chinois EPISODE 4 - Bloquer le détroit de Bab-el-Mandeb ? Le scénario cauchemardesque pour l'économie mondialeEPISODE 5 - Détroit de Kertch : le point de passage que Poutine ne veut perdre à aucun prixAu cœur de l’été, une photo exhibée par Donald Trump aura réussi à redonner des sueurs froides aux chancelleries européennes. On y aperçoit le président américain en pleine discussion dans le bureau Ovale avec le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Friedrich Merz et la Première ministre italienne Giorgia Meloni. Au fond de la pièce, une carte représente le Groenland sous bannière américaine. Cette image retouchée par IA et publiée mi-juillet sur son réseau Truth Social, rappelle que le locataire de la Maison-Blanche est loin d’avoir tiré un trait sur son projet d’annexion de cette grande île arctique qui appartenant à la couronne danoise. "Le Groenland est très important pour les États-Unis", avait-il répété quelques jours plus tôt en marge du sommet de l’Otan à Ankara, citant des raisons de "sécurité nationale" face aux menaces russes et chinoises dans le Grand Nord.Etrangement, Donald Trump se montre moins intéressé par le détroit de Béring, qui met face à face la Russie et les Etats-Unis, séparant l'extrémité orientale de la Sibérie du nord-ouest de l’Alaska. "Il n’y a actuellement aucune menace pesant sur le Groenland, explique Erdem Lamazhapov, chercheur au Fridtjof Nansen Institute en Norvège. Sur le plan sécuritaire, c’est plutôt du détroit de Béring que Donald Trump devrait se préoccuper." Ce corridor maritime, seule porte d’accès à l’Arctique depuis l’océan Pacifique, est en effet hautement stratégique, et est appelé à le devenir de plus en plus. C'est notamment un passage quasi obligé pour la Chine si elle souhaite se rendre dans les eaux du Grand Nord. D’ores et déjà, Russes et Chinois multiplient les manœuvres dans la zone. A l’été 2024, des bombardiers des deux pays ont ainsi pénétré pour la première fois dans la zone d'identification de défense aérienne américaine, près de l’Alaska. La même année, des garde-côtes chinois sont entrés dans l'océan Arctique par le détroit de Béring, tandis que la marine chinoise a multiplié les exercices dans les eaux qui le bordent.Un goulot d’étranglement naturelD’une largeur de 82 kilomètres, le détroit de Béring abrite en son centre les deux îles Diomède par lesquelles passe la ligne de changement de date. Dotée de fuseaux horaires radicalement différents, la Grande Diomède (russe) a ainsi… jusqu'à 21 heures d’avance (en hiver) sur la Petite Diomède (américaine) située à seulement quatre kilomètres ! Un souvenir de l'achat de l'Alaska à l'Empire russe par les États-Unis en 1867, qui a fixé la frontière entre les deux pays. Au-delà de l'anecdote, ce point de contrôle, qui, du temps de la guerre froide avait acquis le nom de "rideau de glace" en référence au "rideau de fer" partageant l’Europe, conserve une importance majeure. "C’est un goulot d’étranglement naturel qui permet à la Russie comme aux Etats-Unis de surveiller l'ensemble du trafic à destination de l'océan Arctique, souligne Erdem Lamazhapov, du Fridtjof Nansen Institute. Pour Washington, c’est notamment l’assurance de pouvoir repérer toute tentative éventuelle de la Chine de déployer des moyens militaires dans la zone." Et in fine, d'espérer freiner leur prolifération dans les eaux du Grand Nord. Dès 2019, un rapport annuel du Pentagone indiquait qu’un renforcement des activités chinoises dans l’Arctique risquait d’ouvrir la voie à une présence militaire renforcée "qui pourrait inclure le déploiement de sous-marins dans la région comme moyen de dissuasion".De là à imaginer ce détroit - qui doit son nom à Vitus Béring, un navigateur d’origine danoise que le tsar Pierre le Grand avait chargé au XVIIIe siècle de déterminer si la Sibérie et l’Alaska étaient reliées - se transformer en nouveau terrain d’affrontement entre puissances ? "Les tensions géopolitiques se limitent pour l’instant plus au sud, nuance Mathieu Boulègue, chercheur spécialiste de l’Eurasie associé à la Chatham House. Mais elles pourraient remonter dans le détroit de Béring si la présence russo-chinoise s'intensifie au fil des années." Signe de l’intérêt grandissant qu'il suscite, l’armateur chinois Sea Legend a inauguré le 15 août sa première ligne directe reliant la Chine à l’Europe via l'Arctique, en passant par ce mince détroit avant de longer les côtes nord de la Russie. Un voyage ren

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