Il y a six mois, le 28 février, les Etats-Unis et Israël entraient en guerre contre l’Iran. Un conflit dont la durée et l'intensité bouleversent la stabilité régionale, du Moyen-Orient à l’Afrique du Nord. Cette guerre divise aussi les gouvernements européens, qui ont d'abord soutenu la chute du régime iranien avant de rejeter toute participation active au conflit. Avec quel résultat pour leur image ?Cet été, la fondation Konrad-Adenauer (KAS), un institut de recherche allemand spécialisé dans les études géopolitiques et les enquêtes d’opinion, a mené un vaste projet dans sept pays arabes du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord : Maroc, Liban, Egypte, Jordanie, territoires palestiniens, Tunisie et Syrie. L'institut allemand a notamment cherché à comprendre l'impact de cette crise sur l'image de l'Europe."Les publics d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient ne sont ni anti-occidentaux ni pro-autoritaires par principe, leurs opinions sont conditionnelles", explique Michael Robbins, l'auteur du rapport. Réalisée par téléphone auprès de 8 475 personnes, cette étude offre un cliché instantané des perceptions arabes face aux rôles de la France, de l’Allemagne ou encore de l’Union européenne sur la scène internationale.Au Liban, 79 % de vues favorables à la FranceL'un des principaux enseignements du sondage de KAS concerne l'image de la France, qui bénéficie d’un regain de sympathie dans la région ces dernières années. Les chiffres sont éloquents par rapport à la dernière étude, datant de 2020 : l'opinion favorable de la France a augmenté de 31 points en Jordanie (de 17 % à 48 %), de 19 points au Liban (où elle atteint désormais 79 %), de 15 points au Maroc (pour atteindre 63 %), et de 4 points en Tunisie, où elle s’élève à 50 %.Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette tendance mais un événement a marqué les esprits : la reconnaissance de l'Etat palestinien par Emmanuel Macron, le 22 septembre 2025, à la tribune de l'ONU. Une décision saluée dans la région, notamment en Jordanie et au Liban, qui comptent une importante communauté palestinienne. De plus, la France n’est pas perçue comme un acteur central dans le conflit contre l’Iran, ce qui limite les critiques à son égard. Enfin, au Maroc, la coopération économique et la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental peuvent expliquer l’amélioration de l’image de la France, perçue comme un partenaire fiable et pragmatique.Pourtant, cette image reste très inégale dans la région. Le Liban reste le pays où la France est de loin la plus populaire, avec 79 % d’opinions favorables, en raison des liens historiques profonds et d’une diaspora libanaise importante en France, estimée entre 200 000 et 300 000 personnes selon la fondation Charles de Gaulle. En revanche, dans les territoires palestiniens, le taux de favorabilité n’atteint que 38 % pour Paris, malgré la reconnaissance de l'Etat palestinien l'année dernière.L'image plutôt positive de la France a aussi des conséquences pour celle de son président. Lorsque l'institut KAS demande aux sondés le nom du leader européen dont la politique est la plus ambitieuse pour sa région, celui d'Emmanuel Macron revient le plus souvent dans de nombreux pays : 64 % au Liban, 26 % au Maroc, 24 % en Egypte et 18 % dans les territoires palestiniens. Giorgia Meloni est la plus citée en Tunisie (30 %) et le chancelier allemand Friedrich Merz mène les débats en Syrie (27 %). En Jordanie, c'est la réponse "aucun" qui l'emporte, à 25 %...Une influence européenne encore négligeableSi la France incarne avant tout un héritage historique, l’Union européenne représente plutôt une puissance économique discrète. Son image est globalement positive, mais son rôle politique reste marginal aux yeux des répondants. L’UE bénéficie d'une vision positive dans la plupart des pays arabes sondés : 68 % au Maroc, 64 % en Jordanie, 61 % au Liban, 55 % dans les territoires palestiniens, 54 % en Syrie et 51 % en Tunisie. Seule l'Egypte fait exception, avec seulement 41% d'opinions positives sur l'Europe.Son influence politique, en revanche, reste perçue comme quasi nulle. En Tunisie, seulement 12 % des répondants citent l'UE comme influente, en comparaison d'autres acteurs comme la Turquie ou l'Arabie saoudite. Ailleurs, ce taux est inférieur à 2 %. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, l’UE est perçue avant tout comme un acteur économique, via des accords commerciaux et de l’aide au développement, plutôt que politique. Sa diplomatie est souvent éclipsée par celle des Etats-Unis ou des puissances régionales.Le retrait actuel des Européens fait qu'ils sont peu associés à la guerre en Iran, ce qui limite les critiques mais aussi leur visibilité. "L’Europe a une carte à jouer dans la région, mais elle doit devenir plus visible et plus engagée pour transformer sa sympathie en influence", estime Michael Robbins, de KAS. Une tâche complexe mais pas impossible, dans une région où les attentes en matière de stabilité et de justice restent immenses.
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