CHRONIQUE. Les films soutenus par Canal+ portent désormais en frontispice une formule passablement ampoulée: «Avec le soutien essentiel de Canal+». Le groupe a bien le droit de vouloir choisir là où il met son argent, mais l'imposition de ce texte prouve à quel point le secteur, même agité, baise la mainLa disposition date d’il y a une année, mais elle déploie ses effets ces temps. Au générique de début des films financés par Canal+ – ce qui fait beaucoup de longs métrages –, il est désormais mentionné: «Avec le soutien essentiel de Canal+».Drôle de formulation, presque pléonastique en considérant le poids du groupe dans l’audiovisuel français. Il reste, de loin, le principal contributeur financier, moyennant sa position enviée dans la «chronologie des médias», qui lui octroie six mois pour montrer un film après sa sortie en salles. Faveur que contestent, on l’imagine, Netflix, Disney et les autres.L’emprise de Canal+ a été démontrée à l’occasion de l’introduction de cette formule. Elle était imposée alors même que la compagnie baissait ses investissements annuels pour 2026 et 2027. Même quand elle réduit son appui – certes, considérable –, elle fait ce qu’elle veut de la branche.
«Si des gens portent préjudice à l’image de Canal+, on ne financera pas leur film»
Lundi, le groupe a annoncé avoir déjà bouclé un nouvel accord, cette fois pour cinq ans, une première. Il injectera 190 millions d’euros de 2028 à 2030, puis 205 millions en 2031 et 2032. Interrogé par l’agence de presse AFP, le patron, Maxime Saada, a au demeurant confirmé qu’il «n’oublie rien» de la polémique cannoise de cette année, quand une tribune a dénoncé une «emprise de l’extrême droite» du fait que le consortium a pour principal actionnaire le conservateur Vincent Bolloré. «Si des gens portent préjudice à l’image de Canal+, on ne financera pas leur film», insiste Maxime Saada.
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Il en a parfaitement le droit. L’investissement du groupe dans un long métrage n’est ni un acquis, ni un guichet, ni un robinet. Il peut bien choisir ses projets, comme il le fait d’ailleurs de manière plus cadrée en matière de séries. Au reste, le patron rappelle qu’il ne «changera jamais notre politique de diversité», et celle-ci est avérée: nombre de productions estampillées Canal+ sont très loin du catholicisme politique.Ce que le label du «soutien essentiel» rappelle, c’est la dépendance du secteur vis-à-vis de son bienfaiteur intéressé. Outre que cette mention peut être vue comme insultante à l’égard des autres instances de soutien – CNC, régions, fonds divers –, elle a ce qu’il faut de ronflant et monarchique pour bien asseoir le statut central de l’opérateur. Tribunes colériques ou pas, elle tient du baiser de la main, à genoux.
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