Le plus grand festival de rue de Suisse a connu un début chaotique avec l’annulation de spectacles, lundi et mardi, en raison d’orages. Tandis que la suite de la semaine s’annonce radieuse, retour sur une soirée où on a dansé sous la pluie«Je suis trempée comme si je sortais de l’eau… ça tombe bien, je suis en caleçon de bain!» La remarque de cette jeune femme dans le train tardif qui, mardi, nous ramène de La Chaux-de-Fonds à Neuchâtel donne parfaitement le ton de la situation. Après une canicule historique qui a obligé la population à se dénuder, les déluges du début de semaine ont transformé la Plage des Six Pompes en piscine géante.Suite à tant de sécheresse, la pluie fait du bien à l’âme, c’est clair, mais, pour des raisons techniques et de sécurité, elle est souvent incompatible avec les arts de la rue, le cirque en particulier. «Cela dit, le grand ennemi reste la canicule», tempère Manu Moser, directeur du rendez-vous qui est heureux d’avoir récupéré la place du Marché grâce à de longues négociations avec la Ville et les cafetiers.
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Hier, en raison des trombes d’eau, six spectacles ont donc passé à la trappe au grand dam des artistes payés essentiellement au chapeau et du public qui déferle en masse – 100 000 personnes chaque année! Deux pépites, tout de même, ont été sauvées des eaux. Amours, spectacle interactif qui nous a finement interrogés sur ce sentiment à mille entrées. Et Bien Parado, solo coup de poing qui a mélangé sévillane et groove urbain, avec fiesta collective à la fin.
Le regard qui tue
Dans le ciel, le tonnerre gronde et, sur le bitume, son regard nous fusille. Si, ce soir-là, vous êtes venus à La Plage pour vous échapper par le haut, vous avez préféré Her ground is air à Bien Parado. Dans le premier spectacle, deux danseuses verticales ont escaladé une paroi façon fées des façades, tandis que, dans le second, Jane Fournier Dumet s’est transformée en ninja pas content avant de nous libérer de nos tourments.Ce spectacle, on a bien cru qu’on ne le verrait pas. A l’heure dite, la très ironiquement nommée rue du Soleil était balayée par un orage monumental. Mais il en faut plus à la compagnie La Méandre, basée à Chalon-sur-Saône, pour renoncer. Un quart d’heure après, on recevait toutes et tous un sac-poubelle pour poser nos fesses sur le goudron trempé. Assis dans le mouillé, vraiment? Oui, car l’artiste a besoin de notre présence à ses pieds, détaille le staff de la Plage.
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En face de nous, protégé par une tente, le compositeur Cédric Froin s’active au synthé modulaire tandis qu’en survêt noir, la danseuse fend la foule en poussant son podium en bois devant elle, comme Sysiphe son rocher. Une fois installée au cœur des spectateurs qui ont dû bouger en conséquence (A La Plage, le public bosse souvent!), Jane Fournier Dumet entame une danse hypnotique qui mêle des figures de la Sévillane à des mouvements contemporains et urbains.
La transe qui libère
Sur le podium, d’abord, capuche enfoncée, elle alterne arabesques et saccades en maintenant toujours ce regard menaçant, comme une grenade prête à exploser. A terre, ensuite, la danseuse toise et frôle le public jusqu’à se lover sur les genoux d’une spectatrice qui relève le défi avec beaucoup d’empathie.Au son, Cédric Froin orchestre un savant mélange de traces folkloriques et de nappes électro, tandis que son alter ego continue à alterner le vocabulaire de la rue avec les postures altières et ultra cambrées. Sous le ciel chargé, le combo épate, comme en témoigne la présence des habitants aux fenêtres. Et puis vient la libération. Capuche rejetée, corps projeté au sol au son des pulsations, Jane Fournier Dumet sourit et change de peau. Désormais, la fête est son moto et, le public, convié à se lever, la suit très volontiers dans sa transe. On danse pour et sous la pluie!
L’amour sous toutes ses formes
Dans Amours, vu auparavant dans une des cours du collège Numa-Droz, l’approche est plus sophistiquée et littéraire. Ce qui n’empêche Mathilde Roy, acrobate et danseuse, d’exprimer par le geste les différentes formes d’attachement qu’elle aborde avec l’assistance du public invité à tirer des cartes, ou plutôt des lettres d’amour.
Mathilde Roy au moment d'illustrer le mot «Pragma» qui, en grec ancien, signifie l'amour qui dure. — © Thalia Ineichen
Le principe, soutenu par la partition musicale de Zerolex, relève de la ritournelle: un mot du registre amoureux est pointé, le storgé (amour familial en grec), la philautia (amour de soi), l’agapé (amour mystique), etc., et l’artiste illustre ce concept de commentaires affûtés et de courtes saynètes décalées. Un ba
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