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«A chaque difficulté, je demandais et je recevais». Compostelle: chemin de religion, ou religion du chemin?
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«A chaque difficulté, je demandais et je recevais». Compostelle: chemin de religion, ou religion du chemin?

Publié le 09 August 2026 à 11:01
Auteur : Le Temps

Repopularisés au cours des années 1990, les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle attirent de nombreux pèlerins et marcheurs animés par des motivations différentes. Beaucoup de ces hommes et femmes réitèrent l’expérience plusieurs fois, happés par ce qu’ils nomment «l’esprit du chemin»L’image est limpide. Je lis, assise sur un banc usé devant l’auberge de jeunesse municipale de Nájera, petite ville d’environ 8000 habitants au cœur de la minuscule province espagnole de la Rioja. Nous sommes le 30 mars 2025 et la chaleur se fait insistante. Après les montagnes humides de Galice et les mornes plaines de Castille, le décor a changé. La terre a roussi, la végétation s’est hérissée. Voilà quelques semaines qu’avec mon compagnon, nous marchons – à l’envers – sur ce fameux Camino Francés, voie la plus connue et fréquentée pour rallier Saint-Jacques-de-Compostelle depuis la France.En 2025, plus de 520 000 pèlerins se sont élancés sur les différents itinéraires jacquaires et ont pointé au bureau d’accueil des pèlerins. Un chiffre record qui sera sans doute battu cette année et confère à ce pèlerinage des allures de paquebot à touristes, avec tous les effets indésirables que cela comporte. Mais puisque nous cheminons hors saison, nous ne peinons jamais à trouver un lit. Pas «d’embouteillages» en route, pas de queues à la porte des auberges.Ce jour-là, à Nájera, un homme s’assied à mes côtés. Une tête rase, coiffée d’un bandana au motif «peace and love», qui se conjugue curieusement à une carrure de militaire. «Salut, moi, c’est Angelo», lance-t-il gaiement, un accent belge à couper au couteau. A l’instar de mon compagnon et moi, Angelo se promène à rebours sur ce chemin qu’il a déjà parcouru de nombreuses fois. Le pèlerin est clair: «le chemin» l’a sauvé. De quoi? On n’oserait, tout de suite, le lui demander. Mais «les rencontres, témoigne-t-il, l’énergie qui traverse cet itinéraire, ont transformé ma vie».

Descente depuis le village galicien d’O Cebreiro à 1300 mètres d’altitude, en direction de la Castille. — © Marion Police / Le Temps

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Cet «autre» qui nous remue
Il en sera question de nombreuses fois, de cette fameuse «énergie» ou «esprit» du chemin. Nous croiserons des pèlerins aux multiples visages, mais dont une grande partie ne marchait pas vers Compostelle pour des raisons liées à une quelconque croyance religieuse. Il s’agit d’autre chose. Une dimension qui en pousse certains à revenir, à fouler encore et encore les sentes marquées de flèches jaunes et de coquilles. «Je le marche pour la dixième fois», nous a ainsi lancé un Australien de 82 ans, lors d’un repas communautaire au monastère de Roncevaux.Angelo, pour sa part, se dit carrément athée. Mais voilà plusieurs années qu’il égraine les différentes voies jacquaires dès qu’il le peut. Il rentre quelques mois en Belgique, puis rechausse ses souliers de randonnée. «Je suis parti seul, la première fois, en septembre 2022, par le Camino del Norte [qui passe par les côtes atlantiques], puis le Camino Francés. Ce fut l’occasion pour moi de faire de belles rencontres, de créer des liens avec des personnes de tous âges, qui perdurent encore aujourd’hui. Et surtout, de comprendre que ce que je recherchais, c’était la reconnexion avec moi-même. J’ai compris que le vrai chemin était celui qui partirait de la maison et m’éloignerait du matérialisme qui m’avait été inculqué par mon éducation. Arriver à Saint-Jacques n’était que le début.»Angelo repart en 2023, cette fois, depuis la Belgique pour rejoindre Santiago par le Grand Est. Pluie, vent, froid, la météo se déchaîne. «A chaque difficulté, je demandais et recevais ce dont j’avais besoin: un endroit au sec où passer la nuit, un petit coin où manger à l’abri des éléments. Cela fut payant, car après trois semaines, je trouvai enfin ce que je cherchais: moi.»
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La spiritualité comme partie de l’humanité
Plus d’un an après notre rencontre, ces discussions m’interpellent encore. Je contacte Eric Laliberté, chercheur en théologie à l’Université Laval de Montréal, spécialisé en études pèlerines. Il vient de se voir décerner un prix pour sa thèse achevée en 2024 au sujet de la diversité du «phénomène pèlerin».«Pour certaines personnes, le pèlerinage de Compostelle demeure une expérience de foi, mais pour la majorité des gens, c’est une expérience spirituelle qui n’a rien à voir avec l’institution religieuse, commence-t-il. Danièle Hervieu-Léger, sociologue des religions, parle de «bricolage spirituel». Nous sommes dans cette mouvance qui cherche à recomposer une spiritualité, parce qu’on n’a plus de repères, plus d’appartenances. La spiritualité fait partie de notre humanité; ses enjeux, ses questions, ce lien avec ce qui nous dépasse, le sentiment qu’existe quelque chose de

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