Après avoir été attaqué par les Etats-Unis et Israël, l’Iran a fermé le détroit d’Ormuz. Les alliés yéménites de Téhéran sont en position d’en faire de même sur la mer Rouge. Washington reste en retrait, laissant l’Arabie saoudite face à un dilemme stratégique majeurEn anglais, on appelle cela le «copycat», qu’on pourrait traduire par «l’effet d’imitation provoqué par certains crimes». Attaqué en février par les Etats-Unis et Israël, l’Iran a répliqué en fermant en grande partie le détroit d’Ormuz, porte d’entrée du golfe Persique. Grâce à une offensive éclair ces derniers jours, les rebelles houthis ont réalisé le même coup au Yémen en s’emparant du détroit de Bab el-Mandeb, le verrou de la mer Rouge.Les alliés yéménites de Téhéran sont désormais en mesure de contrôler le trafic sur cette voie maritime d’autant plus cruciale qu’elle permet de contourner le golfe Persique, en particulier pour l’Arabie saoudite, premier producteur mondial de pétrole. Décryptage d’un tournant dans l’interminable guerre civile yéménite. Un événement qui, conjugué à la bataille pour le contrôle d’Ormuz, provoque déjà une flambée des cours du pétrole.
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■ Comment en est-on arrivé là?
Les combats ont repris au Yémen à la fin du mois de juin, quand l’Arabie saoudite, qui était intervenue militairement en 2015 chez son voisin pour déloger les houthis, a tenté d’empêcher un avion iranien transportant une délégation houthie d’atterrir à l’aéroport de Sanaa, la capitale tenue par les rebelles. Le vol, rarissime en raison du blocus aérien saoudien, transportait des dignitaires houthis revenant des funérailles du guide suprême iranien Ali Khamenei à Téhéran. Il y avait aussi des armes et des conseillers militaires à bord, accusait alors Washington.Professeur à l’Université de Zurich, spécialisée dans l’étude du Moyen-Orient, elle-même d’origine yéménite, Elham Manea nuance l’idée que la reprise des combats a été provoquée par un seul événement. «La trêve de 2022 a laissé la place à une période de «ni guerre ni paix», durant laquelle rien n’a été résolu.»
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Le Yémen est toujours divisé entre le territoire tenu par les houthis et un gouvernement reconnu internationalement basé à Aden, au sud. Une lancinante problématique pour le pays le plus pauvre de la péninsule Arabique qui avait été longtemps séparé en deux Etats durant la Guerre froide avant une laborieuse réunification en 1990. «Ce conflit local est maintenant pris dans l’affrontement plus vaste entre les Etats-Unis et Israël, d’une part, et l’Iran, d’autre part», s’inquiète Elham Manea.
■ Quel est le rôle de l’Iran dans l’offensive fulgurante des houthis?
«Les houthis ont beau être alignés sur Téhéran, ils ne répondent pas à des ordres iraniens, insiste Elham Manea. Le mouvement houthi a son propre projet politique et ses propres calculs, même si, à l’heure actuelle, certains de ses intérêts convergent avec la stratégie régionale de l’Iran» consistant à infliger le plus de coûts économiques aux Etats-Unis et à ses alliés.
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Reste que l’Iran continue de soutenir militairement les rebelles yéménites, «notamment en matière de technologie, d’expertise et de développement d’armes». Mais, selon Elham Manea, les houthis sont «bien moins dépendants de Téhéran qu’au début de la guerre en 2014». «Ils ont développé des capacités locales d’assemblage et de production et diversifié leurs réseaux d’approvisionnement», détaille-t-elle. A tel point que les houthis sont capables de viser Israël à plus de 2000 kilomètres avec des missiles. Et ils fabriquent leurs propres drones, qui font peser une menace constante sur la navigation en mer Rouge.
■ Les houthis vont-ils fermer le détroit de Bab el-Mandeb?
Alors que le gouvernement d’Aden met en garde contre les conséquences globales de la conquête de tout le littoral de la mer Rouge par ses ennemis, les houthis se veulent rassurants. La navigation en mer Rouge est sûre, sauf pour les navires liés à l’Arabie saoudite, a précisé vendredi un porte-parole des houthis.
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Avec la prise du détroit de Bab el-Mandeb, les houthis ont gagné un levier de pression incomparable. Elham Manea pense que les rebelles l’utiliseront pour «forcer l’Arabie saoudite à négocier» un règlement qui reconnaîtrait leur pouvoir sur une bonne partie du Yémen.
■ Comment peut réagir l’Arabie saoudite?
Pour l’insta
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