C'est la déception pour la délégation brésilienne qui pénètre dans le bureau Ovale, le 26 mai dernier. La sécurité de la Maison-Blanche n’a pas eu le temps de contrôler les maillots de l’équipe nationale de foot que Flavio Bolsonaro, cravate aux couleurs auriverde, son frère Eduardo ainsi que Paulo Figueiredo, petit-fils du dernier général à la tête de la dictature militaire (1964-1985), comptaient offrir à Donald Trump. Pas de quoi gâcher l'ambiance. Le leader républicain profite de l’occasion pour s’enquérir de la santé de son ami Jair Bolsonaro - père de Flavio et Eduardo et ex-président brésilien autrefois surnommé le "Trump des tropiques" - qu'il avait reçu en grande pompe dans sa résidence de Mar-a-Lago en 2020. L'Américain sait que le patriarche, qui purge désormais à domicile une peine d'emprisonnement de 27 ans pour sa tentative ratée de coup d’Etat en 2023, continue à tirer les ficelles. Impatient d'être investi par le Parti libéral (droite radicale) comme candidat à l’élection présidentielle des 4 et 25 octobre, Flavio, 45 ans, est venu avec une demande bien précise. Au coude à coude dans les sondages avec l'actuel dirigeant de gauche Lula, il suggère au locataire de la Maison-Blanche de classer les deux principales organisations criminelles du pays, le "Primeiro Comando da Capital" (Premier commando de la capitale) et le "Comando Vermelho" (Commando rouge), comme des "organisations terroristes étrangères". Une option jusqu’ici rejetée par l'administration Lula à Brasilia, qui a encore en mémoire l'enlèvement du président Nicolas Maduro au Venezuela, et craint que cette qualification justifie à l’avenir des opérations militaires américaines sur le territoire brésilien. A peine deux jours après la visite de la fratrie à Washington, son vœu est exaucé par Marco Rubio, le secrétaire d’Etat d’origine cubaine, qui prête une attention toute particulière aux affaires de l’Amérique latine. L'épisode illustre à la fois l'efficacité du lobbying des Bolsonaro et la réalité des ingérences américaines qui rythment la vie politique brésilienne. "Flavio et son frère cherchent clairement à convaincre l’administration américaine d’agir de manière hostile contre le gouvernement de Lula afin de favoriser le camp de l’extrême droite", pointe Thais Pavez, politologue et directrice du cabinet de conseil Estratégia Latina.Eduardo Bolsonaro vit aux Etats-Unis Pour mener à bien ce travail d'influence, le clan peut s'appuyer sur son meilleur VRP, en la personne d'Eduardo Bolsonaro (42 ans), un ancien député brésilien qui a obtenu la résidence permanente aux Etats-Unis. Depuis mars 2025, le troisième fils de Jair coule des jours heureux au Texas dans une luxueuse résidence avec piscine et cours de tennis, financée en partie grâce à l’argent de son père. "J'ai déposé deux millions [de reais] sur son compte. Tout est plus cher à l'étranger, j'ai deux petits-enfants. Il vit à l'étranger, je ne veux pas qu'il connaisse des difficultés", s’est justifié l'ancien chef d'Etat, bien conscient que son fils n'est pas près de rentrer au pays.Ce dernier a en effet été condamné le 16 juin à quatre ans de prison - et vu a ses avoirs gelés - pour avoir explicitement demandé à l’administration Trump de faire pression sur les juges du Tribunal suprême électoral afin qu’ils se montrent plus cléments avec leur père, que sa famille présente comme un "prisonnier politique". Son travail de sape s'est avéré payant puisque en juillet 2025, Washington a déployé tout un arsenal coercitif contre la plus haute instance judiciaire brésilienne : révocation des visas américains de plusieurs juges et application par le Trésor de la loi Magnitisky (le gel d'avoirs éventuels aux Etats-Unis) contre le juge Alexandre de Moraes, chargé du procès de Jair Bolsonaro et ennemi juré de la famille. Furieux du traitement judiciaire réservé à Bolsonaro père, Trump impose des droits de douane sur les produits brésiliens à hauteur de 50 % en ce même mois de juillet. Une mesure invalidée par la Cour suprême américaine et réduite, l’année suivante, à seulement 25 %, mais qui a considérablement distendu les relations diplomatiques déjà compliquées entre Lula et Trump. La doctrine "Donroe"Cette hostilité s'ancre dans un vaste projet. Depuis la publication en 2025 de sa Stratégie de sécurité nationale, le président américain affirme sa volonté de restaurer la suprématie des Etats-Unis sur l’ensemble du continent. Trump veut appliquer sa fameuse doctrine 'Donroe' [NDLR : inspirée du président James Monroe qui voulait rendre en 1823 "les Amériques aux Américains"]. Et à Washington, le clan Bolsonaro apparaît comme le cheval de Troie idéal. "La prise de contrôle du Venezuela, le rapprochement avec l’Argentine de Milei et le basculement de la Colombie et du Chili à l’extrême droite ont été les premiers pas, analyse José Vicente de Sá Pimentel, ancien ambassadeur du Brésil. Aidée par la proximité entre les deux familles, la prise de la principale économie du continent, dotée de t
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